Commission Laurent: la CSDM dénonce l’absence de dialogue entre la DPJ et le système scolaire

Mme Catherine Harel Bourdon (photo) constate que, du côté de la DPJ, le manque de personnel et le manque de temps des intervenants posent de sérieuses difficultés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Mme Catherine Harel Bourdon (photo) constate que, du côté de la DPJ, le manque de personnel et le manque de temps des intervenants posent de sérieuses difficultés.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) affirme ne pas être parvenu à établir une réelle collaboration avec les services à l’enfance de la DPJ depuis la réforme du système de santé réalisée en 2015 sous l’égide du ministre Gaétan Barrette.

« On a essayé à plusieurs reprises d’établir un dialogue », a affirmé au Devoir la présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, mardi, en marge de sa comparution devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (Commission Laurent).

Une meilleure situation scolaire pour les enfants de la DPJ passe par la collaboration de celle-ci avec la CSDM « dans le quotidien de ces enfants », estime la présidente de la CSDM. Et « ça doit se formaliser au-delà d’ententes ponctuelles et individuelles », dit-elle.

Pour l’instant, « force est de constater que l’école ne trouve pas sa place dans le processus de réadaptation » envisagé par la DPJ, déplore la présidente de la plus importante commission scolaire au Québec dans un témoignage à charge.

Devant la commission Laurent, Mme Harel Bourdon a en effet dressé un constat accablant de la collaboration entre les écoles et le système actuel de la DPJ. « On génère des échecs par manque de collaboration avec la DPJ », a-t-elle précisé.

Mme Harel Bourdon constate que, du côté de la DPJ, le manque de personnel et le manque de temps des intervenants posent de sérieuses difficultés quand vient le temps de lier le destin d’un enfant avec son cheminement scolaire. Autrement dit, elle constate que le personnel de la DPJ n’est pas suffisamment stable, du moins ces dernières années, pour assurer les suivis nécessaires.

Il y a beaucoup trop de roulement de personnel, ce qui rend la communication « très difficile », voire « aléatoire », a expliqué Mme Harel-Bourdon devant la commission Laurent.

 On génère des échecs par manque de collaboration avec la DPJ

« La DPJ, observe par ailleurs la CSDM, ne semble souvent pas consciente de ses décisions sur l’impact de la scolarisation » des enfants. À l’âge de 17 ans, ce sont 83 % des jeunes issus de la DPJ qui ne se trouvent pas où ils devraient être pour leur groupe d’âge.

« La culture des travailleurs sociaux, très près du milieu, est à peu près disparue », regrette Gérald Gauthier, ancien directeur des Services à l’élève à la CSDM.

« On se trouve avec un travailleur social très loin, au bout du téléphone. »

Changer d’école à répétition

L’absence de collaboration formalisée entre la DPJ et les institutions scolaires donne lieu à des aberrations dont les enfants sont les premières victimes, explique Gérald Gauthier. Il cite à titre d’exemple le cas d’un enfant qui perd des jours de classe parce que la DPJ ne s’entend pas au préalable avec les écoles. « On s’est retrouvé dans une situation où un enfant n’était pas à l’école pendant trois semaines ».

Gérald Gauthier dit ne pas être surpris de voir l’augmentation du nombre de signalements » au cours des dernières années. Il observe par ailleurs les conséquences désastreuses de changements répétés d’école pour les enfants. « Le déplacer de milieu scolaire est un facteur de risque. »

Risque d’échec, risque de mésadaptation, y compris pour un enfant qui n’est pas pris en charge par la DPJ. « Alors, imaginez pour un enfant de la DPJ ! »

Au cours de la journée, la présidente de la commission, Régine Laurent, a demandé à la sous-ministre adjointe à l’éducation, Mme Anne-Marie Laberge, ainsi qu’à la CSDM ce qui était fait en rapport avec la surreprésentation des Noirs dans le cadre des signalements à la DPJ.

« Ce que j’ai eu [d’eux] comme réponse est plus que décevant », a-t-elle dit plus tard à l’occasion du témoignage d’un autre groupe, alors qu’elle renouvelait l’expression de ses préoccupations à ce sujet.