Entrer dans l’ère du sport 2.0

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Un algorithme peut aider l’entraîneur d’une équipe de football à prédire la stratégie et la formation que l’entraîneur adverse utilisera lors du prochain jeu.
Photo: John Torcasio / Unsplash Un algorithme peut aider l’entraîneur d’une équipe de football à prédire la stratégie et la formation que l’entraîneur adverse utilisera lors du prochain jeu.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

HEC Montréal dévoilait en octobre dernier la création d’un nouveau pôle de recherche et de transfert entièrement consacré au management du sport. Comme tout bon athlète, les responsables du pôle visent à atteindre l’excellence en devenant une référence internationale dans ce domaine, tant sur le plan de la recherche que du transfert des connaissances auprès des praticiens et gestionnaires du sport.

Nous souhaitons créer un point de jonction entre les milieux sportifs et universitaires, explique Éric Brunelle, professeur agrégé au Département de management de HEC Montréal. Nos projets de recherche, nos programmes de formation et nos activités de transfert des connaissances seront au service de la communauté sportive, mais seront aussi alimentés par elle. »

Éric Brunelle sera appuyé par deux membres du comité de direction, les professeurs Sébastien Arcand et Richard Legendre. Ce dernier connaît bien le milieu sportif. Il a dirigé les Internationaux de tennis du Canada de 1988 à 2001 et a fait partie de l’équipe de dirigeants de l’Impact de Montréal pendant plus de dix ans. Pas moins de 17 professeurs sontdéjà associés au projet, en plus de partenaires externes comme l’Observatoire international en management du sport de l’Université Laval.

Au total, 75 personnes environ sont engagées dans le pôle. Les équipes sportives professionnelles montréalaises (Canadiens, Impact, Alouettes) y participent, tout comme le Réseau du sport étudiant du Québec, des fédérations de sport amateur, Tennis Canada et le Grand Prix de Formule 1.

L’industrie du sport se professionnalise

Photo: HEC Montréal Éric Brunelle

Mais pourquoi créer un pôle d’une telle envergure consacré au sport ? « Parce que l’industrie sportive se professionnalise et se complexifie à plusieurs niveaux depuis une vingtaine d’années », soutient Éric Brunelle. Selon lui, cette professionnalisation entraîne des besoins et des questionnements auxquels les universités sont bien armées pour répondre.

Il est vrai que le sport a pas mal changé depuis la dernière Coupe Stanley remportée par le Canadien de Montréal (il y a tout de même plus d’un quart de siècle). Les nouvelles technologies, par exemple, ont fait irruption à la fois dans la gestion des équipes, dans le marketing et dans les opérations sportives elles-mêmes. Le Canadien de Montréal a récemment adopté la tarification dynamique, qui module le prix des billets en fonction de l’offre et de la demande, un peu comme c’est le cas avec le prix des billets d’avion. La vente de billets et de publicité ainsi que le marketing des équipes, ligues ou fédérations sportives se sont automatisés et déplacés en grande partie vers le Web. Cette numérisation exige de développer des approches novatrices.

Les innovations ne se limitent pas à la partie affaires du sport, elles touchent aussi le sport lui-même. Les équipes de direction ne se composent plus seulement d’anciens joueurs ou athlètes, mais incorporent des professionnels issus d’autres milieux. En mai 2016, les Coyotes de l’Arizona surprenaient le monde du hockey en nommant John Chayka au crucial poste de directeur général.

 

Âgé alors de seulement 26 ans, ce dernier n’était pas un ancien joueur, mais plutôt un spécialiste des statistiques avancées, qui s’efforçait et s’efforce toujours de construire une équipe gagnante une décimale à la fois.

L’équipe de HEC Montréal mettra notamment à profit son expérience en intelligence artificielle et en incubation de projets pour développer des innovations. Celles-ci peuvent transformer certains aspects de la pratique sportive. Éric Brunelle donne l’exemple d’un algorithme développé pour le football. Celui-ci aide l’entraîneur d’une équipe à prédire la stratégie et la formation que l’entraîneur adverse utilisera lors du prochain jeu.

Occasions de formation

En plus d’aider les organisations sportives à évoluer et à résoudre leurs problèmes, le pôle constituera une belle occasion de formation pour de nombreux étudiants. « Ils pourront prendre part à nos projets de recherche et parfois aussi agir comme consultants auprès d’organisations sportives, explique Éric Brunelle. Par exemple, un étudiant aide présentement l’Institut national du sport du Québec à faire un diagnostic de ses politiques de gestion des ressources humaines, dans le but de les moderniser. »

A-t-il été facile de réunir au sein d’un même pôle des chercheurs universitaires et des organisations sportives ? Éric Brunelle éclate de rire en entendant cette question. « Pas au début, admet-il. Ces deux univers se sont développés en parallèle et ne se parlaient pas beaucoup. Il a fallu démontrer au milieu [universitaire] que le sport recelait des objets de recherche stimulants dans plusieurs domaines et aux organisations sportives que la recherche universitaire pouvait trouver des solutions très concrètes à certains de leurs problèmes. »