L’abolition du cours Éthique et culture religieuse suscite du mécontentement

L’abolition du cours, conjuguée à la mise au rancart d’éléments associés à la vie spirituelle dans le projet de loi 40, provoque des inquiétudes dans le milieu de l’enseignement.
Photo: Getty Images L’abolition du cours, conjuguée à la mise au rancart d’éléments associés à la vie spirituelle dans le projet de loi 40, provoque des inquiétudes dans le milieu de l’enseignement.

Au nom de la laïcité de l’État, le gouvernement Legault est-il en voie d’éliminer toute référence à la religion ou à la vie spirituelle dans les écoles ? L’abolition annoncée du cours d’éthique et culture religieuse (ECR), conjuguée à la mise au rancart d’éléments associés à la vie spirituelle dans le projet de loi 40, provoque des inquiétudes dans le milieu de l’enseignement.

« L’abolition annoncée du programme Éthique et culture religieuse constitue une éclatante victoire de l’athéisme militant québécois et de ses propagandistes. Pour ce mouvement, la religion est intrinsèquement une aberration, le fruit de l’irrationalité. Pire, elle est la “gangrène de l’humanité”. Forcément, la religion, même dans une perspective culturelle, n’a pas sa place à l’école », déplore Jean-Pierre Proulx, journaliste et professeur retraité, dans une note transmise au Devoir.

Ce spécialiste de l’éducation a présidé un groupe de travail sur la place de la religion à l’école, dans l’optique de la déconfessionnalisation du système scolaire au tournant des années 2000. Il avait recommandé la création d’un cours non confessionnel d’enseignement culturel des religions. Le cours ECR est ainsi né en 2008 pour que les élèves québécois connaissent les religions — d’un point de vue historique et culturel — même si les prêtres ont été sortis des écoles publiques.

Le ministre Jean-François Roberge a annoncé cette semaine que le cours d’ECR sera profondément transformé pour faire place à un cours d’éducation à la citoyenneté dont le nom reste à déterminer. Les élèves apprendront notamment des notions d’éducation à la démocratie, à la sexualité, à l’environnement et au droit du numérique.

Cette décision s’inscrit dans une tendance à gommer toute référence à la religion ou à la spiritualité dans le programme de l’école publique, souligne Jean-Pierre Proulx. Un volet méconnu du projet de loi 40 (sur la transformation des commissions scolaires) propose ainsi d’abolir le droit des élèves à « des services d’animation spirituelle et communautaire ».

Sortir la religion des écoles

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a déploré cette mise de côté de la vie spirituelle des élèves dans son mémoire sur le projet de loi 40. La déconfessionnalisation du système scolaire québécois ne veut pas dire qu’il faut « sortir la religion » des écoles, note la Commission dans son mémoire, daté de décembre 2019.

L’abolition annoncée du programme Éthique et culture religieuse constitue une éclatante victoire de l’athéisme militant québécois et de ses propagandistes

 

« Par une diversité de moyens, dont certaines obligations de l’enseignant, mais aussi le service d’animation spirituelle et d’engagement communautaire et le programme d’ECR, l’école québécoise veut depuis participer au développement de dispositions chez l’élève qui lui permettront de reconnaître l’égale dignité de l’autre et favoriseront la poursuite du bien commun », indique le document.

« Le projet de loi 40 […] comporte des risques de décentrements supplémentaires par rapport à une laïcité respectueuse des droits et libertés de la personne, cette fois à l’endroit des élèves. Après l’interdiction du port de signes religieux imposés aux directeurs, directeurs adjoints et enseignants de l’école publique au Québec, assisterons-nous à l’avenir à la mise en oeuvre de nouvelles limitations qui viendront réduire auprès des élèves, cette fois, la portée de la liberté de conscience et de religion ? »

Culture et spiritualité

La Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation (FPPE-CSQ) s’inquiète aussi des conséquences de l’abolition du cours d’ECR et de la « fragilisation » des services d’animation et de vie spirituelle. Ces services laïques ont remplacé la pastorale lors de la déconfessionnalisation des écoles, rappelle Jean Martineau, vice-président du syndicat qui représente 393 « animateurs de vie spirituelle et d’engagement communautaire ».

« Le gouvernement veut jeter le bébé avec l’eau du bain, dit-il. La vie spirituelle est une dimension fondamentale de l’être humain, au même titre que la structure nerveuse ou la structure osseuse. »

Les animateurs de vie spirituelle ont aussi un rôle à jouer pour faire connaître aux jeunes l’importance culturelle de la religion — en accord avec la laïcité du système scolaire, fait valoir Jean Martineau.

De son côté, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) a dénoncé le fait « qu’avant même de procéder à des consultations, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur annonce déjà sa volonté de remplacer, en tout ou en partie, les notions de culture religieuse » dans le programme d’ECR.

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