Pédagogie: l’UQAM imagine la classe de l’avenir

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’équipe d’étudiants lors d’une séance  de travail pour dessiner la  classe de  l’avenir. Ils présenteront  leur concept  final le 20 novembre prochain.
Photo: UQAM L’équipe d’étudiants lors d’une séance de travail pour dessiner la classe de l’avenir. Ils présenteront leur concept final le 20 novembre prochain.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Une équipe formée d’étudiants en design et en sciences de l’éducation a été mandatée pour réaliser une classe d’apprentissage actif, espace combinant les nouvelles technologies et les méthodes d’enseignement et d’apprentissage du XXIe siècle.

« La littérature est très claire sur le sujet, les approches pédagogiques actives favorisent un apprentissage plus optimal que les celles centrées sur la transmission de connaissances », indique d’emblée Alain Stockless, professeur au Département de didactique de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est coresponsable ce projet de recherche-création visant à imaginer la classe de l’avenir.

« Les classes telles qu’elles existent aujourd’hui ne favorisent pas l’innovation pédagogique, poursuit-il. Les tables et les chaises sont souvent vissées au sol ou nous avons de petits bureaux qu’il faut replacer chaque fois. Les conditions ne sont pas favorables. »

L’apprentissage actif vise un plus grand engagement des étudiants dans leurs apprentissages. Il implique que ceux-ci réalisent des activités qui vont au-delà du simple fait d’écouter, de regarder et de prendre des notes. Travaux pratiques, classe inversée consistant à voir les leçons à la maison pour se concentrer, en cours, sur les applications, enseignement par les pairs, apprentissage par problèmes ou par projet, etc. : il s’agit d’une variété de méthodes pédagogiques qui engagent les étudiants dans une tâche et les font réfléchir sur ce qu’ils font.

« Les classes d’hier ont surtout été aménagées pour le cours magistral avec un enseignant qui parle et les étudiants en face de lui, analyse M. Stockless. Il nous est apparu que cela faisait partie de notre mission comme Faculté des sciences de l’éducation d’imaginer une classe qui réponde aux besoins pédagogiques d’aujourd’hui et de demain. »

Photo: UQAM

Flexible et modulable

La réflexion démarre au printemps. Un comité dirigé par M. Stockless est mis sur pied. Il commence par faire le tour de la littérature. Il visite ensuite d’autres établissements d’enseignement supérieur, universités et cégeps, afin de comprendre comment chacun est parvenu à aménager des salles d’apprentissage actif. Il modélise également les diverses approches d’apprentissage actif afin de déterminer les différents besoins.

« L’UQAM nous a attribué un espace au cœur de la Faculté des sciences de l’éducation afin que nous puissions travailler de manière très concrète et en tenant compte des contraintes que nous avons à l’université, note le professeur. Contraintes sur le plan administratif, budgétaire et matériel. Au fur et à mesure de notre réflexion, nous avons eu l’idée de nous associer avec l’École de design de l’UQAM. Parce qu’au-delà du fait que nous devions choisir un matériel mieux adapté, nous étions à court d’idées concernant les réponses en matière d’aménagement. »

En plus de leur professeur Carlo Carbone, trois étudiants de l’École de design entrent dans l’équipe étudiante chargée de proposer les plans de cette classe de l’avenir. Deux étudiants en sciences de l’éducation composent également l’équipe. Leur projet de recherche-création aboutit fin mai à la présentation des premières esquisses. Celles-ci sont soumises à un comité composé d’enseignants, de cadres de l’université, mais aussi d’étudiants. Forts de toutes les critiques, les cinq étudiants se remettent au travail. Ils présenteront leur concept final le 20 novembre prochain.

« Il s’agit d’une salle flexible, que l’on aménage en fonction des besoins, dévoile Alain Stockless. Qui fasse en sorte que le professeur qui arrive avec une intention pédagogique, par exemple travailler en équipe puis revenir en plénière pour présenter les échanges, puisse moduler l’espace et bouger le mobilier rapidement. »

Intégration des technologies

Le professeur fait valoir que les étudiants sont à l’université pour développer les compétences du XXIe siècle, à savoir notamment les compétences numériques, mais aussi la résolution de problèmes, la pensée critique et l’approche collaborative.

« Il faut mettre les infrastructures en place de façon à favoriser l’acquisition de ces aptitudes, explique-t-il. La composante numérique est omniprésente aujourd’hui chez les enseignants comme chez les étudiants. La salle de classe du futur doit bien entendu faire en sorte que l’utilisation du numérique soit intégrée. »

Une fois le concept présenté, le dossier ne sera plus dans les mains des étudiants et de leurs professeurs. Le déploiement devra être géré par l’université elle-même, tant à la Faculté des sciences de l’éducation que dans d’autres départements, où le concept pourrait être transféré. M. Stockless a bon espoir que cela sera réalisé dans des délais raisonnables.

« On sent un engouement autour de cette idée, affirme-t-il. Je me place aussi dans le cadre du 50e anniversaire de l’UQAM. C’est un moment opportun pour repenser la salle de classe comme lieu d’enseignement. »