Une nouvelle école qui fait rêver petits et grands

La nouvelle école Sainte-Lucie, dont les plans viennent tout juste d’être présentés aux élèves, aux parents et au personnel, doit être prête pour la rentrée de septembre 2021.
Photo: BGLA La nouvelle école Sainte-Lucie, dont les plans viennent tout juste d’être présentés aux élèves, aux parents et au personnel, doit être prête pour la rentrée de septembre 2021.

Quelques jours avant Noël, une bonne nouvelle a illuminé tous les visages à l’école Sainte-Lucie, dans le quartier Saint-Michel à Montréal. La maquette de la future école, qui remplacera l’ancien bâtiment condamné depuis cinq ans pour cause de moisissures, a été présentée aux élèves, aux parents et au personnel. Cette école est magnifique. Il y aura même une glissoire intérieure dans l’atrium.

« On aura enfin une école avec des fenêtres », dit Christian Milliard, directeur de cette école primaire située dans un des quartiers les plus défavorisés au Canada.

Le Devoir a pu consulter les plans de cette école de 23 classes qui fait rêver élèves et membres du personnel. Larges fenêtres laissant entrer la lumière du jour, toit vert où les élèves pourront cultiver un jardin, gymnase double, bibliothèque, cour de récréation colorée et bordée d’arbres, sans oublier le fameux atrium doté d’une glissoire intérieure : les architectes ont conçu une « école de demain », pour reprendre une expression à la mode.

On aura enfin une école avec des fenêtres

 

Les 425 élèves et la cinquantaine de membres du personnel la méritent, cette belle école. Ils sont patients. L’école Sainte-Lucie a été fermée en 2014 parce que le bâtiment était contaminé aux moisissures. L’école a été relocalisée temporairement dans des locaux à l’arrière de l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau, rue de Louvain Est. Le déménagement devait durer deux ou trois ans. Cinq ans et demi plus tard, les élèves et le personnel fréquentent encore ce bâtiment aux allures d’entrepôt.

Les murs sont en blocs de ciment. Plusieurs salles de classe n’ont pas de fenêtres. Et les fenêtres, quand il y en a, sont minuscules. « C’est sombre. Je suis claustrophobe, j’ai l’impression de manquer d’air », dit une enseignante.

Si tout se passe comme prévu, l’inconfort des enfants et du personnel tire à sa fin. La nouvelle école doit être prête pour la rentrée de septembre 2021, confirme Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

École surpeuplée

La splendeur du futur bâtiment cache une mauvaise nouvelle : avant même le début de la construction, la commission scolaire sait que la nouvelle école sera remplie. Elle devra refuser des élèves du quartier. La CSDM a soumis deux fois un projet d’école comportant sept classes supplémentaires (une par niveau, de la maternelle à la sixième année), mais le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a toujours dit non.

Devant les délais qui s’allongent, la commission scolaire a lancé le chantier de 23 classes approuvé par Québec. L’école moisie a été démolie. La construction du nouveau bâtiment doit commencer dans les prochaines semaines.

« Si on dit que l’éducation est une priorité, on ne devrait pas construire des écoles qui déborderont dès leur inauguration », estime Christian Milliard, directeur de l’école Sainte-Lucie.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’école Sainte-Lucie, dans Saint-Michel, a été fermée en 2014 parce que le bâtiment était contaminé aux moisissures. L’école a été relocalisée temporairement dans des locaux à l’arrière de l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau (sur la photo), un bâtiment aux allures d’entrepôt avec très peu de fenêtres.

« J’ai refusé 25 enfants en maternelle 4 ans cette année, faute d’espace. Je suis prêt à en offrir davantage, la demande et les besoins sont grands dans un quartier comme le nôtre, mais on ne pourra pas le faire », ajoute-t-il.

« Les gens du quartier attendent depuis cinq ans leur nouvelle école, mais ils sont inquiets. Ils nous demandent : “Est-ce qu’on aura une place pour nos enfants ?” », précise Mohammed Maazami, commissaire scolaire du secteur.

Les résidents du quartier proviennent de partout dans le monde — Haïti, Maghreb et autres pays d’Afrique, Amérique latine, notamment. Plusieurs sont arrivés récemment au Québec. Ils connaissent mal le fonctionnement du système scolaire. « Parfois, les parents ignorent leurs droits. Ils sont allophones et sont gênés de parler. On leur offre de la traduction », dit Salima Touahria, présidente du conseil d’établissement de l’école Sainte-Lucie. Difficile, pour ces sans-voix, de faire pression pour une école mieux adaptée à leurs besoins…

Le bien-être d’abord

En attendant la construction du nouveau bâtiment, Christian Milliard et son équipe font des miracles dans leur école temporaire. Ils font la preuve que ce n’est pas tout d’avoir une « belle école ». Une bonne école, c’est d’abord du personnel compétent et motivé. Le directeur n’a que de bons mots pour les enseignants et les autres membres de son équipe, qui compensent autant que possible les locaux inadéquats. À voir le sourire des élèves, ceux-ci se fichent de fréquenter une école qui ressemble à un hangar d’aéroport régional.

Ces locaux temporaires ont été aménagés à l’origine pour une école secondaire. Les classes sont plus grandes que celles d’une école primaire (où le nombre d’élèves par classe est plus bas). Les couloirs, plus larges. À défaut de lumière naturelle, ce bâtiment offre un luxe rare dans les écoles primaires de Montréal : de l’espace. C’est coloré, propre et bien aménagé. Un endroit vivant, aussi.

« On veut juste que les jeunes soient bien. Ça les aide à apprendre », explique le directeur. Il a commencé à implanter des formes de pédagogie dite flexible, qui prendront plus de place dans le futur bâtiment : tables en U, vélos-pupitres, chaises à roulettes, murs amovibles pour favoriser le travail d’équipe entre enseignants…

Les architectes ont conçu la future école dans le même esprit : en ayant en tête le bien-être des élèves et du personnel, explique Martin Brière, associé chez la firme BGLA, responsable du projet. C’est pour cette raison qu’il a ajouté un atrium — doté d’une glissoire — même si ces éléments ne font pas partie du programme du MEES pour la construction d’écoles.

« On l’a jugé important. Ça fait partie du travail des architectes d’être créatifs. L’atrium est un espace dynamique, vivant, qui favorise les échanges. La glissoire a pour but de faire bouger les jeunes et de leur faire aimer leur école », explique-t-il.

Les larges fenêtres laissant entrer la lumière naturelle vont de soi, précise l’architecte. L’aménagement d’espaces collectifs comme l’atrium et le toit vert servent aussi à transmettre aux jeunes les valeurs de partage et de cohésion sociale. « Il y a 20 ans, les architectes devaient travailler à défendre des idées qui nous semblaient évidentes, mais qui ne l’étaient pas pour nos clients. Les temps ont changé : quand on a présenté le projet à l’école Sainte-Lucie, les gens dans la salle sont venus nous parler d’architecture », dit Martin Brière.