Pas d’argent frais pour réhabiliter les fontaines des écoles

«Le Devoir», citant une étude de l’Institut national de santé publique du Québec, avait révélé en juillet dernier que le niveau de plomb dans l’eau de certains établissements scolaires était assez important pour avoir des effets sur le quotient intellectuel des enfants.
Photo: iStock «Le Devoir», citant une étude de l’Institut national de santé publique du Québec, avait révélé en juillet dernier que le niveau de plomb dans l’eau de certains établissements scolaires était assez important pour avoir des effets sur le quotient intellectuel des enfants.

Les commissions scolaires devront puiser dans l’enveloppe de 2,3 milliards de dollars réservée à la rénovation des écoles québécoises pour effectuer les travaux nécessaires en cas de présence de plomb dans l’eau des fontaines des écoles.

« Les éventuels travaux pourront être faits via l’enveloppe de maintien d’actifs annoncée cet automne. La somme en question est plus que considérable. Il n’y a donc pas d’enjeu financier à la réalisation de ces éventuels travaux », a indiqué le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dans un courriel envoyé au Devoir.

Annoncée en septembre, cette enveloppe doit servir à remettre en état 60 % des établissements scolaires de la province d’ici 2022, soit près de 1800 écoles jugées « vétustes » et « en désuétude », selon les mots de M. Roberge.

Les écoles qui ont des canalisations en plomb devront ainsi puiser dans ce budget de rénovations pour les remplacer.

Le Devoir, citant une étude de l’Institut national de santé publique du Québec, avait révélé en juillet dernier que le niveau de plomb dans l’eau de certains établissements scolaires était assez important pour avoir des effets sur le quotient intellectuel des enfants. Le ministre Roberge a finalement ordonné la semaine dernière — après la publication d’une enquête de La Presse — la vérification de l’eau de toutes les fontaines des écoles et des garderies de la province. Les écoles auront jusqu’à la fin de l’année scolaire pour effectuer ces tests et « corriger la situation » au besoin.

Mais bien que l’enjeu du plomb dans les écoles soit « une priorité, cela ne devrait pas se faire au détriment des autres travaux », estime pour sa part Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). « On a de l’eau qui coule des toits, des améliorations à faire aux cours d’école, des portes et fenêtres à changer, des travaux de fondation : tout ça va devoir être reporté. »

Elle déplore qu’un « financement supplémentaire » n’ait pas été envisagé par le gouvernement. « On va aller de l’avant pareil, car la santé de nos élèves est prioritaire, mais c’est dommage pour le reste. »

Délai trop court

Mme Harel Bourdon doute de plus que les travaux puissent se terminer en un an, comme le souhaite M. Roberge. « S’il faut refaire la plomberie, c’est impossible d’ici juin. Il faut faire un appel d’offres, trouver un entrepreneur, accorder le contrat, explique-t-elle. On n’a même pas encore commencé les tests. »

Questionné à ce sujet, le cabinet du ministre Roberge a précisé que des « procédés flexibles » sont en train d’être développé pour permettre « de respecter l’échéancier ».

Des écoles sont toutefois déjà à pied d’oeuvre. Le 8 octobre, la Commission scolaire English-Montréal (CSEM) a lancé un appel d’offres pour remplacer la tuyauterie « ayant atteint sa durée de vie » dans une école primaire de Mont-Royal. La CSEM prévoit d’y investir 750 000 $.

De son côté, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys cherche à se munir de 80 fontaines certifiées pour la filtration du plomb. Et la Commission scolaire Marie-Victorin a même fait un appel d’offres auprès de laboratoires accrédités pour l’analyse du plomb dans l’eau, avant même de recevoir les nouvelles directives du ministère de l’Éducation sur la méthodologie à employer pour les tests.

Une enquête du Devoir, des étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et de Global News a révélé mercredi que les méthodes utilisées au Québec pour mesurer le plomb dans l’eau potable camouflent des concentrations élevées et potentiellement dangereuses pour la santé. Dans la foulée, le gouvernement Legault a annoncé que la province adoptera les méthodes de Santé Canada. C’est-à-dire prélever un échantillon au premier jet, après 30 minutes de stagnation, afin d’obtenir le niveau moyen d’exposition au plomb.

Les écoles doivent recevoir prochainement la marche à suivre. « On attend, car c’est important que ce soit fait de la même façon partout. [Mais] on est déjà dans des démarches pour pouvoir installer des fontaines temporaires après les tests si besoin », souligne Mme Harel Bourdon.

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 octobre 2019 18 h 06

    combien de générations allons nous encore élever au plomb avec notre conscience arriérée

    nous dépensons des millions de dollars pour essayer de soigner nos enfants et nous les élevons au plomb, quelle conscience, alliénée, je suis bien aise d'en parler car je suis une victime de cette pensée arriérée

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 18 octobre 2019 18 h 32

    Motion

    Que les médecins spécialistes se cotisent pour la santé des enfants.

    • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 18 octobre 2019 23 h 14

      Et peut-être aussi le 8% d'augmentation des enseignants dont le salaire occupe déjà un gros % du budget du fonctionnement des écoles et de l'amélioration des immeubles où les locaux manquent...

      Le PFEQ demande de faire la distinction besoin et désir: ce serait peut-être le temps de le comprendre et de donner l'investissement dont notre système d'éducation a vraiment besoin au lieu d'un voyage dans le sud, à Dubaï, pour un tournois de golf au Colorado ou encore de se payer une nouvelle piscine creusée...

      Investir dans les écoles, c'est pour l'intérêt de l'enfant ce semble... pour que sa santé soit moins plombée... et pour son éducation, ne serait-ce pour qu'il puisse avoir une place assise dans son école de secteur et ailleurs que dans une «unité modulaire temporaire» occupant une cour de récréation...