Les jeunes Danois de retour à l’école

<p>Le gouvernement danois dit chercher un équilibre entre la nécessité de protéger la santé publique et celle de mettre le pays à l’abri d’une douloureuse récession — qui peut faire des ravages sociaux.</p>
Photo: Olafur Steinar Gestsson Ritzau Scanpix / Agence France-Presse

Le gouvernement danois dit chercher un équilibre entre la nécessité de protéger la santé publique et celle de mettre le pays à l’abri d’une douloureuse récession — qui peut faire des ravages sociaux.

Le Danemark, considéré comme un précurseur social et politique, s’engage dans un chemin qui soulève un débat virulent au Québec. Le petit pays scandinave s’apprête à rouvrir ses écoles primaires après un mois de confinement, dans l’espoir d’immuniser la population en l’exposant graduellement au coronavirus d’ici à la mise au point d’un vaccin.

Le gouvernement danois dit chercher un équilibre entre la nécessité de protéger la santé publique et celle de mettre le pays à l’abri d’une douloureuse récession — qui peut faire des ravages sociaux.

La réouverture des services de garde et des écoles primaires pour les enfants de 11 ans et moins, à compter de mercredi, est considérée comme une première étape vers un retour graduel à la vie normale, a expliqué la première ministre sociale-démocrate, Mette Frederiksen. « Il est important de ne pas garder le Danemark confiné plus longtemps que nécessaire », a déclaré la première ministre de 42 ans lors d’un point de presse, la semaine dernière.

Photo: Philip Davali Ritzau Scanpix via Agence France-Presse La première ministre danoise, Mette Frederiksen

Comme le Québec, le Danemark fait partie des gouvernements ayant réagi rapidement à la pandémie de coronavirus. Le royaume de 5,8 millions d’habitants dénombre à ce jour 285 morts et 6318 infections à la COVID-19. Au Québec, le bilan atteignait 360 décès et 13 557 cas pour 8,5 millions d’habitants en date de lundi.

Les pays d’Europe, frappés deux semaines plus tôt que le Québec par la pandémie, commencent à assouplir les règles de confinement. La Norvège, autre pays scandinave, prévoit rouvrir ses services de garde à compter de la semaine prochaine, et les écoles primaires la semaine suivante.

En France, pays durement touché par le coronavirus, le président, Emmanuel Macron, a annoncé lundi que les écoles rouvriraient graduellement à compter du 11 mai.

Un laboratoire pour le Québec

Le Québec a la chance, si l’on peut dire, de pouvoir tirer des leçons des stratégies mises en place en Europe, estime Stéphane Paquin, professeur à l’École nationale d’administration publique. « Les pays d’Europe ont deux ou trois semaines d’avance sur nous. On verra si le déconfinement graduel mènera ou non à une remontée importante de la mortalité là-bas », explique ce spécialiste des pays scandinaves.

Comme au Québec, les gouvernements scandinaves établissent leurs décisions d’après les recommandations d’experts. Les dirigeants ont écouté les experts en santé publique lors de l’éclatement de la crise, mais commencent à se tourner vers les économistes, souligne Stéphane Paquin.

 

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« La réouverture des écoles permettra aux parents de retourner travailler. Ce sont vraiment les considérations économiques qui prennent le dessus », explique le professeur.

« Écouter les économistes, ça ne veut pas dire qu’on fait du populisme, ajoute-t-il. La COVID-19 tue des gens, mais une récession peut être extrêmement néfaste pour une société. Ça peut entraîner des suicides, briser des familles, causer des dépressions et entraîner des conditions sociales extrêmement difficiles. »

Consensus social

Comme au Québec, les pays scandinaves fonctionnent par consensus. Les gens font généralement confiance aux gouvernements, qui jouissent de forts taux d’approbation. La réouverture des écoles primaires est plutôt bien acceptée par les Danois, malgré des craintes légitimes pour la santé des élèves et du personnel scolaire.

La réouverture des écoles permettra aux parents de retourner travailler. Ce sont vraiment les considérations économiques qui prennent le dessus. Écouter les économistes, ça ne veut pas dire qu’on fait du populisme.

« Je ne suis pas inquiète. La courbe semble s’aplanir, et les hôpitaux disent qu’ils maîtrisent la situation. Je trouve que c’est un bon moment pour une réouverture graduelle », indique au Devoir Annika Due Cornet, mère d’une fillette qui retournera mercredi à l’école à Copenhague.

Elle est rassurée par les mesures encadrant le retour en classe. Les cours prendront place autant que possible à l’extérieur. L’aménagement des locaux favorisera la distanciation sociale. Les élèves ou le personnel malades ou ayant un doute à propos de leur santé devront rester à la maison. Les directions d’école ont aussi le pouvoir de suspendre les classes en cas de complications.

