Dans les écoles, il faut s’attendre à l’inattendu

Le gouvernement Legault exclut de rouvrir les écoles à court terme, mais étudie une série de scénarios de retour graduel en classe en fonction de l’évolution de la courbe des infections au coronavirus.

Dans tous les cas, il faut s’attendre à des décisions hors de l’ordinaire, voire « pas normales ».

« Il n’est pas question de rouvrir à court terme les écoles. On n’est pas rendus là », a dit le premier ministre François Legault lors de son point de presse quotidien, mardi.

Le chef du gouvernement a expliqué certaines préoccupations qui sont examinées par les experts du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) : faut-il ouvrir des classes complètes ? Doit-on relancer l’enseignement dans toutes les régions ? Doit-on obliger les enseignants âgés de 60 ans et plus à se présenter à l’école ?

Le premier ministre avait créé toute une surprise, vendredi dernier, en disant envisager un retour en classe avant la date cible du 4 mai. Il a précisé en fin de semaine qu’il s’agit d’un scénario parmi d’autres.

La décision sera prise en collaboration avec la Direction de santé publique. La priorité du gouvernement est la santé des enfants et non la reprise de l’activité économique, a souligné M. Legault.

« On ne sait pas si le gouvernement fera un retour à l’école pour terminer l’année scolaire en cours ou si le retour en classe se fera à l’automne. Mais dans tous les cas, il faut se préparer tout de suite », dit Olivier Lemieux, professeur en administration scolaire à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), campus de Lévis.

Il recommande de s’inspirer des pays européens qui s’apprêtent à rouvrir les écoles primaires et secondaires : un retour graduel, tout en « flexibilité », qui donne la priorité aux élèves en difficulté ou provenant de milieux défavorisés.

« Les plus grandes victimes de la COVID-19 sont les personnes âgées et le personnel de la santé, mais à plus long terme, les élèves à risque peuvent devenir des victimes potentielles. L’arrêt des classes peut avoir un impact important sur la suite de leur parcours scolaire », dit Olivier Lemieux.

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Limiter les risques

Le professeur et ses collègues Mélanie Tremblay et Anne-Michèle Delobbe, de l’UQAR, ont élaboré une série de pistes susceptibles d’être adoptées par le gouvernement pour la reprise des classes :

modifier les horaires pour limiter le nombre d’élèves en même temps à l’école ;

diminuer le nombre de jours de classe par semaine ;

alterner l’enseignement en classe et à distance, pour limiter les interactions sociales ;

retirer les élèves à risque (et les enseignants) en leur permettant de suivre la classe en ligne, à partir de la maison ;

prévoir des mesures sanitaires ;

maintenir des groupes stables ;

prévoir des jeux extérieurs dans un espace délimité pour chaque groupe.

« Pas une période normale »

Pour prévenir la propagation du virus, le gouvernement danois conseille aux écoles d’offrir le plus possible d’enseignement à l’extérieur en vue de la reprise graduelle des classes, à compter de ce mercredi.

L’État danois a décidé de rouvrir les écoles primaires, par étapes, pour relancer l’activité économique.

La France, durement touchée par la pandémie, a aussi annoncé la reprise graduelle des classes à compter du 11 mai. Le premier ministre Édouard Philippe a baissé les attentes, mardi, à l’Assemblée nationale française. Il a évoqué un « déconfinement progressif qui se traduirait peut-être par une forme adaptée de réouverture des écoles ».

Les écoles ne fonctionneront pas de façon normale, « puisque nous ne sommes pas dans une période normale », a-t-il précisé.

Patricia Clermont, du mouvement Je protège mon école publique, souhaite que le Québec s’inspire de l’expérience française pour prendre le temps de bien préparer le retour en classe. « Quand on va retourner en classe, il ne faut pas que ce soit parce que le Conseil du patronat pousse dans le dos du premier ministre », dit-elle.

« En France, ils préparent trois semaines à l’avance quelque chose qui va se faire graduellement, en pensant en premier aux enfants vulnérables », ajoute-t-elle.