Devenir carboneutre et le rester

Pascaline David Collaboration spéciale
Pour compenser les GES qu’elle ne peut réduire, l’Université Laval mise sur son puits carbone de la forêt Montmorency,  la plus grande forêt d’enseignement et de recherche au monde, couvrant un territoire de 412 km2.
Julie Moffet Pour compenser les GES qu’elle ne peut réduire, l’Université Laval mise sur son puits carbone de la forêt Montmorency, la plus grande forêt d’enseignement et de recherche au monde, couvrant un territoire de 412 km2.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Au Canada, seulement cinq universités peuvent se targuer d’être carboneutres, dont quatre sont en Colombie-Britannique où elles ont l’obligation légale de l’être. En 2015, l’Université Laval fut la première à le devenir volontairement, et la seule au Québec, grâce à la réduction et à la compensation de ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

Si elle demeure un objectif lointain pour les gouvernements, la carboneutralité est désormais au cœur des préoccupations de quelques institutions avant-gardistes. Elle consiste à ce que les émissions directes de GES soient égales à la somme des efforts de réduction et de compensation des émissions.

L’Université Laval a réussi à l’atteindre en réduisant de 27 % ses GES de 2006 à 2018 et en compensant le reste. Pour Renald Bergeron, vice-recteur aux affaires externes, internationales et à la santé, cela s’inscrit dans la démarche manifeste de développement durable de l’institution. « C’est une culture que l’on veut soutenir, en s’engageant collectivement à produire des connaissances, à les diffuser et à former des professionnels engagés à travers le monde », affirme-t-il.

La carboneutralité a pu être atteinte notamment par l’optimisation de ses systèmes de chauffage et de ventilation, qui constituent environ 95 % des émissions. La centrale d’énergie, qui produit de la vapeur acheminée par des conduits circulant dans un réseau de tunnels, fonctionne au mazout, au gaz naturel et, depuis 2007, à l’électricité.

L’institution est d’ailleurs la première université à avoir récemment introduit du gaz naturel renouvelable (GNR) sur son campus, produit par la biométhanisation des déchets compostables de l’usine de Saint-Hyacinthe. C’est un million de mètres cubes, soit 8 % de sa consommation de gaz naturel qui sera remplacée par du GNR, équivalent à une réduction de près de 1900 tonnes de CO2.

Le Colosse

Depuis 2010, un superordinateur dénommé le Colosse permet également de faciliter la climatisation et de récupérer la chaleur produite par les serveurs afin de la rediriger vers le réseau de chauffage du campus. Ce sont 245 tonnes de CO2 qui sont évitées, annuellement. La même année, un centre de gestion des déchets dangereux, alimenté par un système de géothermie, a été construit.

« On est au Québec, où l’hiver nous oblige à consommer davantage qu’ailleurs, fait remarquer Renald Bergeron. On est en continuelle évolution pour obtenir la consommation la plus faible possible, notamment par une meilleure isolation et la récupération de chaleur. »

L’Université Laval a continué sur sa lancée en 2012 avec l’inauguration du stade TELUS doté d’une architecture faite pour améliorer la ventilation naturelle et ainsi réduire les coûts de climatisation.

En procédant à la réfection de plusieurs bâtiments, de l’énergie a aussi pu être économisée. « La rénovation du bâtiment de sciences et génie en 2012 a entraîné une baisse de 30 % de sa consommation énergétique », souligne Pierre Lemay, adjoint de M. Bergeron.

Compensations

Pour compenser les GES qu’elle ne peut réduire, l’Université Laval mise sur son puits carbone de la forêt Montmorency, la plus grande forêt d’enseignement et de recherche au monde, couvrant un territoire de 412 km2. Un puits carbone est un réservoir naturel ou artificiel qui absorbe le carbone de l’atmosphère et contribue à diminuer la quantité de CO2 atmosphérique.

Des aménagements stratégiques ont permis d’absorber, en moyenne, 14 000 tonnes de CO2 par année, notamment grâce à la plantation de nouveaux arbres. En 2013, l’Université a ainsi tenu sa première Coupe Vanier carboneutre en y plantant 3500 arbres.

Laval achète par ailleurs des crédits carbone. Elle compense notamment 7550 tonnes de CO2 émis par an grâce à un partenariat avec le Séminaire du Québec, qui a créé deux aires de conservation dans la Seigneurie de Beaupré, et renonce à toute activité forestière dans le secteur.

Émissions indirectes

Les calculs de carboneutralité réalisés par l’Université ne prennent toutefois pas en compte les émissions indirectes de GES, comme le transport des étudiants ou des déchets, qui totalisent 13 507 tonnes de CO2. Des incitatifs ont néanmoins été mis sur pied pour encourager les étudiants et le personnel. « Nous offrons un panier de solutions où les gens peuvent contribuer volontairement, indique Pierre Lemay. Employer des moyens non coercitifs est toujours plus efficace. »

Deux associations étudiantes ont eu l’initiative d’un service de covoiturage ainsi que d’un laissez-passer, qui offre aux étudiants à temps complet, à prix réduit, un accès illimité aux services de transport en commun. Une entente avec Communauto permet également de louer des véhicules sans réservation sur le campus, et des bornes de recharge pour voiture électrique ont été ajoutées. Le vélo n’est pas en reste, puisqu’un service de prêt en libre-service existe aussi.

Depuis 2013, un programme de compensation volontaire des émissions de GES fait en sorte que, pour chaque dollar donné par la communauté universitaire, l’Université investit la même somme pour réaliser un projet compensateur sur le campus, comme la plantation d’arbres.

Dans l’objectif de demeurer carboneutre, voire d’être un jour carbonégative, l’Université Laval travaille actuellement à sa nouvelle stratégie de développement durable, qui verra le jour au printemps 2020.