Franciser les parents

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Du côté des élèves, certains critères peuvent jouer en faveur d’une meilleure intégration scolaire. Par exemple, s’ils savent déjà lire et écrire, ce sera généralement plus facile.
Photo: Getty Images Du côté des élèves, certains critères peuvent jouer en faveur d’une meilleure intégration scolaire. Par exemple, s’ils savent déjà lire et écrire, ce sera généralement plus facile.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans plusieurs écoles de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), des cours de francisation sont offerts aux parents d’élèves afin de les aider à mieux suivre la scolarité de leurs enfants. Une bonne initiative parmi d’autres possibles.

Dans 18 écoles réparties dans l’ouest de l’île de Montréal, la CSMB offre des cours de francisation gratuits d’une durée de 60 heures réparties sur 10 semaines aux parents d’élèves des écoles primaires de la commission scolaire. Le public visé est les parents, nouveaux arrivants, qui ne parlent pas français. Bon an, mal an, depuis 2010, ils bénéficient à 300 parents d’élèves.

« Ces cours sont utiles puisqu’ils permettent aux parents de mieux comprendre ce que leurs enfants font à l’école et de suivre leur scolarité », affirme Pierre Simard, agent de développement au Service de la formation générale des adultes à la CSMB.

Une dizaine de thématiques y sont abordées, comme l’explication du bulletin, les services offerts à l’école (ex. : orthophonie, psychologie), la préparation aux saisons (surtout l’hiver) et le rôle du conseil d’établissement.

Une clientèle variée et changeante

Selon M. Simard, la composition des classes suit les vagues d’immigration. « En 2015, nous avions beaucoup de Syriens, après leur arrivée massive au Canada, dit-il. En 2019, ce sont plus des Nigérians. » Dans certains secteurs de l’île, la demande est plus grande. C’est le cas dans l’arrondissement de Saint-Laurent où de 80 à 85 % des parents d’élèves ne s’expriment pas en français, selon M. Simard. Dans ce secteur, cinq établissements offrent donc les cours.

Un taux d’abandon élevé

Bien que les cours soient utiles pour les parents, ils ne leur permettent pas d’acquérir une parfaite maîtrise du français. En 10 semaines, on en convient, ce serait difficile, et ce n’est pas l’objectif de départ non plus. L’assiduité aux cours pourrait toutefois être perçue comme préoccupante puisque le taux d’abandon est d’environ 50 %.

Selon M. Simard, cela s’explique par les diverses occupations des parents qui peuvent les amener à manquer de temps pour suivre la formation jusqu’au bout. Il croit néanmoins que malgré ces abandons, les parents développent tout de même un sentiment d’appartenance plus grand envers l’école de leurs enfants.

Des stratégies « invisibles »

Selon Geneviève Audet, professeure au Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM, les cours de francisation des parents sont une bonne chose qui doit se poursuivre, mais ils ne sont pas une condition essentielle à une intégration réussie de leurs enfants.

Aussi, « le taux élevé d’abandon ne doit pas être perçu comme un manque d’intérêt des parents envers l’éducation de leurs enfants, dit-elle. Comme n’importe quel autre parent sur le marché du travail, suivre des cours le soir lorsqu’on est épuisé par sa journée est exigeant et tous n’ont pas l’énergie pour le faire. »

Selon Mme Audet, la recherche démontre que les parents issus de l’immigration développent différents moyens pour demeurer en lien avec l’école de leurs enfants et soutenir ces derniers dans leur apprentissage. Des stratégies « invisibles » sont ainsi développées sans que les parents soient nécessairement présents aux activités scolaires ou impliqués à l’école. « Les parents peuvent faire traduire les devoirs de leurs enfants par des organismes communautaires, par exemple, illustre Mme Audet. Ils peuvent aussi faire appel à d’autres personnes de leur famille qui maîtrisent le français, ou encore inscrire leur progéniture à des ateliers d’aide aux devoirs. »

Une chose est sûre, selon la professeure, les parents nouveaux arrivants croient fermement à la réussite scolaire de leurs enfants et sont prêts à y mettre les ressources nécessaires. Du côté des élèves, certains critères peuvent jouer en faveur d’une meilleure intégration scolaire. Par exemple, s’ils savent déjà lire et écrire, ce sera généralement plus facile, même si ce n’est pas en français, soutient Line Laplante, professeure au Département de didactique des langues à l’UQAM.