Roberge critique la décision du cégep de la Gaspésie

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

Tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale souhaitent désormais que le cégep de la Gaspésie et des Îles revoie le fonctionnement de son campus montréalais.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a lancé le bal mardi en demandant au cégep — qui est une institution bilingue — de modifier son offre de services à Montréal pour y inclure des cours en français.

Il a affirmé savoir depuis une semaine que le cégep avait ouvert en 2015 une antenne à Montréal recrutant uniquement des étudiants étrangers venus surtout de l’Inde et de la Chine. Il en coûte actuellement aux 2000 étudiants environ 15 000 $ par année.

M. Roberge réagissait au reportage paru dans Le Devoir mardi, dans lequel le Mouvement Québec français (MQF) s’insurge contre la création d’un autre campus anglophone, un « Klondike » qui ne fait qu’accélérer l’anglicisation de la métropole, selon lui.

« J’ai un problème à ce que ce soit exclusivement en anglais, a acquiescé le ministre en mêlée de presse. On va leur demander d’inclure à tout le moins, dans chaque parcours, des cours de français. On va discuter avec eux pour corriger ce que moi je trouve une lacune assez importante. »

Site Web en anglais seulement

M. Roberge en a également contre le site Web du campus, qui est uniquement en anglais, et qui n’informe pas les étudiants étrangers qu’ils s’apprêtent à venir étudier dans un « état francophone ».

« [Il] dit en gros : “Welcome to Canada”. Il ne parle pas que le Québec, c’est le seul état francophone d’Amérique du Nord, il ne dit pas que les gens qui font le choix de venir étudier à Montréal viennent dans une ville où l’on parle français. Je pense que c’est un problème. »

Il demande à ce que le site Web soit bilingue. « J’ai confiance qu’on va arriver à s’entendre avec eux. » Le ministre a suggéré que les cégeps francophones n’ont pas à enseigner en anglais à des étudiants étrangers, puisqu’ils bénéficient déjà d’une hausse de financement.

Les cégeps ont longtemps souffert d’un sous-financement chronique. Plusieurs d’entre eux sont toujours à la recherche de nouvelles sources de revenus, afin de compenser la baisse de leur clientèle locale et de remplir leur mission régionale en français.

Sylvain Vachon, responsable du campus montréalais du cégep de la Gaspésie, pense qu’il est « sévère » de lancer la pierre à son institution. Il s’est dit ouvert à offrir des cours en français à Montréal dès l’automne prochain.

« Le cégep ne devrait pas être accusé de donner de la formation en anglais, c’est dans sa mission accordée par le gouvernement québécois », a-t-il rappelé en entrevue au 98,5 FM mardi matin. Il a indiqué que le campus montréalais se finançait sans fonds publics.

Roberge a l’appui unanime des autres partis

Il n’empêche que les partis d’opposition ont tous fait écho aux propos de M. Roberge, réclamant eux aussi des changements au fonctionnement du campus montréalais du cégep de la Gaspésie.

« On parle quand même d’un cégep régional, qui donne des cours hors campus à Montréal uniquement en anglais, un site Web uniquement en anglais, ça ne fait clairement pas avancer le français », a déploré la porte-parole libérale en éducation, Marwah Rizqy.

« Le rôle des cégeps, surtout des cégeps francophones, ce n’est pas d’être un guichet automatique pour donner des diplômes “fast-track” aux étudiants étrangers », a pour sa part souligné Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire.

Pascal Bérubé, du Parti québécois, a affirmé que le problème était d’abord et avant tout un problème de financement. « Chose certaine, il faut donner (aux étudiants étrangers) une immersion dans un monde francophone […] lorsqu’ils viennent », a-t-il ajouté.