L’immaturité souvent confondue avec un TDAH, selon une chercheuse

Le comportement de l’élève serait un «symptôme» plutôt qu’un «problème», selon la chercheuse Marie-Christine Brault.
Photo: Getty Images Le comportement de l’élève serait un «symptôme» plutôt qu’un «problème», selon la chercheuse Marie-Christine Brault.

Les plus jeunes élèves dans une classe sont ceux qui reçoivent le plus souvent un diagnostic du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), selon une chercheuse.

Ce sont aussi ceux qui consomment le plus de médicaments, affirme Marie-Christine Brault, professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi et cotitulaire de la Chaire sur les conditions de vie, la santé, l’adaptation et les aspirations des jeunes (VISAJ).

Mme Brault était à l’Assemblée nationale, mercredi, pour présenter les grandes lignes de sa recherche comparative entre le Québec et la Flandre sur les diagnostics reliés au TDAH. Une commission parlementaire se penche sur cet enjeu jusqu’à vendredi.

La sociologue en vient à la conclusion notamment que l’immaturité développementale est souvent confondue avec le TDAH.

« Au Québec, on constate que les jeunes qui sont nés entre juillet et septembre ont beaucoup plus de chances d’avoir un diagnostic que ceux qui sont nés entre octobre et décembre », a-t-elle déclaré en entrevue.

Près de 15 % des jeunes Québécois de 10 à 17 ans se font prescrire des psychostimulants, soit une proportion beaucoup plus importante que partout ailleurs au pays. C’est la région du Saguenay — Lac-Saint-Jean qui est championne de la surconsommation.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation, selon Mme Brault, y compris la pression exercée par l’école pour obtenir un diagnostic dans le cas d’enfants agités éprouvant des problèmes d’attention.

Les enseignants vantent souvent les bienfaits de la médication et se permettent même d’administrer des doses, s’est-elle étonnée.

« Ce qui m’a surpris le plus, c’est qu’ils vont parler des bénéfices du médicament aux parents », a-t-elle affirmé, en ajoutant que l’enseignant québécois valorise le modèle biomédical du TDAH et le voit comme un déficit neurologique.

« Ils me disent : » Le TDAH, c’est génétique. […] On le sait, le parent a un diagnostic de TDAH, donc l’enfant en a un. Les chiens ne font pas des chats « »

En Belgique, les conceptions sur le TDAH sont beaucoup plus diversifiées : on croit notamment que l’environnement joue un grand rôle. Dans ce contexte, les enseignants belges sont plus enclins à modifier leur classe et leur manière d’enseigner.

Le diagnostic de TDAH est une solution de dernier recours. « Le médical n’est pas dans l’école en Belgique », résume la sociologue.

Réussite scolaire

Marie-Christine Brault ne blâme ni les parents ni les enseignants québécois d’encourager la réussite scolaire. Le fait d’avoir un diagnostic de TDAH peut amener des services, constate-t-elle.

Elle croit cependant que l’école à trois vitesses au Québec ne fait qu’exacerber le stress de la performance scolaire chez les jeunes, et qu’il est devenu trop facile d’obtenir un diagnostic « en 15 minutes » chez son médecin de famille.

Le comportement de l’élève serait un « symptôme » plutôt qu’un « problème ». « Je pense qu’on n’a pas le choix comme société de réfléchir à l’importance de la performance, parce que […] quand il y a des faibles résultats scolaires, on s’inquiète, on lève le drapeau et on pense que ça peut être dû à un problème médical. »

Elle déplore que le stress commence à se manifester tôt, au primaire, alors que les élèves pensent déjà à leur choix de profil au secondaire. Souvent, les programmes sont contingentés.

« Si le public régulier était aussi stimulant que le public enrichi ou le privé, peut-être qu’on ne serait pas à la course au diagnostic et à la course à la médication », conclut-elle.