Former les experts environnementaux de demain

Pascaline David Collaboration spéciale
Le jardin communautaire du campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke
Université de Sherbrooke Le jardin communautaire du campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pionnière au Québec en matière d’environnement, l’Université de Sherbrooke (UdeS) attire de plus en plus d’étudiants dans ce domaine. Ils y sont 25 % plus nombreux qu’il y a cinq ans. Des programmes axés sur la pratique, notamment en formation continue, sont ainsi proposés au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable (CUFE) pour répondre à la demande croissante.

Les enjeux liés aux changements climatiques sont de plus en plus complexes et transversaux, puisque désormais présents dans des disciplines telles que le droit, le génie ou l’administration. Cette interdisciplinarité se reflète dans la structure et le réseau enseignant du CUFE, qui relève de sept facultés. Ses programmes visent à outiller les étudiants dans l’analyse, la prévention et la résolution de problématiques.

Le centre offre notamment une maîtrise avec onze cheminements différents, de la politique appliquée à l’écologie industrielle, en passant par la formation continue, et ce, depuis les années 1990. D’une durée de trois ans à temps partiel, la maîtrise en environnement rassemble des profils variés, alors que la majorité des étudiants sont déjà sur le marché du travail, souhaitant améliorer leur pratique ou opérer une réorientation de carrière. Le programme a pour objectif de former des gestionnaires capables de mettre en place des actions durables dans leurs milieux.

« En 1990, il y a eu un incendie au dépotoir de pneus de Saint-Amable et les gens se faisaient confier des dossiers en environnement sans avoir les connaissances ou les compétences suffisantes », raconte Nancy Choinière, coordonnatrice de la formation continue. C’est ainsi qu’une demande du milieu a catalysé la création de programmes de 2e et 3e cycles plus adaptés aux réalités des professionnels, avec notamment des cours à distance et des horaires de soir.

Formations courtes

La plupart des grandes entreprises ou gouvernements ont désormais des conseillers en environnement pour les appuyer dans leurs décisions. Par exemple, la création d’un nouveau produit ou service nécessitera de prendre en compte certains facteurs environnementaux et de développement durable pour éviter des coûts supplémentaires ou une mauvaise réception du public. Un nouveau microprogramme de 3e cycle en conseil stratégique en environnement a donc été mis sur pied, à la demande du milieu.

Cet automne, il a accueilli sa toute première cohorte, formée d’une douzaine d’étudiants dotés, en moyenne, de 20 ans d’expérience de travail. « Nous voulions que ce soit un lieu de réflexion entre professionnels, qu’ils aient assez d’expérience pour prendre du recul et se questionner », souligne Nancy Choinière. La formation, qui peut se réaliser en moins de deux ans à temps partiel, permet à l’étudiant de développer un jugement critique et d’améliorer sa pratique en se basant sur la recherche et la théorie existantes ainsi que l’échange avec ses pairs.

En partenariat avec la Faculté de droit de l’UdeS, un microprogramme de 2e cycle en médiation environnementale a aussi vu le jour, récemment. Les étudiants y apprivoisent la médiation multipartite de conflits grâce à des études de cas et des simulations. « Dans de nombreux dossiers environnementaux, un professionnel en environnement pourrait être appelé à prendre le rôle de médiateur », explique Mme Choinière.

Dans un contexte de procédure civile devant les tribunaux, c’est-à-dire un processus judiciarisé, le médiateur devra toutefois être accrédité par un organisme reconnu par le ministère de la Justice.

Les offres d’emploi en environnement ont augmenté de 17 % entre 2016 et 2018, par rapport à 7 % pour l’ensemble des offres d’emploi

Une demande croissante

Le dernier rapport de l’Organisation pour les carrières en environnement (ECO Canada) indique que les offres d’emploi en environnement ont augmenté de 17 % entre 2016 et 2018, par rapport à 7 % pour l’ensemble des offres d’emploi. Les cinq secteurs les plus concernés par cette hausse sont la gestion des ressources naturelles, l’énergie, l’hygiène et la sécurité du travail, la gestion des déchets et la qualité de l’eau.

Les programmes du CUFE, qui compte aujourd’hui 3000 diplômés tous programmes confondus, doivent donc être régulièrement adaptés à l’évolution des différentes disciplines, notamment en droit de l’environnement, où les lois et règlements changent rapidement. De nouveaux cours sont aussi ajoutés. « Avant, nous avions un cours sur l’énergie qui incluait les gaz à effet de serre, mais ces gaz ont pris beaucoup d’ampleur donc nous proposons maintenant deux cours séparés, précise Nancy Choinière. On doit aller au-devant de ce qui s’en vient. »

L’UdeS est en avance, d’ailleurs, puisqu’elle se situe en première position au Canada et au 22e rang mondial dans le domaine du développement durable, selon le classement international UI GreenMetric World University Ranking.

En 2016, elle était également la première université canadienne francophone à obtenir la désignation Campus équitable de la part de Fairtrade Canada et de l’Association québécoise du commerce équitable.