Quand être doué ne rend pas les choses plus faciles

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Contrairement à l’idée reçue, les enfants surdoués ne sont pas tous des premiers de classe.
Photo: Getty Images Contrairement à l’idée reçue, les enfants surdoués ne sont pas tous des premiers de classe.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Alors qu’on associe souvent haute performance et école privée, l’enfant doué a-t-il sa place à l’école publique ? Kim Nunés cosigne avec Julie Rivard le livre Comprendre la douance, paru aux Éditions de l’Homme. Entretien avec l’auteure, enseignante et mère d’un adolescent à haut potentiel.​

Qu’est-ce que la douance ?

Kim Nunés : La douance est un profil neuropsychologique. Dans le contexte scolaire, la douance n’est pas encore connue et peut passer pour de l’arrogance. La personne qu’on dit à haut potentiel est très curieuse, va penser différemment (pensée en arborescence) ; elle peut aussi avoir plusieurs hypersensibilités, ou certaines rigidités.

Photo: Julia Marois Kim Nunés

On ne parle pas d’un diagnostic, ce n’est pas une maladie. L’évaluation pour la douance est faite par une équipe multidisciplinaire, avec un psychologue ou un neuropsychologue. On fait passer une batterie de tests aux enfants, des questionnaires aux parents, pour savoir si un enfant est doué ou pas. La douance partage aussi des traits avec le TDAH et d’autres qu’on trouve dans le spectre de l’autisme. Il est donc important de s’attarder à la cause plutôt qu’au comportement.

Quels sont les principaux défis auxquels font face les élèves doués en milieu scolaire ?

Un des problèmes en milieu scolaire, c’est le manque de stimulation, parce que ce sont des enfants très curieux. L’enfant neurotypique va fonctionner selon les consignes qu’on lui donne, alors que l’enfant doué fonctionne souvent par intérêt. On va devoir les stimuler non seulement pour leur donner plus de connaissances, mais aussi pour aller chercher leur motivation.

Il est aussi important de mentionner qu’il y a des enfants doués qui ont aussi de grandes difficultés à l’école, parce que la douance peut être cachée par un autre trouble, comme la dyslexie ou la dysorthographie. Les enfants doués ne sont donc pas toujours des premiers de classe.

L’école publique est-elle faite pour les élèves en douance ?

Comme les ressources sont limitées, les outils sont souvent dirigés vers les élèves en grande difficulté, et l’enfant doué peut être oublié, parce qu’on se dit qu’il comprend. Cela dit, l’école publique pourrait mieux intégrer ces élèves en étant d’abord à l’écoute. Les enseignants ont à cœur la réussite de tous leurs élèves, mais parfois ils manquent de temps ou de connaissances. La formation initiale en enseignement devrait aussi être bonifiée : ma coauteure, Julie Rivard, enseigne depuis 17 ans, et c’est avec ses garçons qu’elle a appris ce qu’était la douance. Elle n’en avait jamais entendu parler en milieu scolaire !

Quelles sont les approches qui permettent de mieux stimuler les élèves doués ?

Une des approches dont le livre parle beaucoup est la différenciation pédagogique, qui permet d’adapter les tâches pour pouvoir atteindre le même objectif. Par exemple, si mon objectif est que les élèves reconnaissent les adjectifs, je vais demander aux élèves en difficulté de chercher des phrases avec des adjectifs dans un livre, alors que je vais demander aux élèves en douance de bonifier ces phrases en ajoutant de nouveaux adjectifs.

L’approche par projet et la manipulation permettent aussi d’être actif dans son apprentissage et augmentent le niveau d’engagement ; cela permet de respecter le rythme de chacun.

On peut aussi fonctionner avec des plans de travail. Certains enseignants utilisent des tableaux « je dois / je peux » : qu’est-ce que je dois faire maintenant, et qu’est-ce que je peux faire quand j’ai terminé ? Ça évite que la classe se désorganise et ça maintient l’attention de l’élève doué, qui pourrait avoir envie de faire autre chose parce qu’il termine trop vite.

Certaines écoles publiques offrent des programmes pour élèves doués. Est-ce une bonne approche ?

Tout dépend vraiment des besoins de l’élève, de son niveau d’apprentissage. Il ne faut jamais perdre de vue non plus la différence entre le développement cognitif de l’enfant et son développement affectif. On ne rend pas service à un enfant de 8 ans en l’envoyant au secondaire, même s’il est très bon ; il a besoin de jouer comme un enfant de 8 ans.

En fait, on ne veut pas un traitement particulier pour les élèves doués. On veut juste faire connaître leurs besoins, comme un enfant qui aurait besoin de lunettes. On veut faire en sorte qu’ils continuent à aimer l’école et qu’ils ne décrochent pas par manque d’intérêt.

La douance en chiffres

• 2,3 % de la population serait « douée », mais certaines études parlent de 2,5 à 5 % de la population.

Seulement 30 % des surdoués seraient officiellement recensés.

La douance touche autant les filles que les garçons, mais les garçons vont être plus souvent repérés que les filles, en raison de certains comportements plus visibles en classe.