La décision de rouvrir les écoles au Danemark crée tout de même des inquiétudes. La page Facebook « Mon enfant n’est pas un cobaye » a rassemblé plus de 30 000 membres en quelques jours.

La santé d’abord

Le même débat déchire le milieu scolaire au Québec depuis que le premier ministre, François Legault, a évoqué une éventuelle réouverture des écoles, lors de son point de presse de vendredi. Le chef du gouvernement a toutefois insisté sur le fait que la priorité demeure la santé des enfants et du personnel. Toute décision sera prise en accord avec la santé publique.

« Il y a un seul critère qui va compter, ce n’est pas l’économie, c’est la santé des Québécois, a souligné François Legault au cours du week-end de Pâques. On va prendre une décision dans l’intérêt de nos enfants. Nos enfants sont ce qu’il y a de plus important. »

Les données scientifiques démontrent que les enfants sont moins vulnérables que les adultes à une infection au coronavirus et peuvent contribuer à immuniser la population de façon naturelle, a expliqué le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique.

Il faudra bien rouvrir les écoles un jour, a souligné sur Twitter le Dr Alain Vadeboncœur. Un vaccin n’est pas garanti. Il arrivera dans 12 à 18 mois, s’il arrive. « Dans ce contexte, comment trouver une manière de développer l’immunité sans catastrophe ? », demande-t-il.

Ouvrir les écoles en mai permettrait aux élèves de se reposer durant les vacances d’été. En septembre et dans les mois suivants, les hôpitaux risquent d’être accaparés par la grippe saisonnière — ou le coronavirus. « Il faut prendre la décision la moins mauvaise, estime le Dr Vadeboncœur. Si le report des écoles à l’automne est pire, la bonne décision est de les ouvrir plus tôt. Ou d’attendre le vaccin. »


 
19 commentaires
  • Réal Gingras - Inscrit 14 avril 2020 07 h 23

    L'ouverture des écoles , une bonne nouvelle

    « Ce qui tourmente les hommes, ce n’est pas la réalité,
    mais les jugements qu’ils portent sur elle. » (Épictète)

    Il est important que les enfants retournent à l’école.
    Les risques sanitaires sont presque nuls. Nous le savons.
    Il ne faut pas soulever des spectres liés à la panique, à l’angoisse, à l’anxiété ou à la peur.
    Il n'y a que quelques écoles situées à Montréal dans deux ou trois quartiers plus à risque

    Le pire des scénarios serait de ne rien faire jusqu’en septembre.

    Je suppose qu'il y aura au préalable une négociation avec les syndicats. Les enseignants à risque seront invités à rester chez eux. Un protocole sera mis en place.

    Il y aura une procédure de retour en classe.
    Je verrais bien par exemple, pour la première semaine, que j’établirais
    au 27 avril, un retour progressif.
    Lundi , on fait rentrer le premier cycle
    Mardi ou Mercredi, le 2e cycle puis jeudi, le troisième cycle.
    Vendredi servirait à regarder comment tout cela s’est passé.

    Idem pour le secondaire

    À partir du 4 mai, un horaire allégé du lundi au jeudi de 9 hres à 14 hres par exemple et utiliser le vendredi pour analyser à nouveau la situation. Puis à partir du 11 mai , une rentrée régulière si tout va bien.

    Un regroupement d'écoles pourraient s’adjoindre pour l’occasion une infirmière qui aurait comme tâche de faire la tournée pour surveiller l’apparition éventuelle de symptômes, autant chez les élèves que chez le personnel, comme on le fait lorsque la rougeole est présente dans certains milieux et on invite tout fiévreux à rester à la maison.

    Vivement le retour en classe.
    Ce sera une bonne occasion pour faire de l’animation pédagogique sur ce grand événement.:-)

    1- Pourquoi faut-il se laver les mains?
    2- La géographie du déplacement du virus,
    3- La biologie du virus et son origine.
    3- Faire une recherche sur la chauve-souris.
    4- Pourquoi les grands-parents sont plus à risque.
    5- Exercice d’écriture sur ce que les élèves ont vécu pendant leur

  • Gilles Roy - Abonné 14 avril 2020 07 h 52

    Je cite

    «Les cours prendront place autant que possible à l’extérieur. L’aménagement des locaux favorisera la distanciation sociale. » Ok, Montréal est pas, dans l'instant, prêt pour la mesure. Il fait frette -température de coton ouaté-, et les locaux sont souvent surchargés.

