Quelle place pour l’enseignement des arts au Québec?

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Le rapport Rioux recommande d’intégrer les arts à l’éducation et d’instaurer un encadrement nécessaire à la réussite de cette intégration.
Photo: Dragos Gontariu / unsplash Le rapport Rioux recommande d’intégrer les arts à l’éducation et d’instaurer un encadrement nécessaire à la réussite de cette intégration.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Publié en 1969 dans le cadre de la Commission d’enquête sur l’enseignement des arts au Québec, le rapport Rioux « fournit de puissants arguments pour la défense de l’enseignement des arts à l’école, un fer de lance pour nous en 2019 ».

Ces beaux mots sont de Christine Faucher, professeure à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, profil enseignement et directrice de la maîtrise en enseignement des arts, un programme qualifiant qui forme de futurs enseignants spécialistes en arts (visuels, danse, musique et art dramatique). C’est en 1989, dans un cours sur l’organisation de l’éducation au Québec, lorsqu’elle était étudiante au baccalauréat en arts plastiques de l’UQAM, profil enseignement, que Mme Faucher a découvert les travaux du sociologue Marcel Rioux.

Christine Faucher a été d’abord étonnée par le fait que Marcel Rioux, non issu du milieu artistique, ait réussi à ce point à saisir le monde de l’art : sa nature, son importance dans la société et pour l’éducation des jeunes : « J’ai été impressionnée par l’aspect visionnaire du rapport dans la formulation de ce projet de société et de ses recommandations, notamment au regard du rôle qu’allaient jouer les nouveaux médias dans le contexte de la “société postindustrielle” alors en émergence. »

Le rapport Rioux recommande d’intégrer les arts à l’éducation et d’instaurer un encadrement nécessaire à la réussite de cette intégration, relate Christine Faucher. « Le rapport insiste sur le fait qu’il est nécessaire que les cours d’art soient dispensés par des enseignants spécialisés, à raison de sept heures par semaine [au primaire], et ce, dans un environnement pédagogique de qualité. De plus, l’enseignement des arts doit impérativement débuter au préscolaire et se poursuivre de manière continue durant les années du primaire et du secondaire », ajoute-t-elle. Le rapport veut aussi que les différentes disciplines artistiques soient enseignées en même temps.

Ces recommandations ont-elles été appliquées ?

En ce qui concerne la formation initiale à l’enseignement à la Faculté des arts de l’UQAM, à partir de la fin des années 1990, une collaboration entre disciplines artistiques a été amorcée afin de répondre aux nouvelles exigences du paradigme éducatif de la réforme : « Ce travail de collaboration a notamment permis la mise sur pied, en 2011, du programme de maîtrise en enseignement des arts. Les étudiants inscrits à ce programme qualifiant, cheminant dans le cursus de l’une des quatre concentrations offertes, se réunissent dans les cours du tronc commun mobilisant l’ensemble des différentes disciplines artistiques », explique Mme Faucher.

Pour ce qui est des programmes de formation des élèves, l’expérience artistique et la démarche de création de l’élève ont pris naissance dans les années 1980 dans les programmes éducatifs. La vision « quatre arts » est devenue concrète avec la réforme de l’éducation lancée en 2001.

Les arts en situation de vulnérabilité

Ces avancées sont toutefois limitées, fait valoir Christine Faucher. De graves problèmes touchent actuellement la formation artistique des élèves dans les écoles, note-t-elle : « La situation est très difficile, notamment en raison du régime pédagogique. L’enseignement artistique offert aux élèves du primaire doit inclure deux des quatre arts, et l’un d’entre eux doit être dispensé en continuité de la première à la sixième année. Depuis le début, l’application du régime pédagogique dans les écoles pose problème en raison de l’absence de balises claires plaçant les disciplines artistiques en situation de très grande vulnérabilité. Ce manque de limpidité, en ce qui a trait au temps alloué à l’enseignement en arts, nuit à la cohérence du cheminement artistique des élèves et à la qualité de leurs apprentissages. »

Sans une compréhension des fondements idéologiques du rapport Rioux, en ce qui a trait au caractère vital de l’art pour la société québécoise future, l’application des recommandations sur le terrain n’est-elle pas sujette aux écueils ? Mme Faucher répond : « L’état déplorable des locaux destinés aux arts n’est qu’un aspect du problème, mais fort évocateur de l’importance que l’on accorde comme société au rôle de l’art dans le développement global des élèves. Certains pourraient rétorquer que le rapport Rioux promeut un projet de société utopique et que ses recommandations sont pour la plupart irréalisables. Pourtant, il suffit de visiter des écoles ailleurs dans le monde, comme celles en Finlande, pour constater que tel n’est pas le cas, à tout le moins pour l’aménagement des espaces d’apprentissage et de création pour les jeunes à l’école. Une société riche comme celle du Québec, tant sur le plan culturel qu’économique, ne peut-elle pas faire mieux pour l’enseignement des arts ? »