Québec mise sur l’éducation à la sexualité pour prévenir les violences

Le ministre Jean-François Roberge soutient que «tous les élèves doivent pouvoir se sentir en sécurité à l’école et fréquenter un milieu exempt de ces comportements inacceptables».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le ministre Jean-François Roberge soutient que «tous les élèves doivent pouvoir se sentir en sécurité à l’école et fréquenter un milieu exempt de ces comportements inacceptables».

Préoccupé par les violences sexuelles à l’école, le ministre Jean-François Roberge compte mettre en place un mécanisme pour s’assurer que les contenus obligatoires en éducation à la sexualité soient bel et bien enseignés aux élèves.

« Tous les élèves doivent pouvoir se sentir en sécurité à l’école et fréquenter un milieu exempt de ces comportements inacceptables », a indiqué par courriel le cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

« Le meilleur moyen d’y parvenir est de sensibiliser et d’informer davantage les élèves, notamment par l’offre des contenus obligatoires en éducation à la sexualité. Il est important de consolider cette offre et de s’assurer que le caractère obligatoire de celui-ci soit respecté. Nous travaillons en ce sens. »

Le ministre Roberge réagissait à l’étude du groupe Prévention CDN-NDG révélant que des violences sexuelles persistent dans les écoles secondaires malgré les dénonciations d’élèves.

Cette enquête, publiée dans Le Devoir de samedi, concluait que le harcèlement, le sextage et les attouchements non désirés sont monnaie courante dans les milieux de vie des adolescents, y compris dans les écoles secondaires.

L’organisme Prévention CDN-NDG, qui fait partie d’un collectif de 16 groupes militant contre les violences sexuelles dans les écoles, est d’accord avec le ministre Roberge : l’éducation à la sexualité doit jouer un rôle crucial pour mieux outiller les élèves — et le personnel scolaire — à prévenir le harcèlement et les autres formes de violence sexuelle.

Formation à géométrie variable

La formation en éducation sexuelle est obligatoire depuis septembre 2018 pour tous les élèves du primaire et du secondaire. Ils reçoivent entre 5 et 15 heures par année de « contenus ».

L’éducation à la sexualité n’est pas un cours en bonne et due forme, mais est offerte dans le cadre de cours existants (français, mathématiques ou autres) par des professeurs volontaires — ou désignés par la direction d’école. Les professeurs sont souvent mal à l’aise de parler de sexualité aux élèves, de sorte que l’enseignement de la matière varie d’une école ou d’une commission scolaire à l’autre.

En entrevue au Devoir lors de la rentrée scolaire, cet automne, le ministre Roberge a indiqué qu’il envisage d’intégrer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse (ECR), qui doit faire l’objet d’une vaste refonte dans les prochains mois.

« L’idée d’avoir des contenus [d’éducation à la sexualité] qui appartiennent à un vrai cursus, avec des professeurs dont le mandat est de donner des notions spécifiques et qui sont formés pour ça, je pense que c’est porteur. Ça va faire partie des choses sur lesquelles on voudra consulter », avait dit Jean-François Roberge au Devoir.

Il a été impossible d’obtenir des précisions du ministre à ce sujet, lundi. En tout cas, les élèves et les intervenants spécialisés auprès des jeunes ont confié aux chercheurs de Prévention CDN-NDG qu’ils ressentent parfois un malaise lors des formations en éducation à la sexualité.

Les élèves mentionnent l’importance de compter sur la présence en classe d’un « adulte qui soit à l’aise avec la matière et en mesure d’aborder les sujets de front », ce qui implique d’utiliser les mots exacts, de ne pas faire d’évitement et d’aborder le « comment ».

Inconfort

Les intervenants chargés d’enseigner la matière (travailleur social, infirmière, etc.), souvent en appui aux enseignants en classe, admettent vivre de « l’inconfort » à cause d’un manque de formation.

« […] Un manque d’information, d’expérience ou de vocabulaire approprié les empêche d’aborder un sujet ou d’intervenir convenablement sur une situation liée au consentement, au harcèlement sexuel ou, plus largement, à la sexualité. Au-delà de leur propre formation, les intervenant.e.s mentionnent la nécessité que l’ensemble du personnel de l’école soit formé ou sensibilisé à ces enjeux, évoquant des comportements problématiques de la part de leurs collègues professionnels », indique le rapport.

Au cabinet du ministre Roberge, on rappelle que le gouvernement a versé cette année 4,4 millions de dollars aux commissions scolaires et aux établissements d’enseignement privés pour dégager des responsables de l’éducation à la sexualité dans leur milieu, dont des sexologues.