La pédagogie alternative fait des petits

Jessica Dostie Collaboration spéciale
L’époque des pupitres placés en rangs d’oignon et de l’apprentissage par cœur est révolue, fait valoir Pierre Chénier, porte-parole du REPAQ.
Stéphanie St-Amand L’époque des pupitres placés en rangs d’oignon et de l’apprentissage par cœur est révolue, fait valoir Pierre Chénier, porte-parole du REPAQ.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation

Près de 50 ans après la création de la toute première école alternative publique au Québec, au début des années 1970, la pédagogie alternative continue de semer des graines qui pourraient bien fleurir un peu partout dans le réseau dit « régulier ». Le point sur une philosophie qui attire de plus en plus d’adeptes.

Dans la classe de maternelle de madame Maude, les élèves ne se mettent jamais en rang. De plus, ils sont régulièrement invités à prendre la parole, puisque les activités sont souvent inspirées des questionnements des enfants, voire de choses qu’ils ont vécues et qu’ils ont envie de partager. « Et les parents sont bienvenus en tout temps », annonce Maude Arsenault, enseignante au préscolaire à l’école Freinet de Québec.

Ce fonctionnement n’est pas inusité. Du moins dans la cinquantaine d’écoles alternatives du Québec, où les parents sont considérés comme des « coéducateurs ». « La présence des parents à l’école est plus que souhaitée, elle est requise », précise le porte-parole du Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (REPAQ), Pierre Chénier.

Pour celui qui œuvre au sein de l’organisme depuis de nombreuses années et qui a lui-même accompagné ses enfants dans le système scolaire alternatif dans les années 1980 et 1990, « c’est un gaspillage éhonté, de laisser les parents en dehors de la cour de récréation » !

L’accompagnement exigé peut prendre mille et une formes : en classe, où certains parents peuvent choisir d’animer un atelier ou d’organiser une heure du conte, par exemple, mais aussi à la maison, que ce soit tout simplement en encourageant son enfant à lire.

« L’école est une petite communauté d’enseignants, d’élèves et deparents qui collaborent, résume Marie-Eve, maman de deux élèves de 2e et de 5e année à l’école L’Envol de Laval, qui dit consacrer 30 heures à l’école chaque année. C’est une expérience très enrichissante. »

« Quand on entre dans une école alternative, on entre dans une famille, ajoute Pierre Chénier. […] D’ailleurs, plusieurs études universitaires arrivent à la conclusion que, quand il y a un lien étroit entre la maison et l’école, il y a une garantie de succès et de bonheur pour l’enfant. »

  
 

Vers l’école de demain ?

Sans en appuyer tous les principes, plusieurs enseignants d’écoles que l’on pourrait qualifier de « régulières » tendent aujourd’hui vers la pédagogie alternative, que ce soit en laissant une plus grande place aux parents, en misant sur l’apprentissage par projets et les conseils de classe ou encore en éliminant les devoirs pour de bon au profit de la lecture. Les aménagements flexibles et ergonomiques — hamacs, coussins, espace de lecture, coin détente et tutti quanti — ont aussi la cote. Qui plus est, les groupes multiniveaux, une des caractéristiques phares de l’école alternative, sont également privilégiés dans certains cas.

Selon Pierre Chénier, le temps est peut-être d’ailleurs venu d’élargir la réflexion. « En observant le fort engouement pour l’école alternative, j’en suis venu à me dire qu’il vaudrait peut-être mieux miser sur certains changements dans les écoles régulières avant de mettre nos énergies sur l’ouverture de nouvelles écoles alternatives. Et nous sommes là pour soutenir et informer tous ceux qui en auraient besoin. »

L’époque des pupitres placés en rangs d’oignon et du par cœur pur et simple est de toute façon révolue, conclut le porte-parole du REPAQ.

L’école alternative publique en chiffres

48

La première école alternative québécoise a été fondée en 1974. Aujourd’hui, 48 écoles alternatives primaires et secondaires publiques (incluant une dizaine de volets alternatifs) sont recensées au Québec. Toutes sont liées à une commission scolaire.

7500 

Quelque 7500 élèves fréquentent une école alternative publique pour l’année scolaire 2019-2020, soit environ 2 % de toute la population écolière québécoise.

350

 Le réseau compte plus de 350 enseignants et plus de 300 comités de parents.

17

Le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (REPAQ) a redéfini les principes fondateurs d’une école alternative en 2014 sous la forme de 17 « conditions ». Dans ce document publié en ligne, on lit par exemple qu’une école alternative laisse « une place prépondérante à l’élève dans sa démarche d’apprentissage » ou que « l’adhésion des familles aux valeurs de l’école » est essentielle. « C’est un idéal à atteindre », fait valoir le porte-parole, Pierre Chénier, ajoutant que le REPAQ travaille actuellement à une mise à jour de ce consensus issu d’un processus démocratique impliquant les membres du Réseau.

Source : REPAQ