Préparer un plan de sortie de crise

Les équipes dirigeant les universités, les cégeps et les écoles devront articuler, au cours des prochains jours, un plan qui permettra aux élèves et aux écoliers de terminer leur année scolaire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les équipes dirigeant les universités, les cégeps et les écoles devront articuler, au cours des prochains jours, un plan qui permettra aux élèves et aux écoliers de terminer leur année scolaire.

La fermeture pour deux semaines des 3200 maisons d’enseignement du Québec, du préscolaire jusqu’à l’université, a eu l’effet d’un électrochoc dans le milieu de l’éducation. Les gestionnaires du réseau se préparent à une longue fermeture en raison de la pandémie de coronavirus.

Les services de garde, les écoles primaires et secondaires, les cégeps et les universités sont fermés pour deux semaines, jusqu’au vendredi 27 mars inclusivement, a annoncé le premier ministre François Legault. Plus de 1,4 million d’élèves et d’étudiants, ainsi que 305 800 enfants ayant une place en service de garde, devront rester à la maison pour empêcher la propagation du virus COVID-19.

« Toutes les activités de formation, autant en ligne qu’en présentiel, sont suspendues, à l’exception des stages qui, eux, sont maintenus, jusqu’à nouvel ordre, pourvu que les milieux de stages soient fonctionnels », a résumé la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, dans un message à la communauté universitaire, vendredi.

« Pendant cette période, nous concentrerons nos efforts pour procéder aux adaptations nécessaires afin que les cours en présentiel puissent être offerts à distance », a-t-elle précisé.

Il y aura des répercussions sur la session, sur l’organisation des cours et sur les reprises de stages

À l’UQAM, les étudiants « ne sont pas autorisés à se présenter sur les campus » durant les deux prochaines semaines. « Les membres du personnel enseignant et non enseignant n’ont pas à se présenter sur leur lieu de travail, mais sont invités à faire du télétravail lorsque c’est possible », indique une directive de l’UQAM émise vendredi en fin de journée.

Autrement dit, tous les cours sont annulés partout pour deux semaines, mais les gestionnaires de l’éducation et de l’enseignement supérieur se creusent la tête pour sauver la session ou l’année scolaire si la fermeture des écoles se prolonge.

« Notre objectif, c’est que les étudiants réussissent leur session », dit Dominic Arsenault, deuxième vice-président du Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM).

Les universités cherchent à élargir l’offre de cours à distance, livrés par Internet, mais « il ne faut pas penser que ça va être une panacée instantanée », estime le professeur au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’UdeM.

La crise étudiante du printemps 2012 a démontré qu’il est possible de réaménager les horaires et les contenus des cours en fonction des imprévus, rappelle-t-il. Projets en petits groupes, forums d’échanges en ligne, augmentation du nombre de lectures, diminution de nombre de séances où la présence physique est requise — les accommodements sont possibles, explique Dominic Arsenault.

Par contre, diffuser un cours sur un enregistrement vidéo n’est pas l’idéal : le professeur a tenté cette solution alors qu’il s’était blessé à un genou, il y a deux ans. « Ça prend un temps fou et c’est lourd comme procédure. Ça aurait été plus simple que je me déplace à l’aide de béquilles », dit-il.

Fermer était la chose à faire

Les syndicats et les associations étudiantes, qui sont habituellement critiques envers le gouvernement, ont salué la fermeture des établissements d’enseignement. « Tout le monde a poussé un soupir de soulagement. Pour deux semaines, tout le monde s’en va à la maison et les dirigeants vont chercher des solutions. On apporte notre collaboration pour trouver des solutions », dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

« Il faut penser à la sortie de crise. Il y aura des répercussions sur la session, sur l’organisation des cours et sur les reprises de stages », souligne Philippe Clément, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec.

« Il est important que des aménagements soient pris lors de la reprise de cours pour qu’aucun étudiant ne soit pénalisé », ajoute Philippe LeBel, président de l’Union étudiante du Québec.

Les associations étudiantes mettent peu d’espoir sur les cours en ligne : « Les infrastructures informatiques actuelles ne permettent pas un suivi des cours à distance de façon généralisée », souligne Philippe LeBel.

De son côté, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal s’inquiète du « manque de communication et la gestion déficiente » de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). La plus grande commission scolaire du Québec a annoncé jeudi soir que les écoles resteraient ouvertes vendredi, avant de changer d’idée une heure plus tard. « Les demandes du premier ministre Legault jeudi midi semblaient pourtant claires. Les employés de la CSDM et les parents ont décrié, avec raison, ce cafouillis. Le manque de cohérence et de jugement ainsi que le manque de sens des responsabilités du ministre et du directeur général de la CSDM viennent confirmer nos plus grandes craintes par rapport à la réforme Roberge », a indiqué Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance.