Les directions d’école critiquent durement le travail de la DPJ

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

Il y a tout simplement un fossé entre la DPJ et le monde scolaire, sont venus dire devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse les représentants des directions d’établissement scolaire.

L’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire et la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement se montrent fort peu impressionnées par le travail de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

À titre de représentants officiels de centaines directions d’école, ces organisations se plaignent de ne pas être considérées convenablement par la DPJ. Ce qui nuit, disent-elles, à l’intérêt des enfants du Québec.

« On est tous face à une immense tristesse », dit Julie-Dominique Thibault, directrice de l’école Charles-Bruneau de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), en citant des cas d’enfants ballottés d’une école à l’autre par suite d’une mauvaise communication et d’une absence de planification entre la DPJ et les écoles.

Christine Villiard, directrice de l’école John-F-Kennedy, s’est fait répondre à plusieurs reprises par la DPJ qu’un signalement pour violences physiques contre des enfants n’était pas retenu parce qu’il s’agissait d’« un trait culturel » de la famille visée.

Comment ça se fait que je suis obligée de demander à la DPJ, après tant d’années, de venir s’asseoir à mon bureau parce que ça n’avance pas? On a de la grosse difficulté à avoir du suivi.

 

Absence de registre général

Au Québec, regrette Hélène Bourdages, la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, la trajectoire des enfants se perd dans des bulles administratives dès lors qu’un enfant est déplacé d’une école à une autre. Un simple déménagement entraîne des ruptures dans les suivis.

« On est ainsi toujours à la merci du parent qui refuse les services », dit-elle. Aucun registre général n’existe pour suivre le cheminement des enfants.

Il est facile de retirer un enfant d’une école « sans que des lumières rouges s’allument », dénoncent ces associations. La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire donne l’exemple d’une maman qui retire ses enfants de leur école au prétexte que la famille déménage.

En réalité, elle ne bouge pas, mais les enfants échappent désormais à la structure scolaire. « Quelqu’un qui déménage de Charlemagne à Terrebonne, on le perd de vue », explique la présidente.

« Rien ne suit l’enfant », renchérit Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, « à moins qu’une autre école ne nous appelle pour demander un transfert de dossier scolaire ».

Et le dossier d’aide, lui, peut tout simplement être bloqué à la simple demande d’un parent qui brouille ainsi la capacité du système à aider un enfant qui en a besoin.

Jamais consulté

La DPJ consulte rarement les écoles, se plaignent leurs représentants-cadres.

« Hier, j’ai un enfant qui a appris à 3 h qu’il partait dans un centre jeunesse », dit Julie-Dominique Thibault, directrice de l’école Charles-Bruneau de la CSDM. « Je savais que ça allait faire une crise. […] Ils sont venus avec les policiers. On n’a même pas été consultés ! Il fait quoi [cet enfant] pour revenir à l’école ? On a du transport à organiser. […] On n’est jamais consultés », dit-elle, en ajoutant qu’elle a alors essayé de rassurer cet enfant du mieux qu’elle pouvait.

Elle a aussi évoqué le cas d’une petite qui a été changée d’école quatre fois en quelques mois.

Julie-Dominique Thibault, directrice de l’école Charles-Bruneau depuis 11 ans, estime à trois ou quatre appels par semaine, au minimum, les signalements que fait son école à la DPJ.

« Je suis obligée de demander des rencontres pour qu’on nous explique comment la DPJ fonctionne, parce qu’il y a des incohérences. Comment ça se fait que je suis obligée de demander à la DPJ, après tant d’années, de venir s’asseoir à mon bureau parce que ça n’avance pas ? On a de la grosse difficulté à avoir du suivi. »

Guichet unique suggéré

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire regrette que les signalements des écoles ne soient pas considérés tandis « qu’une simple référence du côté de la police » conduit à une action immédiate.

Pour que la situation s’améliore, les directions des écoles suggèrent la création d’un guichet unique afin que toutes les informations sur les enfants soient rendues disponibles.

« Pour un trou dans la rue, je fais 311 et on s’en occupe, dit Hélène Bourdages. Mais pour les enfants, il faut multiplier les téléphones, y compris pour les signalements. » Cela n’a pas de sens que ce soit si compliqué, dit-elle.