L’Université Laval s’arme contre le plagiat

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
Une dérogation au règlement peut retarder l’obtention du diplôme, empêcher la poursuite d’un programme, entraîner la suspension de l’inscription, compromettre le renouvellement du permis d’études ou l’attribution d’une bourse.
Getty Images Une dérogation au règlement peut retarder l’obtention du diplôme, empêcher la poursuite d’un programme, entraîner la suspension de l’inscription, compromettre le renouvellement du permis d’études ou l’attribution d’une bourse.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Formation et ateliers sur le plagiat et le concept de droit d’auteur, vaste opération de communication sur les réseaux sociaux : l’Université Laval entend bien faire comprendre à sa communauté étudiante que la lutte contre la tricherie est une priorité.

La campagne de sensibilisation de quatre semaines qui débutait à la fin octobre vise d’abord à informer les étudiantes et les étudiants des attentes de l’université quant au plagiat et au respect du droit d’auteur, puis à promouvoir la valeur de l’intégrité dans les études. Comme les autres établissements d’enseignement, l’Université Laval souhaite ainsi préserver la crédibilité des diplômes octroyés, et sa réputation.

À l’automne 2016, l’Université modifiait son règlement entourant les infractions liées aux études. La note de zéro était alors automatiquement attribuée à une personne coupable de plagiat. Aujourd’hui, tout dépend des circonstances. La reprise d’un travail ou d’un examen est même autorisée dans certains cas.

Une dérogation au règlement peut retarder l’obtention du diplôme, empêcher la poursuite d’un programme, entraîner la suspension de l’inscription, compromettre le renouvellement du permis d’études ou l’attribution d’une bourse.

Tous les contextes pédagogiques

Cette année, l’offensive sur l’intégrité intellectuelle cible surtout l’enseignement à distance.

La proportion de cours donnés selon une formule flexible, « soit à distance, hybride et co-modale », est passée de 24,8 % à 26 % au cours de l’année 2018-2019. En tout, 1024 cours sont offerts à distance. « Dans un cours hybride, entre 20 et 80 % des heures en classe sont remplacées par des activités d’apprentissage en ligne », indique l’Université Laval.

« Nous sommes l’université canadienne qui offre le plus de cours à distance », affirme Claude Savard, vice-recteur adjoint aux études et aux affaires étudiantes. Sans toutefois admettre que les cas de tricherie sont plus nombreux dans ces cours que dans ceux offerts en classe, il estime qu’il est judicieux de rappeler que le règlement s’applique à tous les contextes pédagogiques.

« Tous les cours sans exception sont évalués en présence de surveillants », poursuit M. Savard. Et les étudiants résidant à plus de 100 km du campus doivent faire leur évaluation dans les 27 centres d’examens du Québec, les 2 qui se trouvent au Nouveau-Brunswick ou celui de l’Ontario.

Pour l’année scolaire 2016-2017, l’Université Laval avait recensé 212 cas d’infraction. Ce nombre a triplé depuis 2012-2013, année lors de laquelle elle en avait répertorié 71.

Selon le vice-recteur, le stress et la concurrence entre étudiants sont des facteurs qui pourraient contribuer au plagiat.

Les résultats d’une étude menée par l’Union étudiante du Québec (UEQ) en collaboration avec la firme Léger publiés le mois dernier montraient d’ailleurs que 58 % des étudiants universitaires présenteraient un niveau élevé de détresse psychologique.

212
C’est le nombre de cas d’infraction recensés à l’Université Laval pour l’année scolaire 2016-2017

Comprendre le concept d’intégrité intellectuelle

Les formes de plagiat les plus communes selon M. Savard : l’emprunt de textes ou de matériel non autorisé, l’omission de citer ses sources, copier sur le voisin dans les salles de classe ou la production d’un travail en équipe alors que les consignes stipulent qu’il doit être fait seul.

La présidente de la Confédération des associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL), Laurence Vaillancourt, cite également l’autoplagiat, une notion plutôt incomprise, dit-elle. « Les étudiants sont surpris de constater qu’ils ne peuvent reprendre les travaux qu’ils ont déjà réalisés. »

Mme Vaillancourt et Nicolas Pouliot, le président de l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES), sont d’avis qu’il est essentiel de miser sur la prévention afin que les étudiants captent les différents aspects de l’intégrité intellectuelle.

Le respect du droit d’auteur, par exemple, peut concerner des étudiants moins au fait de sa définition. M. Pouliot rappelle l’importance des ateliers de sensibilisation offerts toute l’année. Si l’Université Laval est plus rigoureuse en matière de tricherie, c’est qu’elle offre désormais plus d’outils pour la prévenir.

Bien que les statistiques ne fassent pas état de plus de cas de plagiat aux 2e et 3e cycles, le président de l’AELIES souligne qu’il peut être plus tentant de tricher aux études supérieures. « La charge de travail est plus importante et les productions sont plus longues », dit-il.

Informer et accompagner avec le jugement

Les associations étudiantes sont les premières lignes de défense des droits. Le Bureau des droits étudiants (BDE), par exemple, accompagne ceux de premier cycle pour toute question de nature scolaire. En matière d’intégrité intellectuelle, son rôle est double : sensibiliser puis accompagner les accusés dans leurs démarches disciplinaires.

« Les démarches peuvent être compliquées, fait valoir Mme Vaillancourt. Le but des associations étudiantes n’est pas d’être contre l’université, mais bien d’alléger la charge du processus disciplinaire. »

Si un étudiant est pris en flagrant délit de tricherie, une dénonciation officielle lui sera communiquée. Suivra une enquête menée par le Commissaire aux infractions pour recueillir les preuves, puis, si les accusations s’avèrent fondées, une plainte sera déposée. Il pourra choisir entre une déclaration sommaire de culpabilité, qui mettra fin au processus, ou une audience devant le Comité de discipline de l’université composé d’un ensemble de professeurs, précise M. Savard.

Afin d’obtenir une sanction réduite, les étudiants optent généralement pour la déclaration sommaire de culpabilité. S’ils choisissent de témoigner devant le Comité, la décision rendue pourra être portée en appel auprès de l’ombudsman.