La CSQ réclame plus de pouvoir pour le personnel scolaire

Présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini (à gauche) a évoqué l’influence qu’auront les parents sur les méthodes pédagogiques, qui menaçerait du même coup l’autonomie professionnelle des enseignants, ainsi que l’avènement d’un système à 3 vitesses.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini (à gauche) a évoqué l’influence qu’auront les parents sur les méthodes pédagogiques, qui menaçerait du même coup l’autonomie professionnelle des enseignants, ainsi que l’avènement d’un système à 3 vitesses.

En plus d’accentuer les inégalités entre les écoles, la réforme du système scolaire du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, limitera le rôle joué par le personnel, estime la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). Celle-ci demande que les membres du personnel occupent la moitié des sièges aux conseils d’administration des futurs centres de services scolaires qui remplaceront les conseils des commissaires à compter de mars prochain.

Au printemps, les commissions scolaires seront chose du passé. Le projet de loi 40 déposé le mois dernier par le gouvernement de François Legault prévoit la disparition des conseils des commissaires élus par la population. Ces structures seront remplacées par des centres de services scolaires (CSS) gérés par des conseils d’administration où les parents détiendront 8 des 16 sièges, contre 4 pour le personnel scolaire.

Le ministre Roberge fait fausse route en restreignant le pouvoir des enseignants et des professionnels, croit la CSQ, qui présentera sa position sur le projet de loi 40 en commission parlementaire lundi. « La réussite d’une école, c’est le résultat d’une collaboration avec les parents, mais ça prend aussi une collaboration avec le personnel enseignant, professionnel et de soutien. Le ministre, comme il est lui-même un enseignant, devrait le savoir mieux que quiconque. Pourtant, la réforme ne reconnaît absolument pas ce principe », a expliqué dimanche la présidente de la CSQ, Sonia Éthier, lors d’un point de presse.

Mme Éthier recommande donc au gouvernement d’accorder au personnel enseignant, professionnel et aux employés de soutien 8 des 16 sièges au sein du conseil d’administration des futurs CSS. « Il faut vraiment avoir la parité puisque nous détenons l’expertise pour tout ce qui se passe dans les établissements d’enseignement », a-t-elle affirmé.

École à la carte ?

Les syndicats craignent aussi que la réforme accentue les iniquités dans les services offerts d’une école à l’autre, d’autant que les barrières territoriales n’existeront plus. « Ce sont les projets particuliers qui attirent les parents. On craint que ça gouverne le choix des parents et que ça déstabilise le fondement même de l’école publique. Ça accélère les inégalités des chances, a soutenu Mme Éthier. On craint l’école à la carte. »

Présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini a évoqué l’influence qu’auront les parents sur les méthodes pédagogiques, menaçant ainsi l’autonomie professionnelle des enseignants, et l’avènement d’un système à trois vitesses. « Pour concurrencer le privé, on a laissé s’établir les projets particuliers sélectifs. Là, la compétition n’est plus seulement entre des villages, des quartiers et des écoles, mais il y a de la compétition dans une même école, d’une classe à l’autre », a-t-elle indiqué en appelant à la fin des projets particuliers sélectifs alors que, dit-elle, le projet de loi les valorise.

Deux régimes

Le projet de loi instaurera un régime particulier pour les neuf commissions scolaires anglophones puisque les membres des conseils d’administration des CSS seront élus par la population, et non choisis par les élèves et les parents siégeant aux conseils d’établissement, comme ce sera le cas pour les écoles francophones. « C’est deux poids deux mesures », a dit Sonia Éthier sans toutefois recommander la nomination de représentants élus aux conseils d’administration.

La CSQ se demande si les membres des conseils d’administration des CSS francophones pourront se prononcer librement sur la place publique comme leurs collègues anglophones. La question de la transparence et la participation des citoyens la préoccupent aussi. « On divise la population sur un enjeu qui devrait être le même : la réussite en éducation, autant chez les élèves anglophones que francophones », a fait remarquer Josée Scalabrini.

Rappelons que la CSQ représente 125 000 membres du personnel de l’éducation.

1 commentaire
  • Claude Girard - Abonné 4 novembre 2019 09 h 38

    À quand un ordre professionnel?

    D'accord, le partage du pouvoir est remis en question. Maintenant, il serait peut-être temps que les enseignants de la CSQ se donnent un Ordre professionnel qui pourrait garantir une qualité d'enseignement.