La centralisation des achats provoque des inquiétudes pour les entreprises en région

Des entreprises québécoises d’équipements et de services utilisés dans le diagnostic et le traitement des maladies ont exprimé leur préoccupation au gouvernement.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Des entreprises québécoises d’équipements et de services utilisés dans le diagnostic et le traitement des maladies ont exprimé leur préoccupation au gouvernement.

Le coup de barre proposé par le gouvernement Legault dans les achats de tous les organismes de l’État soulève l’inquiétude dans les régions, qui craignent des pertes importantes pour les petites entreprises québécoises au profit de sociétés multinationales, notamment chinoises.

Cette vaste centralisation des acquisitions du gouvernement, mise en avant par le projet de loi 37, risque de se faire aux dépens des régions du Québec, estime la Fédération québécoise des municipalités (FQM).

Dans une lettre au Devoir publiée en page A6, la FQM souligne les « conséquences néfastes liées à la concentration des regroupements d’achats ». « [Les] petites et moyennes entreprises situées partout dans nos régions n’auront pas la capacité de production suffisante pour répondre aux volumes demandés et faire affaire avec le gouvernement. Ainsi, les PME se verront dans l’impossibilité d’accéder aux marchés publics », écrit Jacques Demers, président de la FQM. Il réclame une politique d’achat local du gouvernement.

De leur côté, des groupes de la santé et de l’enseignement supérieur affirment que l’initiative du gouvernement « comporte plus de risques que de bénéfices ».

« L’objectif d’économies ne sera pas atteint dans les universités. On va être constamment en mode revendication de clauses spécifiques. Notre présence va nuire à l’efficacité du groupe », affirme Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke et président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), qui représente les 19 établissements d’enseignement supérieur du Québec.

Il doit témoigner mardi en commission parlementaire sur le projet de loi 37, qui vise à centraliser les achats de tous les organismes de l’État au sein d’un Centre d’acquisitions gouvernementales. Le projet vise à forcer les organismes et ministères à augmenter la part de leurs achats faits de façon groupée, pour entraîner des économies de 835 millions de dollars sur quatre ans.

Le milieu de l’éducation et de l’enseignement supérieur s’insurge contre cette initiative qui priverait les établissements d’une « agilité » essentielle pour s’approvisionner de façon efficace.

L’objectif d’économies ne sera pas atteint dans les universités.

Le projet prévoit que le Conseil du trésor doit non seulement faire les achats, mais aussi déterminer les besoins des organismes de l’État, y compris les écoles, les cégeps et les universités. Ce projet n’a aucun sens, fait valoir le BCI : « Ces normalisations imposées compromettraient notre capacité à remplir notre mission », dit Pierre Cossette.

Équipement de laboratoires

Une grande partie des achats des universités sert à équiper les laboratoires de recherche, explique le recteur de l’Université de Sherbrooke. Il est à peu près impossible d’acheter en groupe ces équipements à la fine pointe de la technologie, qui répondent à des besoins très précis de chaque équipe de recherche.

Par exemple, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) a acquis récemment des bioréacteurs de 2000 litres, au coût de 895 000 $, qui sont assemblés sur place à partir de nombreuses composantes. Un système sophistiqué de lithographie par émission d’électrons (au prix de 6,5 millions de dollars) et un système laser Ytterbium, qui produit une répétition d’impulsions lumineuses parmi les plus rapides au monde (à 5,5 millions de dollars), font aussi partie des achats de l’INRS.

« On demande à nos fournisseurs de répondre à des besoins très spécifiques. Il serait impensable de faire ces achats de manière regroupée, comme le souhaite le gouvernement », dit le recteur Pierre Cossette.

Des inquiétudes semblables font surface dans le domaine de la santé. Medtech Canada, qui représente plus de 320 entreprises québécoises d’équipements et de services utilisés dans le diagnostic et le traitement des maladies, sert une mise en garde au ministre Christian Dubé : « Il est loin d’être certain que la création du CAG [Centre d’acquisitions gouvernementales] permette effectivement de réaliser les économies d’échelles significatives espérées », indique le mémoire de MedTech déposé en commission parlementaire ; 77 % des achats se font déjà de manière groupée dans le domaine de la santé, selon l’organisme.

« La création du CAG nous apparaît comme une structure de gestion des approvisionnements qui comporte plus de risques que de bénéfices pour le domaine de la santé et notre économie », précise le mémoire de MedTech.