Santé mentale: prévenir la douleur estudiantine

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
L’Union étudiante du Québec a lancé sa vaste enquête panquébécoise en octobre 2018 pour faire la lumière sur les problèmes psychologiques des étudiants.
Photo: iStock L’Union étudiante du Québec a lancé sa vaste enquête panquébécoise en octobre 2018 pour faire la lumière sur les problèmes psychologiques des étudiants.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’enseignement supérieur est un chemin parsemé d’embûches. La santé mentale de ceux qui y naviguent inquiète de plus en plus à la vue de certaines données statistiques. Entre enquêtes et initiatives, l’amélioration du bien-être psychologique des étudiants mobilise tous les acteurs du milieu.

En 2016, l’enquête « Ça va ? », menée par la Fédération des associations du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), révélait que 22 % des étudiants rapportaient des symptômes dépressifs assez graves pour nécessiter un traitement psychologique ou médical.

La conscience de la détresse des étudiants se fait de plus en plus accrue et il faut continuer à en parler, selon Geneviève Belleville, professeure à l’École de psychologie de l’Université Laval. « Je pense qu’il faut enlever l’espèce d’équation selon laquelle l’anxiété et la dépression sont synonymes de faiblesse ou de vulnérabilité », avance-t-elle.

France Landry, psychologue à la vie étudiante de l’Université du Québec à Montréal, croit pour sa part qu’il est nécessaire d’avoir une meilleure idée de la situation. « Il faut mieux comprendre cette génération et les causes de son anxiété, explique-t-elle. Il faut aussi prendre le temps dans ce portrait de voir les différents profils, qu’ils soient étudiants étrangers, étudiants parents ou étudiants en situation de handicap. » Tous les étudiants n’ont pas les mêmes besoins et c’est dans cet objectif que l’Union étudiante du Québec a lancé sa vaste enquête panquébécoise en octobre 2018 pour faire la lumière sur les problèmes psychologiques des étudiants. Les résultats n’ont pas encore été publiés.

De multiples réalités

Dans l’enquête de la FAECUM, l’un des facteurs de mal-être qui revenait le plus souvent était le sentiment de solitude. Une réalité particulièrement problématique aux cycles supérieurs, où les étudiants font face à un défi précis : la rédaction d’un mémoire ou d’une thèse. « Je travaille beaucoup avec les étudiants aux cycles supérieurs comme psychologue et, de par la nature de leurs sujets ou de leurs projets, ils se retrouvent un peu isolés, déclare Mme Landry. Ils ont aussi peu de rapports avec les autres étudiants, il y a peu de cours rassembleurs. Il y a un sentiment d’isolement qui fait que c’est difficile et on finit par perdre le fil et le sens. »

 
22%
C’est le pourcentage d’étudiants qui présentaient des symptômes dépressifs assez graves pour nécessiter un traitement, selon une étude menée à l’Université de Montréal en 2016.

À cela s’ajoute le souci de perfectionnisme qui augmente l’anxiété de performance. « C’est souvent vu comme une qualité dans les milieux universitaires, il faut toujours faire mieux, augmenter les standards, note Geneviève Belleville. Dans le milieu de la recherche aussi, il faut que tout soit parfait et que les gens soient très compétitifs, très productifs. Ça fait en sorte qu’on a affaire à des étudiants de plus en plus anxieux et, paradoxalement, de moins en moins productifs parce qu’ils sont paralysés par l’anxiété. »

Le rôle institutionnel

En plus de démystifier le discours entourant la santé mentale, des mesures concrètes doivent être mises en place et, pour cela, il faut une volonté institutionnelle, croit France Landry. C’est aussi l’un des plus grands défis selon elle.

« Ce n’est pas facile quand on parle de santé mentale et je pense que les initiatives de sensibilisation sont très importantes, mais ensuite, on doit s’assurer qu’on a suffisamment de services offerts, fait valoir Geneviève Belleville. Du moment où on sensibilise, les gens vont avoir moins peur d’en parler et on va les diriger vers des intervenants, donc il faut s’assurer que le service à l’autre bout soit adéquat. »

Pour un campus sain

Dans plusieurs établissements, des initiatives naissent, signes d’un effort commun pour offrir un environnement sain aux étudiants. C’est le cas de Mon équilibre UL, à l’Université Laval. « Ils sont partout, dans tous les événements, dans les stands, raconte Geneviève Belleville. Ils visent la gestion du stress, du sommeil, de l’activité physique et de l’alimentation, donc ils ont beaucoup de cibles. Comme son nom l’indique, c’est pour que les gens aient un équilibre, qu’il y ait une promotion des saines habitudes de vie en général pour garder une santé physique et mentale. »

« À l’UQAM, nous avons un service de soutien psychologique, comme dans toutes les universités, mais on essaie de diversifier notre pratique et les forces de nos intervenants, dit France Landry. On a une travailleuse sociale, ce qui n’était pas le cas avant. On travaille en complémentarité et c’est ce qui fait qu’on répond mieux aux besoins, car les besoins sont larges. »

Mme Landry est également la superviseure clinique du programme Korsa, qui offre du soutien individuel ou de groupe aux personnes qui vivent du stress et de l’anxiété. « Dans le volet individuel, ce sont des étudiants aux cycles supérieurs qui ont déjà vécu des épisodes d’anxiété qui vont mieux et qui vont être jumelés avec des étudiants qui vivent du stress au 1er cycle, explique-t-elle. C’est basé sur une philosophie et une approche de thérapie d’engagement et d’acceptation, sur la pleine conscience. » Pour enlever le côté intimidant de ces rencontres, celles-ci ont lieu par visioconférence. C’est l’une des manières de varier l’intervention, selon la professeure.