Cour de récréation à l'abandon: allez jouer dehors, qu’il disait...

La cour de récréation des écoliers de la maternelle 4 ans de l’école Notre-Dame- de-Lourdes, à Verdun
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La cour de récréation des écoliers de la maternelle 4 ans de l’école Notre-Dame- de-Lourdes, à Verdun

Près de l’entrée du service de garde d’une école primaire de Verdun, un terrain couvert de boue fait jaser les parents. Cette petite cour de récréation est laissée à l’abandon depuis trois ans, même si des parents ont amassé des milliers de dollars pour y aménager une aire de jeu pour les élèves.

Les parents de l’école Notre-Dame-de-Lourdes de Verdun sont découragés. Ils ont amassé 6000 $ en se mobilisant bénévolement et en vendant de la soupe, des livres et des sapins de Noël. Ils veulent rénover la portion de cour d’école qui accueillait autrefois les élèves de la maternelle 4 ans.

Cette section comportait un module de jeux et un tapis protecteur de copeaux de bois, qui ont été enlevés pour des raisons de sécurité il y a trois ans. Depuis, plus rien. « C’est de la bouette », résume Raphaël Gani, père d’un élève de cinquième année. De la « bouette » parsemée de briques abandonnées depuis les travaux de maçonnerie qui ont été réalisés sur le bâtiment au cours des derniers mois.

« Triste spectacle pour les élèves, le personnel de l’école et les milliers de passants qui passent par là chaque jour. Les élèves ont accès à deux autres cours d’école, au moins », a écrit le père de famille au Devoir.

« C’est un enjeu qui ne me semble pas si gros que ça. Une petite cour d’école à refaire. Je me suis dit : on va trouver une solution. Mais non ! On frappe un mur. Personne n’est vraiment imputable », explique-t-il.

Force d’inertie

Pour lui, cette situation en apparence anodine illustre la force d’inertie de l’école publique québécoise. Comme Le Devoir le rappelait récemment, il faut être prêt à traverser un véritable parcours du combattant pour embellir une cour d’école. Et parfois même affronter l’indifférence des gestionnaires scolaires.

Raphaël Gani dit s’être adressé au directeur de l’école, il y a trois ans. Un projet de revitalisation a échoué parce que la Ville interdit qu’on installe du gazon synthétique. Le directeur a été remplacé. La nouvelle directrice n’a rien pu faire, selon M. Gani. Il s’est adressé à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB). La responsable du dossier était en congé de maternité.

Nouvel appel à l’aide, cette fois à la protectrice de l’élève de la CSMB, Monique Théroux. Elle a jugé la plainte irrecevable : « La présence et la fonctionnalité d’une cour d’école, bien que souhaitables, ne sont pas un service obligatoire devant être rendu par une école », a-t-elle indiqué par écrit le 3 octobre 2019.

Elle souligne que deux autres cours de récréation sont offertes sur le terrain de l’école. Raphaël Gani en convient, mais il rappelle que les élèves manquent d’espace. Ça adonne bien : les parents sont mobilisés pour embellir les lieux.

« Un élément important »

Une directive du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur envoyée le mois dernier aux commissions scolaires décrit pourtant les cours d’école comme « un élément important d’un milieu de vie inclusif qui favorise la réussite éducative. La cour doit donc être vue comme un prolongement de l’école, tant sur le plan des usages que des apprentissages ».

Le ministre Jean-François Roberge a récemment doublé la somme attribuée par Québec pour embellir les cours d’école. L’aide financière maximale est passée de 25 000 $ à 50 000 $ par projet. Les parents doivent désormais amasser 40 % des coûts, et non 60 % comme autrefois — en vendant de la soupe, du chocolat ou des sapins de Noël, par exemple.

Le ministre Roberge veut faire bouger les élèves, et si possible à l’extérieur. Il a obligé les écoles primaires à offrir deux périodes de récréation de 20 minutes par jour, une en matinée, l’autre en après-midi. Jouer dehors favorise la réussite des élèves, a-t-il rappelé. D’où « l’importance » des cours d’école.

La protectrice de l’élève de la CSMB conseille aux parents de ne pas abandonner : « Une nouvelle proposition vient tout juste d’être envisagée et elle semble prometteuse. Elle doit être regardée plus en détail. Lorsqu’un projet sera arrêté, il faudra prévoir les étapes de présentation au comité de la cour, au conseil d’établissement, puis toutes les étapes d’autorisation, de soumission, de choix d’un soumissionnaire, etc. Pour l’instant, il serait hasardeux de prévoir une date fixe de la fin de réalisation du projet », indique-t-elle.

Chrystine Loriaux, directrice des communications à la CSMB, confirme la volonté, à la commission scolaire, d’améliorer cette portion de cour d’école. « Au cours des derniers mois, nous avons effectivement travaillé sur la rédaction d’un projet visant à embellir la petite parcelle de terrain destinée aux maternelles 4 ans. Le projet est toujours actif et toutes les parties prenantes ont bien l’intention de le réaliser le plus tôt possible. Le programme d’embellissement des cours d’école du gouvernement du Québec, la collaboration d’organismes et le travail remarquable des parents nous permettront de faire un grand pas en avant », indique-t-elle dans un courriel.

La direction et le comité de parents travaillent « en étroite collaboration », précise la représentante de la commission scolaire. « Ils sont créatifs et [nous] sommes heureux de pouvoir compter sur leur participation dans nos différents projets. »

Raphaël Gani, en tout cas, commence à devenir sceptique.