La CAQ veut attendre avant de régler la situation des enfants autochtones laissés hors du système scolaire

La présidente de la commission, Mme Régine Laurent
Photo: Capture d'écran Commission Laurent La présidente de la commission, Mme Régine Laurent

Les enfants autochtones placés sous la responsabilité de l’État mais privés d’accès à l’éducation vont-ils bientôt voir leur situation normalisée ? La situation dénoncée devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (commission Laurent) mercredi fait des vagues, mais pas assez pour que le gouvernement entende s’occuper immédiatement de ces dizaines d’enfants laissés chaque année de côté pour de simples raisons administratives.

L’attaché de presse du ministre de l’Éducation, Francis Bouchard, a indiqué au Devoir que « c’est une situation préoccupante », puisqu’« aucun jeune ne devrait être privé de l’éducation à laquelle il a droit, notamment en raison de la bureaucratie ».

Le ministre n’a toutefois pas l’intention de corriger la situation dès maintenant, explique son attaché politique. « Nous allons laisser la commission Laurent poursuivre ses travaux. Nous souhaitons, via cette commission, connaître toutes les situations aberrantes qui existent dans le système afin de faire la lumière et de pouvoir réformer le système adéquatement. »

Depuis une quinzaine d’années, a affirmé cette semaine Marie-Ève Claude, directrice adjointe des Services aux élèves à la Commission scolaire Lester B. Pearson, ce sont des centaines d’élèves autochtones, pourtant déjà aux prises avec des parcours difficiles, qui n’ont pas été scolarisés comme ils le devraient en raison de simples tracasseries administratives.

« Ce qu’il nous faut, disait Mme Claude en entrevue au Devoir vendredi, c’est un sauf-conduit pour que ces jeunes puissent être automatiquement inscrits. Ce n’est pas dans un an ou deux qu’il faut agir pour ces enfants, mais maintenant. Après, on s’occupera des documents. »

Ces enfants autochtones venus du Nord sont placés sous la tutelle de l’État, au nom des pouvoirs de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), mais ils en sont réduits à tuer le temps en faisant « du yoga » et « de l’occupationnel », a expliqué Mme Claude devant les membres de la commission Laurent. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas les documents qui prouvent qu’ils peuvent être scolarisés en anglais.

Manon Massé, de Québec solidaire, affirme que la situation « est plus que préoccupante ». « En fait, ça n’a pas de maudit bon sens », dit-elle. Selon la porte-parole de QS, « aucun enfant ne devrait être privé d’éducation au Québec, surtout pas quand ce sont des enfants pris en charge par l’État ».

Pour Véronique Hivon, critique du Parti québécois en matière d’éducation, « c’est une situation tout aussi inexplicable qu’intolérable ! Comment peut-on laisser traîner une réalité aussi grave pour ces enfants ? Comment justifier que des méandres bureaucratiques aient plus de place que le respect des droits des enfants autochtones » ?

Faut-il attendre la fin des travaux de la commission Laurent, comme le croit la CAQ, pour s’employer à corriger la situation ? La présidente de la commission elle-même, Régine Laurent, a pour sa part déclaré que, si elle en avait les pouvoirs, elle demanderait qu’on aille tout de suite chercher ces enfants pour leur faire intégrer des classes. « Ce que je souhaiterais avoir le pouvoir de faire en ce moment est de dire : “Allez les chercher et amenez-les à l’école” », a-t-elle déclaré.

Pour Québec solidaire, dit Manon Massé, « il ne faut pas attendre une minute de plus ». Selon elle, c’est la responsabilité de l’État d’agir sans tarder dans ce dossier. « Pourquoi le gouvernement est-il prêt à faire attendre encore ces jeunes ? »

« Ça n’aurait pas tenté le ministre de l’Éducation, qui a fait de son projet de loi 40 un véritable fourre-tout, de régler au moins une chose urgente qui ferait une réelle différence pour le bien-être et le développement des enfants ? » a demandé pour sa part Véronique Hivon.

Manon Massé dit ne pas comprendre comment on peut chipoter sur la langue d’enseignement de ces enfants au point de les priver d’éducation. « Dans le Grand Nord, c’est un choix qu’ils ont fait. Tous les Québécois ont le droit d’être scolarisés. Dans ce cas-ci, c’est joindre l’insulte à l’injure. »

Marwah Rizqy, porte-parole libérale en matière d’éducation et d’enseignement supérieur, a fait savoir par la voix de son attachée de presse qu’en raison du bâillon imposé par le gouvernement à l’Assemblée nationale, elle est « dans l’impossibilité de répondre [aux questions du Devoir] dans les prochains jours ».