Décloisonner les disciplines à l'INRS

Catherine Couturier Collaboration spéciale
La directrice des programmes en Mobilisation et transfert des connaissances, Nicole Gallant, entourée de son équipe
Photo: Phil Bernard La directrice des programmes en Mobilisation et transfert des connaissances, Nicole Gallant, entourée de son équipe

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

« La mission de l’Institut national de la recherche scientifique est de répondre aux enjeux de société pour le Québec. C’est inscrit dans nos lettres patentes », rappelle Philippe-Edwin Bélanger, directeur du Service des études supérieures et postdoctorales à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) qui célèbre d’ailleurs ses 50 années d’existence.

Il s’agit en effet d’un établissement un peu particulier : sans programmes de 1er cycle, cette université de recherche ne fonctionne pas par discipline, mais bien par objet de recherche. La structure de ses programmes de formation de 2e et de 3e cycles est tout aussi originale : à l’inverse des vases clos disciplinaires habituels des universités, l’INRS offre des programmes qui se déclinent selon des axes de recherche.

« Un chimiste pourrait par exemple faire un programme dans trois de nos centres, selon ses intérêts de recherche, et travailler dans le domaine des biotechnologies, de la santé ou de la recherche sur les matériaux », énumère M. Bélanger. Des gens de différents horizons se côtoient et unissent leurs forces pour travailler sur un sujet commun : « Les équipes multidisciplinaires permettent de décloisonner les disciplines. Ça rend la formation très riche », dit-il.

En science sociale, les étudiants apprennent à jongler entre de multiples rôles, à l’interface de la recherche sociale et de l’action publique, de la théorie et de la pratique

 

Entre recherche et action

Cette position unique dans l’écosystème universitaire a poussé l’INRS à créer des programmes à la croisée des chemins : en science sociale, les étudiants apprennent à jongler avec de multiples rôles, à l’interface de la recherche sociale et de l’action publique, de la théorie et de la pratique. En effet, depuis les débuts de l’INRS, les chercheurs collaborent autant avec les établissements de recherche qu’avec les ministères, leurs collègues d’autres universités et les organismes privés. « Les étudiants sont aussi intégrés dans des équipes de recherche durant leurs études », ajoute M. Bélanger.

En plus des deux grands domaines d’études que sont les études urbaines et de population offerts au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, l’Institut a créé un programme de mobilisation et de transfert des connaissances il y a une douzaine d’années. Réaffirmant la volonté de l’Institut de faire de la recherche autrement, le programme s’est d’abord intitulé maîtrise en pratique de recherche et action publique. « Nous faisions de la recherche décloisonnée dans les autres programmes, mais nous sentions dans la création de ce programme un souci de transmettre ce savoir de façon très spécifique », raconte Nicole Gallant, directrice des programmes en Mobilisation et transfert des connaissances.

Entre recherche et pratique

Ce programme de 2e cycle, unique dans l’écosystème québécois et canadien, selon un rapport d’évaluation du programme effectué en 2016, est offert selon plusieurs modalités, suivant les besoins de l’étudiant (programme court, avec ou sans stage). Il permet la transmission de savoir-faire spécifiques à la recherche avec des partenaires, mais aussi une réflexion théorique sur la recherche en partenariat et la posture de chercheur travaillant sur le terrain.

« La formation des étudiants répond à des besoins de plus en plus importants dans notre société du savoir. Ces gens-là seront à même d’être des passerelles entre le milieu de la recherche et de la pratique, et de se situer là-dedans », explique Mme Gallant. Les étudiants s’insèrent ainsi dans des projets de recherche existants, ou accompagnent par exemple des organismes dans leur réflexion. Certains font un produit de recherche sur mesure, d’autres produisent des analyses sur des données existantes : « Les étudiants doivent s’adapter à la disponibilité des partenaires, et jongler entre leur rôle de chercheur et de participant dans le milieu », explique Mme Gallant. En effet, les défis du travail en partenariat peuvent être multiples, notamment en ce qui concerne les rythmes et temporalités différents du milieu de la recherche et des organismes dans l’action.

Mais loin d’être seulement une formation pour vulgariser la recherche auprès du grand public, le programme de Mobilisation et de transfert des connaissances permet aux étudiants d’apporter une réflexion externe aux organismes : « C’est une façon de décaler le regard. Les étudiants comprennent les deux rôles [chercheur et acteur], ce qui est précieux », affirme Mme Gallant.

À preuve, le taux de placement des étudiants de ce programme, qui reste très élevé. « Les étudiants à la maîtrise pourraient par exemple changer en cours de route pour obtenir un DESS ; c’est un peu le “problème” de ceux qui se placent avant même d’avoir terminé », remarque Mme Gallant.