Écoles publiques: « un joyau de notre société »

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Une œuvre de Nicki Küntzle
Illustration: Une œuvre de Nicki Küntzle

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les dernières années ont mis à mal le réseau des écoles publiques québécois et celui-ci n’est pas encore tout à fait remis des énormes coupes qu’il a subies. Mais qu’à cela ne tienne, du 5 au 12 octobre, on célébrera les 10 ans de la Semaine pour l’école publique (SPEP)et sa mission essentielle.

« Mon histoire personnelle fait en sorte que je vais toujours croire en l’école publique parce qu’elle ne m’a jamais abandonné », lance le comédien et humoriste Philippe Laprise, porte-parole de l’événement pour la troisième année consécutive. Les deux parents du comédien sont des enseignants, ainsi que sa sœur et sa belle-sœur et comme si ce n’était pas assez, sa blonde elle aussi enseigne dans le public. Mais si Philippe Laprise croit tellement dans l’institution, c’est parce que son parcours, bien que chaotique, a toujours été balisé par des profs complètement investis.

C’est que « l’école publique, c’est un joyau de notre société, elle est inclusive », explique Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), l’organisation qui chapeaute la Semaine pour l’école publique. « L’école publique accueille tous les élèves, jeunes ou adultes, avec ou sans difficulté d’apprentissage, et ce, de tous les milieux », ajoute-t-elle.

La force de l’école publique, c’est sa grande diversité : « Pas seulement culturelle, mais aussi sociale, ainsi que du côté du personnel qui y travaille. C’est une école qui ne fait pas de sélection, elle ouvre grand les bras à tous les élèves », lance avec cœur Nathalie Morel. Véritable ascenseur social, l’école publique, c’est l’école de tous les possibles.

« C’est quand on devient adulte que l’on comprend vraiment l’ampleur de l’investissement des profs malgré les manques de moyens. Ce sont ces gens passionnés qui font la force de l’école publique », lance tout aussi passionnément le porte-parole.

Défis et enjeux

Mais l’école publique a-t-elle encore les moyens de poursuivre sa mission ? « Les enseignants sont à bout de souffle parce qu’ils n’arrivent pas à répondre à tous les besoins de certains enfants », déplore la vice-présidente, qui affirme qu’il est rare de voir une classe où la moyenne des enfants n’est pas capable de suivre le programme. Et malheureusement, comme le manque de professionnels est criant, il est de plus en plus difficile d’obtenir des diagnostics et parfois, les raisons des difficultés des enfants sont longues à découvrir. « Il faut écouter les enseignants, ils sont les experts, ce sont eux qui sont dans la classe au quotidien. »

Les défis de l’école publique sont nombreux et les budgets mis à sa disposition ne sont pas suffisants, explique Nathalie Morel : « Malgré les réinvestissements dans le réseau, on en est encore sur le remboursement de ce qui a été coupé par le précédent gouvernement. On est loin d’avoir comblé la somme des coupes des dernières années », explique la vice-présidente, qui rappelle que selon les chiffres de la FAE, les coupes s’élevaient à 1,5 milliard de 2010 à 2015.

La pénurie d’enseignants — et les difficultés dans l’organisation du travail qui s’ensuit — est elle aussi un défi majeur à relever : « Cette pénurie est liée à la charge de travail qui s’alourdit pour l’ensemble du personnel de l’école publique », lance Nathalie Morel. « Et malgré tout, les gens sont dévoués, le personnel est qualifié et ça reste un travail extraordinaire que de travailler auprès des jeunes autant qu’auprès des adultes parce que souvent, on est leur espoir ! » L’espoir d’une vie meilleure, l’espoir de choisir un métier, « mais en même temps, c’est énormément de responsabilités qui pèsent sur nos épaules ». De plus, il est important de souligner que les enseignants du Québec se classent en avant-dernière position du palmarès canadien de la rémunération : « Ce n’est qu’un aspect, mais ça commence à faire image quant aux surplus actuels qu’engrange la province. Il est clair qu’on ne reconnaît pas à sa juste valeur la prestation de travail que donnent les femmes à de nombreuses générations d’élèves », rappelle Nathalie Morel.

Au cours de la Semaine pour l’école publique, Philippe Laprise fera la tournée des classes et visitera cinq profs à Québec, à Montréal, à Granby et à Vaudreuil. De plus, cette année, la SPEP a concocté un jeu-questionnaire qui sera en ligne dès le 4 octobre et qui portera sur le thème de l’école dans le monde. Les profs sont invités à participer avec leurs élèves et pourront recevoir des cadeaux pour les élèves.

Prix Hibou

En cette 10e Semaine pour l’école publique (SPEP), la FAE a choisi d’honorer, par ses prix Hibou, des personnes qui sont montées au front pour défendre l’école publique. Elles ont dénoncé ses réalités parfois crues tout en soulignant ses nombreuses forces.

 

Cette année, les lauréats sont le biologiste, humoriste, auteur, animateur et chroniqueur Boucar Diouf, la chercheuse et professeure au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) Stéphanie Demers, ainsi que le professeur, chroniqueur, philosophe et essayiste Normand Baillargeon.

 

Le slogan de la 10e SPEP est « Notre école publique, on l’aime ! », mais il aurait tout aussi bien pu être le titre de l’oeuvre de Nicki Küntzle, une murale qui orne les murs à l’angle des rues Guilbault Ouest et Saint-Urbain à Montréal (notre photo). Réalisée dans le cadre du festival Mural de Montréal, la création est une interprétation originale des bienfaits du rôle fondamental que joue l’école publique dans l’instruction des citoyens. On y voit diverses personnes, dont les esprits ont été nourris par les langues, les mathématiques, les sciences, les arts, etc.

Petite histoire de l’école publique

L’école publique telle qu’on la connaît aujourd’hui a fait son apparition dans les années 1960 dans la foulée du fameux rapport Parent. Toutefois, tout au long du XIXe siècle, des lois et l’intervention de l’État vont lentement forger un système scolaire public alors divisé sur une base confessionnelle ; les écoles protestantes à majorité anglophones et les écoles catholiques, elles, francophones.

Dès le début du XXe siècle, des voix s’élèvent pour réclamer des réformes et c’est en 1943 que le Québec adoptera sa loi d’obligation scolaire et abolit les droits de scolarité pour l’école primaire. Ce réseau scolaire sous-financé et disparate restera sensiblement le même jusqu’en 1960, année charnière qui voit l’apparition du ministère de l’Éducation du Québec, la création des cégeps et l’accès facilité aux universités.

Il faudra attendre le 14 juin 2000 pour que l’Assemblée nationale adopte la loi 118 qui vient abroger le statut confessionnel des écoles publiques du Québec et permet la création de commissions scolaires linguistiques.