UQAC: l’immense défi des étudiants autochtones

Agathe Beaudouin Collaboration spéciale
Francis Verreault-Paul, en 2011, alors qu’il défendait les couleurs de l’Université McGill.
Mike Dembeck Archives La Presse canadienne Francis Verreault-Paul, en 2011, alors qu’il défendait les couleurs de l’Université McGill.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Sa nomination représente un véritable espoir pour de nombreuses familles autochtones : depuis le 13 janvier, Francis Verreault-Paul, hockeyeur originaire de la communauté de Mashteuiatsh, est le nouveau chef des relations avec les Premières Nations au centre Nikanite, à l’Université du Québec à Chicoutimi. Sa mission ? Créer des passerelles entre l’université et les étudiants issus des Premières Nations.

Le joueur, qui a mené carrière en Europe et aux États-Unis, se dit particulièrement sensible à la question. « J’ai eu la chance d’avoir des rêves, et des modèles qui m’ont permis de les réaliser, témoigne le nouveau nommé. Mon père me soutenait dans le sport et ma maman, la première diplômée de ma famille, m’a toujours encouragé. Elle fut un modèle de résilience en retournant à l’université avec un bébé dans les bras quand je n’avais pas un an. Pour moi, il était clair que je ferais du sport et des études, car j’ai hérité de cette confiance. » Ce bagage culturel et universitaire lui permet aujourd’hui d’entamer une nouvelle carrière professionnelle.

Mais ce modèle est loin d’être généralisé, et surtout facilité, pour l’ensemble des jeunes Autochtones. « Il existe des facteurs historiques et contextuels qui rendent leur parcours scolaire et universitaire difficile », observe Roberto Gauthier, de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), l’établissement d’études supérieures qui recense le plus grand nombre de jeunes issus des Premières Nations au Québec.

Des obstacles à surmonter

Le poids du passé reste fortement enraciné, selon le chercheur. « Durant très longtemps, l’école était vue négativement dans les familles, car elle était synonyme d’assimilation et de perte d’identité. Leur rapport à l’école était plutôt celui de la résistance. » Et même si ce point de vue évolue, les codes culturels, eux, restent fortement ancrés dans les mentalités comme autant d’obstacles à surmonter. « Dans la culture autochtone, on grandit dans un contexte de transmission orale, quand, au contraire, le milieu universitaire occidental ne jure que par la littératie », commente Gisèle Maheux, professeure associée à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Plus que jamais, les étudiants autochtones font face à de multiples défis. « Le premier, c’est celui de la langue, reprend Roberto Gauthier. Ils s’approprient une langue seconde, le français ou l’anglais. On ne parle pas juste d’une différence de mots. C’est totalement différent. C’est comme demander aux Nord-Américains de maîtriser la langue chinoise. »

Sur la liste des facteurs de persévérance se démarquent aussi les spécificités liées à chaque communauté. « Nos réalités ne sont pas les mêmes, déclare Francis Verreault-Paul. Chaque communauté a des enjeux qui lui sont propres, mais toutes insistent sur la nécessité de mieux adapter les programmes scolaires et universitaires à la culture autochtone. » Cette inadaptation représenterait en effet un obstacle important à la persévérance scolaire.

Ce décalage entre l’institution, la population québécoise et la réalité autochtone, la romancière innue Naomi Fontaine le met en lumière dans ses récits Manikanetish et Une lettre à Shuni. Si le fossé paraît énorme, le succès de ces deux titres peut laisser penser qu’une nouvelle ère s’ouvre. « Du côté des universités, il existe une volonté, une position d’ouverture pour aider et accueillir les étudiants autochtones », assure l’universitaire Roberto Gauthier, qui remarque aussi que « les Autochtones se sont approprié l’aspect administratif et c’est déjà un grand pas ».

« De plus en plus, les familles ont envie de donner la possibilité à leurs enfants d’obtenir un diplôme. Il y a dans certaines communautés une solidarité mise en place pour permettre à l’un des leurs d’aller faire des études », ajoute Francis Verreault-Paul.

Le rêve d’une université autochtone

Pour favoriser plus encore leur réussite universitaire, Gisèle Maheux estime maintenant qu’« il y a une réflexion en profondeur à mener afin d’analyser l’offre d’enseignement qui leur est faite ».

« Cela prend aussi des moyens pour permettre l’intégration socioculturelle. Il faut savoir qu’ils n’ont pas vraiment le même esprit de compétition. Pour certains, quand ils arrivent à l’université, ils débarquent en pays étranger. Il faut être capable de se saisir de cela », complète Roberto Gauthier, qui nourrit le rêve qu’« une université autochtone soit créée ».

En attendant, les lignes bougent. Un projet de reconnaissance des acquis des populations autochtones pourrait se concrétiser à l’UQAC. Accompagnement, recherche et formation vont aussi devenir le quotidien de Francis Verreault-Paul, qui carbure à l’optimisme. Lui qui est parvenu à mener de front sport et études (il est titulaire d’un baccalauréat en psychologie de l’Université McGill et d’une maîtrise en administration des affaires de l’Université de Buckingham, en Angleterre) espère secrètement que son exemple ne restera pas « un cas à part ».