Université de Montréal: pour le bien-être de la communauté LGBTQ+

Catherine Martellini Collaboration spéciale
En août 2019, une délégation de l’UdeM a participé pour la première fois au défilé de Fierté Montréal.
Amélie Philibert En août 2019, une délégation de l’UdeM a participé pour la première fois au défilé de Fierté Montréal.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Même si des mesures existent depuis une trentaine d’années pour assurer l’équité, la diversité et l’inclusion à l’Université de Montréal, celle-ci s’est dotée au printemps dernier d’un énoncé de vision clair sur ces questions. Parmi les mesures prises récemment, on compte notamment le choix du prénom depuis le début de la nouvelle session.

C'est en mai dernier que l’Université de Montréal (UdeM) annonçait son Énoncé de vision sur l’équité, la diversité et l’inclusion, qui présentait les balises d’intervention pour, entre autres, le genre, l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre, la condition sociale, le handicap, l’âge, l’appartenance aux Premiers Peuples, le statut migratoire, l’origine ethnique, la langue, la religion ainsi que l’appartenance à un groupe racisé.

Certaines de ces questions sont réglées depuis plus de 30 ans, comme la Politique d’accès à l’égalité en emploi et en éducation pour les femmes et celle sur l’intégration des étudiants handicapés, toutes deux adoptées en 1994.

Malgré tout, des inégalités persistent ou ont été redéfinies au fil du temps.

« C’est le cas notamment de l’identité de genre, un sujet qui était moins présent dans l’actualité et dans la société du début des années 2000, ou encore la question autochtone, mentionne Marie McAndrew, conseillère spéciale du recteur de l’UdeM en matière d’équité, de diversité et d’inclusion. On est aussi passés de l’égalité formelle à l’égalité réelle. »

Elle donne comme exemple la Politique sur l’adaptation à la diversité culturelle, qui a été mise en œuvre en 2002, à une époque où la clientèle de l’UdeM n’était pas aussi pluriethnique qu’elle l’est aujourd’hui.

Outre les besoins qui ont évolué, les organismes subventionnaires fédéraux et provinciaux ont aussi resserré leurs exigences afin d’assurer une recherche inclusive dans les universités. Ainsi, celles-ci doivent maintenant prendre en compte divers critères, tant dans la constitution des équipes de recherche que dans le processus de recrutement des professeurs et des étudiants.

Marie McAndrew précise que, même si l’Énoncé a été présenté en mai dernier, avant cela, de nombreuses actions avaient déjà été menées à l’échelle de l’UdeM sur ces divers fronts.

« La préparation du plan d’action n’a pas interrompu la mise en œuvre de mesures déjà existantes ou leur intensification, il sert plutôt à structurer et à coordonner les initiatives qui sont prises par les étudiants et les diverses facultés », soutient-elle.

Pour arriver à atteindre l’égalité, des objectifs précis ont été fixés pour améliorer la recherche, mais aussi les milieux de formation, de travail et de vie.

Vers un milieu de vie mieux adapté

Parmi les mesures qui permettent aux étudiants de se reconnaître à l’université dans toute leur diversité, on trouve l’aménagement de toilettes non genrées. « Dans le campus principal, ce sont plus de 130 toilettes qui ont été adaptées, mais il reste encore du chemin à faire dans certains pavillons », souligne-t-elle.

Depuis janvier 2020, les personnes transgenres peuvent choisir leur prénom, même si elles ne l’ont pas légalement changé. « Il faut comprendre que les systèmes d’information de l’UdeM ne sont pas tous interconnectés et l’opération était donc plus complexe à mettre en branle pour éviter qu’un système accepte un prénom, et l’autre, l’ancien, explique la conseillère spéciale. On ne peut pas perdre la trace de leur prénom légal parce que certains systèmes externes, comme le programme de bourses du ministère de l’Éducation par exemple, l’exigent. »

La question ne se posait pas pour les personnes trans fréquentant l’université qui avaient déjà changé de nom de façon légale. Celles-ci pouvaient s’inscrire avec leur nouveau prénom. « Il y avait des frais de registraire pour changer de prénom à un certain moment, mais nous les avons supprimés », ajoute-t-elle.

L’UdeM a aussi intensifié son travail non seulement avec les associations étudiantes, mais aussi avec des regroupements d’étudiants qui vivent des problématiques similaires et qui peuvent apporter des idées. Le choix du prénom a d’ailleurs été une initiative du Groupe d’action trans de l’UdeM. « D’autres groupes existent, notamment L’Alternative, qui agit pour la diversité de sexe et de genre, et d’autres encore qui représentent des étudiants de différentes ethnies ou des personnes vivant avec un handicap, indique la conseillère spéciale. Ce sont de véritables agents de changement que nous souhaitons davantage consulter à l’avenir. »

Prochain grand chantier, difficile à mettre en branle parce qu’il exige lui aussi des prouesses informatiques, celui du choix du genre, masculin, féminin ou non binaire. « Il faut avoir une réflexion sur la façon d’amener ce changement, en proposant un troisième choix non binaire, ou encore une longue liste, comme le font certains organismes », note Mme McAndrew.

S’assurer de bien comprendre le message

Une campagne interne et externe sera déployée l’hiver prochain pour communiquer le plan d’action.

« Contrairement à certaines entreprises privées, les communications ne partent pas du haut de la pyramide hiérarchique pour descendre en cascade dans toutes les équipes, affirme Marie McAndrew. Au-delà du message institutionnel, il faut bâtir sur le terrain, puis remonter l’information jusque dans les structures organisationnelles. C’est plus une communication bidirectionnelle. »

L’UdeM peut ainsi compter sur des spécialistes de ces diverses questions, mais aussi sur des finissants formés et des chargés de cours issus de milieux de pratique. « Il est primordial d’appuyer ces personnes dans leur travail et leur engagement », ajoute-t-elle.

Des capsules ont aussi été récemment réalisées pour les professeurs afin de les outiller dans leur approche avec les étudiants transgenres.

De plus, ce sont plus de 1000 cours offerts dans les facultés qui comportent une dimension sur la diversité et l’inclusion. « Nous pensons avoir déjà commencé à préparer nos étudiants à vivre dans des contextes de diversité », conclut Mme McAndrew.

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