Légère baisse de fréquentation dans les cégeps

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Sur les 90 000 emplois créés dans la province en 2017, plus de 80% exigeaient une formation postsecondaire, selon les données publiées par Emploi-Québec.
Photo: Getty Images Sur les 90 000 emplois créés dans la province en 2017, plus de 80% exigeaient une formation postsecondaire, selon les données publiées par Emploi-Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

171 429 étudiantes et étudiants sont inscrits au semestre d’automne dans l’un ou l’autre des 48 cégeps du Québec. Une baisse de 0,8 % par rapport à l’an dernier, qui fait suite à une autre baisse, de 1,4 % celle-là, entre 2017 et 2018. Une situation qui, même si elle correspond à l’évolution démographique du Québec, inquiète la Fédération des cégeps.

« Il faut souhaiter que cette légère baisse constitue la fin de la courbe descendante qui illustrait la variation prévue de la population étudiante des cégeps entre 2014 et 2020, déclare son président-directeur général, Bernard Tremblay. Parce que les attentes à l’endroit des diplômés de l’enseignement supérieur, elles, sont en hausse. »

M. Tremblay fait valoir qu’à l’échelle planétaire, la quatrième révolution industrielle est en marche, et que les leaders mondiaux conviennent qu’il faut miser sur la formation, la recherche et l’innovation. Selon lui, le Québec prend du retard. Dans bon nombre de secteurs économiques, il constate une importante pénurie de main-d’œuvre qualifiée alors que nous vivons un déclin démographique et que la population vieillit.

« La productivité des entreprises est insuffisante, la persévérance scolaire demeure problématique et la volonté d’accéder à l’enseignement supérieur, qui animait le Québec dans les années 1960, a, au mieux, cédé la place à une certaine indifférence, juge-t-il. Il est urgent de réagir et de prendre collectivement conscience de la nécessité de qualifier davantage de jeunes et d’adultes, et ce, bien au-delà du diplôme de 5e secondaire. »

77 888 nouveaux inscrits

La Fédération se félicite cependant de voir le taux de passage de 5e secondaire au cégep augmenter régulièrement. Aujourd’hui, 70 % d’entre eux sautent le pas et le nombre de nouveaux inscrits dans les collèges a crû de 0,4 % cette année. Ils sont 77 888, soit 327 de plus que l’an dernier.

« Mais ce taux doit être encore amélioré, estime le p.-d.g. Emploi-Québec a publié des données qui illustrent clairement la nécessité de hausser les qualifications : sur les 90 000 emplois créés en 2017, plus de 80 % exigeaient une formation postsecondaire. »

Il faut donc améliorer le taux de passage de 5e secondaire au cégep, et améliorer également le taux de diplomation au cégep. Celui-ci se situe aujourd’hui autour de 63 % et est plutôt stable depuis de nombreuses années. Compte tenu du fait que le cégep s’ouvre de plus en plus à un public qui jusque-là ne franchissait que rarement ses portes, tels que les étudiants en situation de handicap ou ayant des difficultés d’apprentissage, d’aucuns prétendent que cette stagnation est en réalité déjà une belle victoire. Bernard Tremblay considère toutefois que le Québec ne peut pas s’en contenter. « Notre objectif est de former le plus de jeunes possible afin que le Québec soit plus productif et qu’il trouve sa place sur le marché mondial, indique-t-il. Or, trop d’étudiants quittent l’établissement qu’ils fréquentent sans y avoir obtenu de diplôme. »

Oser la réussite

Devant ces réalités multidimensionnelles et complexes, la Fédération des cégeps a mis sur pied, l’année dernière, un chantier sur la réussite scolaire pour mieux comprendre les facteurs qui freinent la diplomation des étudiants, de manière à pouvoir, dans l’avenir, mettre en place les conditions favorisant davantage l’obtention d’un diplôme. Dans l’optique de provoquer une réflexion plus large sur cette question, au sein de toute la société, son prochain congrès, qui aura lieu à la fin du mois à Saint-Hyacinthe, aura pour thème Oser la réussite.

« La Fédération espère voir le gouvernement du Québec adopter une stratégie nationale en enseignement supérieur, sur la base d’une concertation de tous les acteurs concernés, confie M. Tremblay. Nous n’avons pas encore les résultats de notre chantier, mais nous savons déjà que certains groupes ont plus de mal à réussir que d’autres. Nous devons réfléchir au soutien et aux services que nous pouvons leur apporter. »

Parmi ces groupes, les garçons — qui ne représentent d’ailleurs que 43 % des cégépiens — les étudiants autochtones, ceux qui présentent des difficultés d’apprentissage ou qui sont en situation de handicap, les étudiants de première génération, dont aucun parent n’a fait d’études postsecondaires, ou encore les jeunes issus de milieux défavorisés.

Formation tout au long de la vie

La Fédération des cégeps insiste également sur l’importance de former les adultes, ceux qui sont déjà sur le marché du travail, et ce, tout au long de leur vie. Selon l’organisation, l’économie change tellement vite que les besoins de formation sont de plus en plus grands.

« Il faut absolument que le Québec prenne conscience collectivement de l’importance de la formation, insiste Bernard Tremblay. Nous avons un taux de productivité nettement inférieur à celui des autres pays occidentaux. On a longtemps dit que c’était en lien avec l’innovation et la recherche-développement dans les entreprises, mais un des facteurs importants de la productivité, c’est la formation des travailleurs. »

Le dernier portrait économique de Montréal, publié par l’Institut de la statistique du Québec et le ministère de l’Économie et de l’Innovation en septembre, faisait état d’une région dans laquelle la plupart des signaux sont au vert, avec une ombre au tableau cependant, le manque de qualification de la main-d’œuvre.

« Ce n’est donc pas seulement la baisse de fréquentation que nous enregistrons qui nous inquiète, car la démographie devrait permettre rapidement à cette tendance de s’inverser, souligne le p.-d.g. de la Fédération. Mais dans l’intérêt général de toute la population, il faut rappeler aux Québécois toute l’importance de détenir les qualifications et les compétences qu’offre l’enseignement supérieur. »

Et de conclure sur le fait qu’un consensus mondial place ces acquis dans le groupe des compétences de l’avenir de plus en plus recherchées sur le marché du travail.

« La formation collégiale outille les étudiants afin qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle de citoyens dans un monde toujours plus complexe et où il devient difficile de distinguer le vrai du faux », soutient-il.