Rassemblement à Montréal contre la réforme en immigration

Des dizaines de personnes ont bravé le froid vendredi à Montréal pour exiger du ministre Simon Jolin-Barrette qu’il laisse tomber sa réforme du Programme de l’expérience québécoise.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des dizaines de personnes ont bravé le froid vendredi à Montréal pour exiger du ministre Simon Jolin-Barrette qu’il laisse tomber sa réforme du Programme de l’expérience québécoise.

Des dizaines de personnes ont bravé le froid vendredi à Montréal pour exiger du ministre Simon Jolin-Barrette qu’il laisse tomber sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), critiquée de toutes parts depuis une semaine.

« Vous êtes plus qu’un bout de papier. Mais ça, le ministre ne le comprend pas », a lancé à la foule le député solidaire Andrés Fontecilla, l’instigateur du rassemblement qui s’est tenu à la place de la Paix, en face des bureaux montréalais du ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

Le gouvernement Legault a resserré depuis le 1er novembre les règles entourant le PEQ. Les étudiants étrangers doivent maintenant suivre un programme d’études recensé dans une liste de 218 formations admissibles — une liste similaire existe aussi pour les professions dans le cas des travailleurs temporaires.

[ Mise à jour : le gouvernement Legault a suspendu le controversé règlement vendredi soir, le temps de mener des consultations ]

« Le ministre Jolin-Barrette a sorti une liste préparée en 2017 par une commission qu’on ne connaît pas trop […] pour fonder sa politique », s’est insurgé M. Fontecilla, en référence à la Commission des partenaires du marché du travail. « Il n’a consulté personne ! Ce n’est pas comme ça qu’on fonde une politique », a-t-il ajouté.

Après son allocution, le porte-parole de Québec solidaire en matière d’immigration est entré dans les bureaux du ministère, plusieurs curriculum vitae d’étudiants et de travailleurs temporaires étrangers à la main.

 

Inquiétudes

Les manifestants qui se sont déplacés vendredi en avaient parfois lourd sur le cœur. « Les étudiants qui sont ici, même s’ils ont entendu dans une mêlée de presse qu’il y avait une clause de droits acquis qui les protègent, il n’y a pas de certitude. Le gouvernement a changé les règles du jour au lendemain. Il pourrait encore le faire l’année prochaine », s’inquiète Thibault Camara, un Français arrivé au Québec en 2014 et rencontré sur place par Le Devoir.

Celui qui est aujourd’hui en voie d’obtenir sa citoyenneté canadienne s’est surtout déplacé en signe de solidarité. Diplômé en science des données, maintenant spécialisé en intelligence artificielle dans une banque montréalaise, son programme ne figure pas dans la liste du PEQ. « J’aurais été rayé de la liste », lance-t-il, abasourdi.

De son côté, Guo Huan Yu, qui étudie en soutien informatique, fait partie des nombreux étudiants plongés dans l’incertitude après avoir constaté que leur programme est absent de la liste du ministère de l’Immigration. Le jeune homme de 22 ans, originaire de la Chine, a jusqu’ici payé 23 000 $ pour sa formation à l’Institut Teccart. La réforme caquiste bouscule les plans de celui qui, pourtant — il le dit et le répète —, aimerait toujours faire sa vie dans la Belle Province.

Tout comme Mohamed, 22 ans, lui aussi inscrit dans un DEP en informatique. « Nous, on sait que l’informatique, ça donne accès à tout », plaide-t-il, citant en exemple le secteur de l’intelligence artificielle.

Cet Algérien a quitté son pays natal en août 2018, avec la ferme intention de s’enraciner au Québec. « Je suis venu ici pour un projet de vie. On voit le Québec et le Canada comme une terre d’accueil. » Le recul partiel du gouvernement Legault cette semaine — en décrétant une clause de droits acquis — lui a redonné espoir, mais il souhaite que Québec fasse complètement marche arrière.