Des parents d’enfants avec un trouble d’apprentissage réclament de l’aide

Si Lucilla Guerrero et son fils Luka semblent passer de bons moments ensemble, la mère ne s’en inquiète pas moins pour la réussite scolaire de son enfant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si Lucilla Guerrero et son fils Luka semblent passer de bons moments ensemble, la mère ne s’en inquiète pas moins pour la réussite scolaire de son enfant.

Des parents d’enfants avec des difficultés d’apprentissage s’inquiètent de la fermeture des écoles. Ils craignent que leurs enfants, qui ont déjà beaucoup de défis, ne prennent un retard insurmontable et demandent au ministre de l’Éducation de prendre des mesures pour aider les élèves qui souhaitent travailler pendant ce congé forcé.

« La fermeture des écoles était nécessaire, il n’y a pas de doutes là-dessus mais, avec mon fils, on vit beaucoup de stress, affirme Lucilla Guerrero. Son fils Luka, 15 ans, est autiste. Tous les jours, elle doit réviser avec lui les notions apprises en classe, lui réexpliquer à sa façon pour qu’il comprenne. « Serait-il possible de faire du travail de la maison pour ne pas prendre trop de retard ? Sans quoi, je m’inquiète de toute la pression qui sera mise au retour pour rattraper toute la matière. Ça va être très pénible, pas seulement pour Luka, mais pour tous les enfants. »

Marie-Noëlle Cloutier, elle, craint carrément pour l’année scolaire de son fils de 14 ans. « Deux semaines de congé, pour un enfant qui fonctionne bien en classe, ça peut passer inaperçu. Mais pour mon fils, qui a un diagnostic de dyslexie et de TDA et dont l’année scolaire était déjà en péril, c’est une situation très inquiétante. Je ne sais juste pas comment il va pouvoir rattraper ce retard. Et l’idée de l’Alberta, de faire diplômer tout le monde, ce n’est pas un cadeau à faire à mon fils. »

 

Marie-Noëlle est allée à l’école de son fils vendredi pour chercher son ordinateur — un outil essentiel sans lequel il ne peut travailler, car il n’écrit pas à la main — et a engagé une tutrice pour faire l’école à la maison. Elle est consciente qu’elle a de la chance de pouvoir offrir ce service sur mesure pour son fils. Mais elle aimerait que le milieu se mobilise pour aider les élèves.

« En une fin de semaine, le gouvernement a réussi à faire ce que personne n’aurait imaginé faire avant dans le milieu de la santé. Ils ont ramené du personnel à la retraite, éliminé les cotisations aux ordres professionnels, etc. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire la même chose dans le milieu de l’éducation pour soutenir les élèves qui en ont besoin ? »

Ces deux mères aimeraient que les professeurs rendent accessible un programme abrégé via le portail de l’école. « Ne serait-ce qu’aux niveaux émotionnel et psychologique, retrouver une routine de travail pédagogique nous aiderait à arrêter de penser à tout ça… », soutient Mme Guerrero.

Appel au ministre de l’Éducation

Nathalie Laurencelle, mère de deux enfants à besoins particuliers et vice-présidente du comité consultatif des services aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (CCSEHDAA) de la Commission scolaire de Montréal, ne comprend pas que le réseau de l’éducation ne soit pas en mesure d’offrir des services à distance.

« J’ai talonné la commission scolaire : comment ça se fait qu’il n’y ait rien de prévu pour que les élèves puissent continuer à travailler de la maison et ne pas perdre leur année scolaire ? », demande-t-elle.

Nathalie Laurencelle aimerait que le gouvernement débloque l’accès aux logiciels utilisés par les enfants ayant des troubles d’apprentissage. En effet, son fils Malik n’a pas son ordinateur, qui est resté à l’école et dans lequel se trouvent tous les logiciels qui lui permettent d’étudier. « On ne sait pas combien de temps ça va durer et, pendant ce temps, les enfants n’ont pas accès aux outils pour continuer leurs travaux. Ça m’inquiète beaucoup. »

« Je ne veux pas en mettre davantage sur le dos des professeurs, je pense que c’est au ministre de l’Éducation de faire sa part, ajoute-t-elle. Il faudrait que le ministre trouve une solution pour ces élèves-là. L’idée n’étant pas de les faire travailler toute la journée, mais de leur donner des outils pour qu’ils puissent faire un peu de travail à tous les jours. »

Se fixer un objectif

« L’arrêt de scolarisation cause non seulement un casse-tête logistique pour les parents, mais également en terme de scolarisation, de diplomation et de maintien des acquis », confirme Lucille Doirion, directrice générale de l’Institut des troubles d’apprentissage, qui affirme avoir reçu beaucoup d’appels de parents inquiets ces derniers jours. L’Institut est en train de développer un site spécifique pour soutenir les parents pendant ce congé forcé.

« Il est important que les parents comprennent qu’ils ne peuvent pas remplacer l’enseignant », affirme Mme Doirion. C’est donc inutile de vouloir pallier tous les manquements scolaires. Par contre, il est important qu’ils se sentent concernés en créant une « structure de vie » avec des cases horaires dédiées à la lecture et aux calculs par exemple.

 

Monique Brodeur, de la Faculté de l’Éducation de l’UQAM, suggère aux parents d’aider leurs enfants à se fixer un objectif en fonction du retour à l’école et à trouver des moyens réalistes pour y arriver.

« Je pense qu’il faut faire confiance à la capacité des individus et de nos institutions à prendre les mesures qui s’avéreront possibles et nécessaires pour assurer le meilleur retour possible ».

Situation « préoccupante »

Au cabinet du ministre de l’Éducation, on évite de faire des pronostics sur le retour en classe. « La situation évolue de jour en jour. Nous sommes en situation d’urgence et nous prenons nos décisions en fonction des recommandations de la Direction de la santé publique », répond Claudia Landry, directrice des communications.

Cette dernière précise qu’il est interdit pour l’instant de retourner en classe récupérer des effets personnels comme des ordinateurs. Elle affirme toutefois que « la question des élèves en difficulté d’apprentissage est préoccupante [et que] le gouvernement est au travail pour trouver des solutions. »

Quant à savoir s’il serait possible d’offrir de l’enseignement à distance, Mme Landry répète que le mot d’ordre est que tous les établissements d’enseignement sont fermés. « Par contre, certains établissements ont des plateformes numériques pour faire des cours en visioconférence, par exemple, lors de journées de tempête, précise-t-elle. Si ces établissements souhaitent poursuivre la formation à distance, ce n’est pas interdit, mais ce n’est aucunement exigé de la part du ministère de l’Éducation. »

Elle assure que le réseau de l’éducation est « déjà très mobilisé » pour offrir des services de garde aux parents qui travaillent dans le réseau de la santé et pour les services jugés essentiels.