Apprendre à enseigner le numérique

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Le Plan d’action numérique invite les enseignants autant que les apprenants à devenir de bons citoyens numériques.
Photo: iStock Le Plan d’action numérique invite les enseignants autant que les apprenants à devenir de bons citoyens numériques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Plan d’action numérique, annoncé par le précédent gouvernement et se poursuivant sous la Coalition avenir Québec (CAQ), propose des mesures pour faire entrer la technologie dans le réseau scolaire. Il s’agit, de l’avis de plusieurs chercheurs, d’un chantier noble mais complexe qui invite les enseignants autant que les apprenants à devenir de bons citoyens numériques.

Stéphane Villeneuve, professeur au Département de didactique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), forme les futurs enseignants de tous les niveaux d’enseignement à l’intégration du numérique en enseignement depuis 2004. Il est aussi chercheur associé au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE). Nous nous sommes entretenus avec lui.

Que pensez-vous du Plan d’action numérique ?

J’y suis favorable. C’est incontournable. Pour que les citoyens fonctionnent bien dans la société, il faut qu’ils soient bien formés à l’école. Tout fonctionne autour de l’utilisation de la technologie. L’avenir est dans le numérique. Même quand on sort du secondaire, si on n’a pas d’autre diplôme par la suite, on doit quand même être à l’aise avec la technologie. Tout fonctionne avec la technologie, donc c’est difficile de se trouver un emploi si on n’est pas du tout à l’aise, si on n’a pas été formé. De plus, la citoyenneté numérique doit s’apprendre dès le jeune âge.

Le savoir-être fait partie des priorités ?

Oui, c’est très important ! On doit apprendre tôt à se comporter correctement sur les réseaux sociaux et sur Internet. Mes recherches portent sur la cyberintimidation. On voit que les jeunes, autant que les adultes, n’ont pas toujours ce savoir-être là bien développé. Ça peut causer des dommages importants au niveau psychologique. La façon de se comporter est quelque chose qu’il faut apprendre aux jeunes, sinon ce sont eux qui auront des problèmes par la suite. De plus en plus, on va voir des gens vouloir poursuivre d’autres personnes parce qu’ils se font diffamer ou autre.

Quels avantages et inconvénients voyez-vous par rapport au numérique à l’école ?

Est-ce que ça va améliorer l’apprentissage des élèves ? C’est la première question à se poser. Est-ce que ça peut faire en sorte d’être plus efficace au niveau du temps, est-ce que ça va permettre d’étudier plus facilement ou plus rapidement ? Il ne faut pas intégrer la technologie juste parce que c’est à la mode. C’est le contexte qui est important. Par exemple, en utilisant un logiciel en particulier dans une classe de français, on voit que ça peut améliorer l’apprentissage, la réussite scolaire. Il ne faut pas penser que la technologie en soi, parce qu’on l’intègre en classe, va améliorer la motivation. Les enseignants doivent connaître la valeur ajoutée de la technologie, et non l’utiliser pour l’utiliser. C’est un moyen pédagogique supplémentaire pour varier ou bonifier son enseignement. Il ne faut pas en faire un dogme.

Il faut aussi penser au fait que les jeunes utilisent la technologie à la maison. Il y a toute la question du temps d’écran qui est problématique parce que ce ne sont pas tous les parents qui sont capables de le gérer avec leurs enfants. Il faut donc bien doser à l’école.

Où en sont les enseignants dans l’intégration du numérique en classe ?

Il va vraiment falloir que les enseignants développent leurs compétences numériques. Le moment de la carrière dans lequel l’enseignant se trouve influence l’intégration du numérique ou non. En fin de carrière, souvent, on n’a plus le même intérêt, la même passion pour suivre des formations. Mais il faut toujours avoir en tête que la préoccupation, ce sont les jeunes. Ils ne doivent pas écoper.

Les enseignants qui aiment la technologie sont de bons catalyseurs. Ils peuvent donner envie à leurs collègues et à l’équipe-école de s’intéresser au numérique. Les organismes CADRE21 et le RÉCIT rendent disponibles des autoformations à tous les enseignants de la province. Elles sont de plus accessibles au personnel professionnel ainsi qu’aux équipes de direction.