  • Caroline Langlais - Inscrite 14 avril 2020 08 h 07

    Moi, non.

    En tant que prof, moi, je ne retournerai pas enseigner en mai. Je ne prendrai pas le risque d'être infectée dans le métro et l'autobus à l'heure de pointe ni par personnes asymptomatiques. Tout ça pour que les élèves puissent se reposer pendant l'été? Alors, qu'on m'explique pourquoi tous les événement à caractère sportif ou culturel sont annulés ou reportés à l'année prochaine?

    • Bernard Plante - Abonné 14 avril 2020 10 h 50

      Principalement parce que les grands événements sportifs et culturels demandent des mois de préparation en amont. On doit donc être certain des mois à l'avance que l'événement aura lieu pour éviter de mobiliser des équipes nombreuses inutilement. Sinon on doit annuler.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 14 avril 2020 12 h 24

      Mme Langlais, ça a le mérite d'être clair votre prise de position.
      Le fait que les enfants se reposent en été semble facultatif dans votre propos. Et pour vous ? Seriez-vous prête à collaborer à une fin d'année scolaire qui se tiendrait l'été ?

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 14 avril 2020 16 h 15

      Oui madame c'est partout sur les réseaux, j'ai même vu des pétitions de vos collègues.
      On a compris que le monde de l'enseignement, au publique seulement ( ?!) , des éducatrices aux enseignants en passant par les directions ne veulent pas vraiment chercher de solution, il y a un prétexte soit pour faire l'école virtuelle ou le retour en classe progressif ou participer au système de santé si on a un atout pour le faire. On le sait c'est Non Non Non.

      Dites le donc clairement: Sacrez nous patience!
      Ca aurait au moin le mérite d'être clair.
      Tout ceci me confirme juste ce que je ressens en tant que mère depuis 9 ans de vie scolaire: le monde de l'enseignement est ultra rigide et met des bâtons dans les roues aux empêcheurs de tourner en rond qui tentent d'améliorer le système pour le bien des élèves.
      Des vrais syndiqués....je plains le ministre de l'éducation..même en temps normal.
      J'ai deux enfants et le retour progressif est la seule solution à une immunité communautaire progressive, non je n'ai pas peur et oui j'irais si j'étais payées 100% de mon salaire, je ne resterais pas chez moi à me tourner les pouces.
      Égo démesuré, voilà le problème!!!
      Que le personnel jeune et sans enfants, au moin se porte volontaire serait déjà une belle initiative.

  • Samuel Prévert - Inscrit 14 avril 2020 08 h 53

    Et les employés?

    Est-ce qu'on pense au personnel des écoles car celles-ci ne sont pas uniquement fréquentées par des jeunes?

    • Bernard Plante - Abonné 14 avril 2020 11 h 02

      99% des décès liés au coronavirus sont des personnes âgées de 60 ans et plus. Le 1% plus jeune était en général déjà affecté par d'autres problèmes de santé.

      Donc si le personnel en question a moins de 60 ans et une bonne santé générale, il est possible de commencer à penser à une réouverture. C'est ce que font les pays scandinaves. Et nous aurons le temps d'observer ce que leur stratégie donne en pratique avant de prendre une décision.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 14 avril 2020 17 h 00

      Evidemment que les gens à risque seraient exemptés, les personnes agées qui travaillent dans les écoles n'auraient pas d'obligation, le ministre l'a dit, comme les enfants et leur parents, si condition de santé à risque il y a.
      Une grande dose de gros bon sens serait la bienvenue dans notre système d'éducation!!

  • François Caron - Abonné 14 avril 2020 09 h 05

    Que dit la science ?

    Ce virus est mortel pour les personnes âgées, surtout celles qui ont déjà une santé fragile. Ces personnes doivent être particulièrement protégés
    Les adultes, et encore moins les jeunes qui sont en santé, risquent au pire une bonne grippe
    Si un enfant est d'une santé fragile, leurs parents pourraient ne pas le retourner à la garderie ou à l'école pour l'instant
    Impossible d'attendre un an ou plus pour un vaccin. Les cas de dommages colatéraux risquent de faire encore bien plus de victimes que le virus
    Une personne infectée une fois a de très bonnes chances de ne plus être infectées, du moins à court terme. À long terme, cela reste à démontrer mais les probabilités sont très bonnes
    La transmission du virus dans la population à ce moment-ci évitera un rebond important à l'automne, ce qui serait catastrophique
    Conclusion: en suivant les recommandations de la santé publique, laissons les services de garde et les écoles ouvrir graduellement tout en protégeant les ainés et le virus se propagera tout doucement sans faire plus de dégât.