L'Université de Montréal accompagne les étudiants vers le marché du travail

Agathe Beaudouin Collaboration spéciale
Une majorité des diplômés de maîtrise et de doctorat ne fera pas carrière à l’université.
Photo: Getty Images Une majorité des diplômés de maîtrise et de doctorat ne fera pas carrière à l’université.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Comment se rendre employable ? Cette question qui préoccupe de plus en plus d’étudiants des cycles supérieurs, l’Université de Montréal (UdeM) a décidé d’y répondre. Alors qu’ils sont de plus en plus nombreux à obtenir un doctorat, leurs compétences pour entrer dans la vie professionnelle ne sont pas toujours mises en évidence, ou pas toujours acquises. Or, ils seront plus de 60 % à faire carrière dans le secteur privé, dans l’administration publique ou encore dans des organismes sans but lucratif. Un univers bien différent du milieu universitaire dans lequel ils évoluent durant leurs études supérieures. Devant cette nouvelle réalité, l’UdeM vient d’élaborer un document appelé le référentiel des compétences transversales.

« La classique avenue royale qui menait à un poste de professeur d’université n’est plus vraie, comme le rappelle François Courchesne, le vice-recteur associé aux études supérieures et postdoctorales (ESP). Aujourd’hui, une majorité des finissants ne fera pas carrière à l’université, alors que, dans le passé, bon nombre de docteurs devenaient professeurs d’université. Actuellement, c’est le cas pour seulement un cinquième des doctorants. » Et le responsable d’ajouter : « S’ils sont très compétents et pointus dans un domaine précis, ils ne sont pas toujours outillés en compétences professionnelles ou transversales, celles qui sont aussi attendues sur le marché du travail. »

La problématique ne date pas d’hier. L’UdeM a lancé un processus de réflexion il y a déjà plusieurs années. En 2017, un projet a été amorcé par Julie Gosselin, alors vice-doyenne à la Faculté des études supérieures et postdoctorales, qui s’est fixé un objectif clair : amener les étudiants et étudiantes à entamer une réflexion, « dès le début de leurs études aux cycles supérieurs, sur l’ensemble de leur parcours professionnel ». « Cela est notre priorité, soutient aujourd’hui François Courchesne, qui a repris le flambeau de Julie Gosselin. On ne peut pas seulement former les étudiants à faire de la recherche. Aujourd’hui, les doctorants sont plus nombreux sur le marché. La concurrence est plus vive. »

« La classique avenue royale qui menait à un poste de professeur d’université n’est plus vraie […] Aujourd’hui, les doctorants sont plus nombreux sur le marché [du travail]. La concurrence est plus vive. »

 

Vif intérêt des étudiants

Trois années de réflexion auront été nécessaires pour aboutir à ce référentiel. Le document, élaboré avec des experts de contenu, a été officiellement lancé fin novembre à l’UdeM. Huit compétences « favorables à l’intégration professionnelle dans les milieux scientifiques, universitaires et non universitaires des diplômés de cycles supérieurs » ont été déterminées : communication, collaboration, gestion, leadership, littératies numérique, médiatique et informationnelle, mais aussi intégrité et conduite responsable, autonomie professionnelle, créativité et innovation… « Certains des étudiants possèdent déjà ces compétences, mais ils n’ont pas l’impression de les avoir acquises », souligne-t-on au service des études supérieures et postdoctorales.

À partir de cette liste, l’université a élaboré une programmation de cours et d’activités de perfectionnement que peuvent suivre les étudiants des cycles supérieurs, s’ils le désirent, afin de développer quelques-unes de ces compétences transversales. Cette démarche semble susciter un vif intérêt du côté des étudiants. François Courchesne observe que « de plus en plus d’étudiants viennent chercher ces formations ». L’université incite d’ailleurs ses étudiants des cycles supérieurs à se rendre toujours plus acteurs dans leur parcours d’étude. Ils seront eux-mêmes amenés à se pencher sur le document, pour ensuite s’auto-évaluer et in fine, décider de développer certains aspects de ces compétences, à leur rythme, et parallèlement à leur cursus disciplinaire. « Cet outil doit leur permettre d’évaluer leur propre niveau pour développer certaines de ces compétences, s’ils le souhaitent », poursuit le vice-recteur. Ce qui, de fait, pourrait accroître la charge de travail des finissants, déjà très occupés par leur propre sujet de recherche.

Les porteurs du projet ont bien conscience qu’une évolution doit s’opérer et que cette démarche, aussi innovante et nécessaire soit-elle, nécessite un changement de culture et de mentalité au sein même de l’université : « Cela va prendre une phase d’appropriation par les étudiants, les professeurs, les chercheurs et les directeurs de thèse, admet François Courchesne. Il faudra aussi faire la promotion de ce référentiel, mais encore une fois, il est de notre responsabilité, aujourd’hui, d’établir ce trait d’union entre l’université et le marché du travail. »

Avec ce référentiel, l’UdeM entreprend un important virage, pour entrer dans une nouvelle ère universitaire. « C’est un projet ambitieux ! Nous avons la volonté de soutenir les futurs diplômés dans leurs aspirations individuelles, dans leur préparation à leur vie professionnelle et citoyenne, résume François Courchesne. C’est aussi une stratégie qui vise à répondre aux attentes de la société en matière d’enseignement supérieur et de formation à la recherche. »