Que cache le mauvais comportement d’un enfant?

Pour Delphine Collin-Vézina, le mauvais comportement est un symptôme et non un problème à régler par des mesures coercitives.
Photo: Archives Le Devoir Pour Delphine Collin-Vézina, le mauvais comportement est un symptôme et non un problème à régler par des mesures coercitives.

« On a des réactions très punitives qui excluent les enfants plutôt que de les faire bénéficier du système », dénonce Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille de l’Université McGill, dans un témoignage apporté mardi devant la Commission Laurent.

Dans le cas des enfants de la DPJ, elle dit être « convaincue que la majorité des gens qui y oeuvrent ont, au point de départ, un grand coeur […] mais qu’ensuite les moyens manquent. » Pour l’instant, le système tente trop de corriger des comportements sans suffisamment se soucier des causes de ceux-ci. « Un trauma interpersonnel subi par un enfant n’est pas comme un bête accident de bicyclette », a-t-elle précisé au Devoir. « Quelqu’un qui ne m’aime pas et qui me laisse croire que je ne suis pas assez important pour qu’on s’occupe bien de moi, c’est autre chose. » C’est ce qu’elle appelle un « trauma ».

Une approche trop coercitive

L’approche actuelle s’avère beaucoup trop coercitive, soutient Mme Collin-Vézina, en faisant apparaître dans son témoignage l’ordinaire du système et son étrangeté.

Non seulement les punitions sur lesquelles mise le système pour faire entrer des enfants particuliers dans le moule n’améliorent pas leurs conditions, mais elles ajoutent à la charge de leurs malheurs. Des enfants subissent à répétition des mesures de contention, d’isolement ou de retrait. Sur les 465 enfants dont les cas ont été observés dans les six mois précédant une formation axée sur une meilleure gestion des traumas, ces mesures étaient employées en moyenne 11 fois. Dans les faits, à y regarder de plus près, ce sont 194 des enfants parmi ce groupe qui ont reçu à répétition l’essentiel des mesures disciplinaires : ceux-là en ont subi, en moyenne, 27 durant la période étudiée.

« On peut se questionner », poursuit l’universitaire, « sur les effets que de pareilles mesures laissent sur les enfants ». Plusieurs raisons sont évoquées pour utiliser ces mesures qui apparaissent discutables : l’enfant ne suit pas les règles, il n’est pas disposé à participer ou encore l’enfant revient d’une fugue. À la suite d’une fugue, « ils reviennent en centre avec souvent plus de traumatismes ». Or, la punition dont on les accable aggrave les problèmes plutôt que de les résoudre.

« Comment gérer un enfant qui claque la porte, lance son sac d’école et envoie promener tout le monde. On peut avoir une approche punitive. » Mais est-ce que l’intervenant est capable de prendre un pas de recul et de voir au-delà de cela ? Pour l’universitaire, le mauvais comportement est un symptôme plutôt qu’un problème. Il a interrogé la capacité que nous avons, comme adultes, comme société, à voir ce qui se trame derrière ce paravent.

« De supposer que tous les enfants sont bien, installés à des pupitres, en rangées, c’est une erreur », explique-t-elle en entrevue. « L’école peut être plus flexible, au bénéfice de tous les enfants, et pas seulement les atypiques. »

Le ressac de la réforme Barrette

Delphine Collin-Vézina plaide en outre pour une meilleure formation générale afin que ces enfants cessent de marcher au-dessus d’un précipice. « Investir dans le développement professionnel des intervenants est vu comme une dépense », a-t-elle regretté.

Le système s’améliore doucement, mais souffre par certains aspects de reculs troublants, soutient Mme Collin-Vézina. Au Devoir, elle n’hésite pas à dire que les fusions mises en place par le Dr Gaëtan Barrette ont entraîné un ressac pour les services consacrés aux enfants malmenés.

« Les listes d’attente juste pour être évalués, il n’y avait pas ça avant ! On a des listes d’attente sans précédent. C’est vraiment sans précédent », déplore-t-elle. « La fluidité a été perdue avec les grandes structures », a-t-elle souligné de façon plus générale devant les membres de la Commission Laurent.

Manque de logements

Différents intervenants entendus par la Commission au cours de la journée ont plaidé pour l’importance des interactions entre les parents et les élèves des écoles pour favoriser un meilleur tissu social. Marie-Claude Gauthier, professeure de français au collège privé Jean-Eudes, trouve à cet égard qu’il y a un manque de leadership.

Le travail fait par un centre de la petite enfance du quartier Hochelaga-Maisonneuve est apparu exemplaire du soutien concret que peut apporter le milieu communautaire aux parents, malgré des moyens pourtant bien insuffisants. Anne-Marie, une mère prise en charge par ce CPE dirigé par Marie-Claude Langlais, a affirmé devant la Commission qu’elle vit depuis plusieurs années en couple avec cinq enfants dans un petit 5 ½ d’Hochelaga. Les logements manquent pour favoriser des cadres de vies meilleurs, ont-elles observé.