PRIX ADESAQ — sciences de la santé: décoder le cerveau des adolescents

Pascaline David Collaboration spéciale
Si de nombreux paramètres contribuent au risque de dépendance, l’âge est l’un des facteurs prédictifs les plus forts.
Illustration: iStock Si de nombreux paramètres contribuent au risque de dépendance, l’âge est l’un des facteurs prédictifs les plus forts.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Diplômée de l’Université McGill, Lauren Reynolds étudie les mécanismes moléculaires du développement du cerveau chez les adolescents et la façon dont les drogues peuvent perturber le processus.

La jeune neuroscientifique fait partie des trois lauréats du prix d’excellence de l’Association des doyens et doyennes des études supérieures au Québec (ADESAQ), attribué lors de la remise des prix Acfas Relève et qui récompense l’apport original et déterminant d’une thèse de doctorat. Née dans l’État du Massachusetts, elle a obtenu son baccalauréat à Boston puis a été admise à McGill en 2012. C’est à l’Université de la Sorbonne, à Paris, qu’elle poursuit désormais ses recherches au postdoctorat, notamment sur le développement physiologique du circuit dopaminergique et la vulnérabilité psychiatrique.

« La façon dont les cellules du cerveau sont connectées entre elles joue un rôle dans l’encodage et la transmission de l’information, et ces connexions sont malléables à l’adolescence », explique la chercheuse. Lauren Reynolds s’est penchée sur ce sujet après s’être demandé pourquoi certaines personnes développent une dépendance à la drogue, tandis que d’autres non. Elle s’est alors aperçue que la réponse était loin d’être simple.

Si de nombreux paramètres contribuent au risque de dépendance, l’âge est l’un des facteurs prédictifs les plus forts. Les personnes qui commencent à consommer de la drogue à l’adolescence sont plus susceptibles de développer une dépendance plus tard dans leur vie que celles qui ont commencé à l’âge adulte.

Lauren Reynolds espère que ses recherches mèneront à des traitements plus efficaces pour les maladies psychiatriques. Les pistes actuellement suivies avec son équipe semblent être prometteuses. « Nous espérons trouver des interventions simples pour promouvoir le développement sain du cerveau, tant pour les personnes à risque de maladie psychiatrique que pour celles qui ne le sont pas », affirme-t-elle.

Passionnée

Âgée de 32 ans, la jeune femme a déjà publié une dizaine d’articles scientifiques et a reçu de nombreux prix, dont le Prix d’argent du Concours national d’affiches des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Elle a aussi été boursière de l’Institut national de la santé des États-Unis, de Fulbright Canada et de la Fondation Djavad Mowafaghian.

« Je me sens vraiment honorée d’être choisie pour le prix ADESAQ, lance-t-elle. Le Québec est un endroit spécial pour moi, où j’aimais vivre et où je me sentais vraiment appuyée dans mes études de doctorat. » Elle a notamment été soutenue par les Instituts et le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada, ainsi que par le Fonds de recherche du Québec — Santé.

Le travail, la ténacité et la patience de cette chercheuse passionnée semblent être au cœur de sa réussite. « Je pense que la plupart de mes succès découlent d’une réflexion créative sur la façon d’aborder les problèmes et d’une volonté de les résoudre, indique-t-elle. Les prix et les publications démontrent rarement tous les revers et les obstacles que l’on rencontre au cours d’un programme de recherche. »

Lauren Reynolds a d’ailleurs eu la piqûre scientifique assez tôt. « J’ai toujours eu beaucoup d’interrogations, et c’est ce qui m’a attirée vers la science au départ », lance celle qui se souvient encore avoir assisté à une présentation sur l’espace après l’école, lorsqu’elle était en deuxième année.

« J’ai posé tellement de questions que le présentateur m’a demandé de baisser la main, raconte-t-elle. Mais mon père, qui m’avait emmenée à l’événement, s’est levé et lui a dit que je devrais être autorisée à demander tout ce que je voulais. »

Elle évoque la fierté ressentie lors de sa soutenance, puisque son père, qui y avait assisté, est décédé soudainement quelques semaines plus tard. « Cela signifie beaucoup pour moi qu’il ait pu me voir terminer mon diplôme et devenir docteure après des années de travail, dévoile-t-elle. Lui et ma mère ont toujours été mes plus grands partisans. »

Communiquer

Pour Lauren Reynolds, pas question de se reposer sur ses lauriers en sortant du laboratoire. Il est aussi primordial de mieux promouvoir la science. « La recherche est financée par les contribuables et vise à faire des découvertes qui aideront les gens, alors il est essentiel que le public soit tenu au courant de ce que nous faisons d’une façon accessible et intéressante », affirme celle qui écrit pour Massive Science, un média de vulgarisation scientifique, depuis 2017.

Au cours des dernières années de son doctorat, elle a également organisé la soirée de jeu-questionnaire hebdomadaire au bar Grumpys, situé au centre-ville de Montréal. Une expérience amusante et instructive, qui l’a certainement aidée à s’ancrer dans le monde extérieur pendant ses études.

La jeune femme restera quelques années de l’autre côté de l’Atlantique afin de développer de nouvelles compétences. « Après le postdoctorat, j’aimerais revenir au Canada pour lancer mon propre groupe de recherche, particulièrement au Québec si un poste s’ouvre », précise-t-elle. Lauren Reynolds a bien l’intention de continuer ses recherches sur le développement du cerveau et est déterminée à faire progresser les connaissances dans ce domaine.