Le MIL, un campus aux ambitions de quartier

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Le campus MIL est situé sur le site de l’ancienne gare de triage du Canadien Pacifique, construite en 1891.
Photo: UdeM Le campus MIL est situé sur le site de l’ancienne gare de triage du Canadien Pacifique, construite en 1891.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les étudiants et professeurs des départements de chimie, physique, géographie et sciences biologiques de l’Université de Montréal (UdeM) ont officiellement déménagé le 16 septembre au nouveau campus MIL, situé en plein centre de Montréal. Au-delà de sa vocation universitaire, ce dernier entend se positionner comme véritable quartier.

Après des investissements de 350 millions de dollars provenant des deux ordres de gouvernement et de campagnes de philanthropie, le Complexe des sciences, d’une superficie de 60 000 m2, était fin prêt à accueillir les 2000 étudiants, 200 professeurs et 200 employés de soutien de ces quatre programmes universitaires. Le projet dans son intégralité représente le plus important chantier de construction universitaire au Canada et le quatrième chantier en importance au Québec après ceux du CHUM, du pont Samuel-De Champlain et de l’échangeur Turcot.

« Les étudiants et professeurs ont eu l’avantage de ne pas se faire bousculer pour déménager à une date précise, comme ils pouvaient demeurer dans les anciens locaux jusqu’à ce que tout soit opérationnel, souligne le recteur de l’UdeM, Guy Breton. De plus, ils étaient déjà familiarisés avec les nouveaux lieux puisque nous avions organisé des visites pour faciliter l’intégration. »

Il faut dire que cette construction était loin d’être superflue. Les étudiants de ces programmes étaient auparavant dispersés dans trois endroits. Ceux de sciences biologiques se trouvaient au pavillon Marie-Victorin, tandis que ceux en chimie et en physique suivaient leurs cours dans l’édifice principal, construit au début du XXe siècle par l’architecte Ernest Cormier.

Ce dernier n’avait pas pu prévoir dans sa conception tous les changements technologiques qui allaient survenir, ne serait-ce que l’avènement d’Internet et le wifi. « Au fil des années, nous avons donc effectué tous ces ajouts, mais à un certain moment, le raboudinage devenait techniquement impossible », explique M. Breton.

Enfin, les étudiants en géographie étaient hébergés dans l’édifice Strathcona de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine, loué « temporairement » par l’Université de Montréal… depuis plus de 30 ans. « Comme dans plusieurs autres écoles de la métropole, il y avait des problèmes d’infiltration d’eau et des inquiétudes par rapport à la moisissure », précise M. Breton.

Ce problème d’espace s’explique, selon lui, par l’explosion de l’éducation postsecondaire. L’UdeM est en effet passée d’environ 15 000 étudiants dans les années 1960 à maintenant plus de 65 000, avec ceux de HEC Montréal et de l’École polytechnique. « Le nombre de locaux n’a pas explosé de façon proportionnelle, et le développement s’est fait au gré des disponibilités de locaux », ajoute-t-il.

Quand les espaces encouragent l’interdisciplinarité

L’idée de rassembler les quatre disciplines sous un même toit visait aussi à préparer les élèves aux réalités du marché du travail et à favoriser les échanges. « Les plus grandes découvertes ne sont pas le fruit d’efforts d’une seule discipline, mais bien de plusieurs », soutient le recteur.

Il donne l’exemple d’une problématique comme la décontamination, qui nécessite que le chimiste travaille avec les gens de biologie et de sciences de la vie. « On a créé des projets qui vont les amener à collaborer, alors qu’avant, ils n’étaient pas dans le même bâtiment et n’échangeaient donc pas. »

L’aménagement des lieux a ainsi été réfléchi pour faciliter les rencontres interdisciplinaires. Le bâtiment est composé de deux ailes reliées par une bibliothèque, laquelle compte 330 places de travail individuelles et 13 salles pour les travaux d’équipe.

D’une hauteur de six étages, l’aile B regroupe 10 laboratoires d’enseignement et près de 190 laboratoires de recherche et installations scientifiques conçus à la fine pointe de la technologie. Ce sont 16 chaires de recherche qui sont réunies au même endroit.

On y trouve, entre autres, un laboratoire de visualisation, constitué d’un mur de 27 écrans haute définition, interactifs et tactiles, un studio d’édition numérique, une cartothèque, ainsi que des ordinateurs configurés pour maximiser l’exploitation des données géospatiales.

Ces équipements servent à tous, plutôt que d’être dédoublés par programme comme c’était le cas avant, générant par le fait même des économies d’échelle.

Une construction qui dépasse le cadre universitaire

Bien que le campus MIL se trouve sur le territoire d’Outremont, le projet dépasse ses frontières.

« Le terrain sur lequel il est construit était auparavant une friche industrielle en plein centre de l’île, qui cloisonnait la communication entre Mont-Royal, Outremont, Parc-Extension, Villeray et La Petite-Patrie, affirme Guy Breton. On souhaitait créer un pont entre les communautés de tous ces quartiers. »

Deux axes désenclavent ainsi le secteur : l’axe est-ouest, la nouvelle avenue Thérèse-Lavoie-Roux, s’étend de la rue Durocher jusqu’à l’avenue McEachran dans Outremont. Dans l’axe nord-sud, une passerelle relie le Complexe des sciences à la station de métro Acadie.

« On n’a pas seulement construit une bâtisse pour nos besoins, on souhaite que les gens des divers quartiers s’approprient les espaces communs », mentionne-t-il.

C’est d’ailleurs dans cet état d’esprit communautaire que sont nés, dans les cinq dernières années, des projets éphémères, menés par des organismes communautaires qui occupent des terrains non développés de l’UdeM, pour des événements culturels et des activités comme l’agriculture urbaine et l’éducation citoyenne.

Des parcs seront aussi aménagés sur le campus pour le plaisir des citoyens, de même qu’une pièce d’art extérieure, dont une des faces servira de mur d’escalade public, géré par le CEPSUM.

« On est également fiers d’avoir contribué indirectement à la mixité du quartier », souligne-t-il. Il y a l’université, mais aussi des logements résidentiels et des petits commerces de proximité. »

Il explique que 30 % des nouveaux logements qui seront construits au sud de l’avenue Thérèse-Lavoie-Roux seront abordables. « C’est bien sûr la Ville qui est responsable de ce développement, mais on a rendu des espaces disponibles pour que ce soit possible. »

Enfin, les étudiants et experts de la clinique L’Extension de l’UdeM, qui offre un soutien en pédagogie et en santé aux enfants issus de milieux défavorisés et à leur famille, déménageront également de l’école Barclay à l’avenue Beaumont, juste à côté de la passerelle. Et ce, pour une plus grande accessibilité.

Quand une gare devient campus

Le campus MIL est situé sur le site de l’ancienne gare de triage du Canadien Pacifique, construite en 1891. Après un ralentissement des activités ferroviaires dans les années 1990, l’UdeM acquiert les terrains en 2006. Il faudra cependant attendre jusqu’en 2013, soit un an après l’adoption du règlement d’urbanisme de la Ville, pour que commencent les travaux de réhabilitation du site, notamment sa décontamination, afin que l’immense terrain soit exploitable.

 

Divers clins d’oeil ont été faits pour rendre compte du passé ferroviaire de plus d’un siècle de cette gare de triage. En plus de la passerelle qui surplombe les voies ferrées, des conteneurs, traditionnellement transportés par train, abritent les cafés étudiants. « Nous avons réussi à transformer un site contaminé en un véritable quartier à occupation mixte qui se développera au fil du temps », souligne Guy Breton.