Génie: une place à prendre pour les femmes

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Cette murale, créée dans le cadre de la campagne Objectif Féminin pluriel, est une étape de plus pour faire du campus de l’ETS un milieu de vie dans lequel les femmes sentent qu’elles sont à leur place.
ETS Cette murale, créée dans le cadre de la campagne Objectif Féminin pluriel, est une étape de plus pour faire du campus de l’ETS un milieu de vie dans lequel les femmes sentent qu’elles sont à leur place.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

30 ans après l’attentat de Polytechnique ciblant des femmes ayant eu pour seul tort de vouloir embrasser une carrière très largement masculine, celles-ci sont encore sous-représentées dans l’ingénierie. Pour changer ce phénomène, tout débute à la formation, et l’École de technologie supérieure (ETS) entend faire évoluer les choses.

À l’ETS, la proportion d’étudiantes tourne autour de 17 %, tandis qu’au sein du corps professoral, on trouve 23 % de femmes. Bien que les chiffres augmentent tranquillement, il s’agit d’un domaine encore résolument masculin. Qu’est-ce qui rend le génie moins attirant pour les femmes ? Un goût intrinsèque, croit Michel Huneault, directeur des affaires académiques à l’ETS. « Il y a aussi des questions d’image et de perception voulant que ces domaines ne traitent pas des questions liées à des contributions à la société aussi concrètes que celles qu’on voit dans le domaine de la médecine, par exemple, poursuit-il. Donc, il y a une question d’image à changer. »

Dans cette optique et à travers sa campagne Objectif Féminin pluriel, l’école embrasse la visée du programme national d’Ingénieurs Canada, qui entend augmenter la présence des femmes ingénieures à 30 % d’ici 2030.

« C’est le rôle de toute la société d’offrir des options aux femmes et aux hommes et de montrer que tous les métiers et tous les domaines sont ouverts à tous »

 

Susciter l’intérêt dès le jeune âge

Les établissements d’enseignement ont leur rôle à jouer dans cette mission, et ce, dès le secondaire, où il est encore tôt pour imaginer en quoi consiste une carrière en génie, affirme M. Huneault. Il y a un travail de démystification à faire. « C’est le rôle de toute la société d’offrir des options aux femmes et aux hommes et de montrer que tous les métiers et tous les domaines sont ouverts à tous, ajoute-t-il. Peut-être qu’il y a des hommes qui veulent aller en sciences infirmières et qui n’y vont pas parce qu’ils se disent que c’est un domaine entièrement féminin. Alors, ils ne vont pas atteindre leur plein potentiel parce qu’ils ont des perceptions [erronées]. »

Le camp scientifique Fan de sciences organisé par l’ETS en 2017 démontrait déjà les efforts de l’école pour changer cette manière de concevoir le métier. Le séjour a permis à une quarantaine de cégépiennes de découvrir la profession d’ingénieur, en assistant par exemple aux témoignages de conférencières, comme Kathy Baig, la présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ).

« On parle beaucoup plus du fait qu’il y a une place pour les femmes en génie. En parler, c’est déjà une partie de la solution, c’est-à-dire qu’il est important de féminiser l’image de l’école et l’image du génie en général, soutient le directeur des affaires académiques. Avoir des ambassadrices qui montrent qu’elles ont fait une carrière dans ce domaine et que c’est une carrière dans laquelle elles peuvent contribuer à la société, tout cela fait partie d’un message positif pour faire tomber les barrières et les a priori. »

Une présence accrue aux cycles supérieurs

Tandis qu’au baccalauréat, on compte 10,5 % d’étudiantes, elles sont 25 % à la maîtrise et au doctorat à l’ETS. « Dans certaines disciplines du génie, on est à des proportions qui peuvent s’approcher de 50 %, révèle M. Huneault. Par exemple dans les programmes touchant aux sciences de la vie, il est beaucoup plus facile de recruter des femmes. C’est pour ça que je dis qu’il y a une question d’intérêt. Ce n’est pas seulement relié à un problème d’inclusivité. »

Cette attraction est favorable, car c’est par ailleurs au doctorat qu’est formée la prochaine génération de professeurs. « On pense qu’une partie du changement qu’on souhaite va venir par le fait qu’on va avoir de plus en plus de femmes dans l’enseignement, ce qui va montrer une image plus féminine de la profession, estime M. Huneault. Ça va aider à attirer plus de femmes dans la profession, donc c’est une excellente nouvelle et ça nous rend optimistes pour l’avenir. »

Après la formation, il y a bien sûr le monde du travail, qui fait face aux mêmes enjeux. Dans son rapport annuel 2018-2019, l’OIQ compte 9971 femmes et 56 200 hommes. On observe une légère augmentation par rapport à 2017-2018.

L’espoir d’un changement plus conséquent est permis. « Je pense qu’en 2019, des femmes en génie, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Elles ne sont pas majoritaires, mais ce n’est plus une exception, mentionne Michel Huneault. Je pense qu’à ce niveau-là, notre société est prête à accepter les femmes et jepense qu’il y a une compréhension de plus en plus partagée que, pour avoir une équipe de travail qui est créative, il faut avoir une diversité. »