Les universités encouragent la mobilité durable

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
L’UQAM a conclu des ententes promotionnelles avec le système  de vélopartage Bixi pour valoriser  le transport actif de ses étudiants  et employés.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’UQAM a conclu des ententes promotionnelles avec le système de vélopartage Bixi pour valoriser le transport actif de ses étudiants et employés.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour réduire son empreinte écologique et augmenter la fluidité sur son campus, l’Université Laval propose un titre de transport en commun exclusif aux étudiants à temps complet, puis l’étalement des horaires de cours. L’UQAM, l’Université du Québec à Trois-Rivières et l’Université de Montréal, elles, misent plutôt sur les mesures favorisant le transport actif, tant pour l’environnement que pour la santé. Peu importent les initiatives pour encourager la mobilité durable, les universités doivent être « exemplaires », plaident les quatre établissements d’enseignement supérieur. Leur rôle : continuer à innover et à créer de la connaissance afin de répondre aux enjeux climatiques.

Depuis 2005, l’idée d’instaurer le Laissez-passer universitaire (LPU) plane sur le campus de Québec. Après des campagnes dans les différentes facultés, un référendum sur le concept en 2009, et un second en 2018 sur la proposition concrète, l’AELIES et la CADEUL, les deux associations étudiantes derrière le projet, ont finalement gagné leur pari.

Le LPU est en vigueur depuis la rentrée 2019. Il offre un accès illimité aux services réguliers du Réseau de transport de la capitale (RTC) et de la Société de transport de Lévis, y compris les services de la Société des traversiers du Québec pour les sessions d’automne et d’hiver, pour 30 $ par mois, payés à même la facture scolaire. Cette carte de transport dite « métropolitaine » coûte normalement 108,25 $.

Les associations étudiantes voulaient encourager le déplacement durable, et les sociétés de transport augmenter la part modale des transports publics, surtout dans une région comme Québec où l’utilisation de la voiture est encore bien ancrée dans les mœurs. « Personne ne fait de l’argent là-dedans », laisse tomber Robert Beauregard, vice-recteur exécutif et vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes de l’Université Laval.

En date du 24 septembre, 85 % des étudiants admissibles y avaient adhéré, fait valoir M. Beauregard. Et les demandes pour les vignettes de stationnement ont chuté de 17 %. « C’est le résultat de la démocratie et de la volonté collective, poursuit M. Beauregard. Et les associations étudiantes ont clairement gagné leur référendum. »

L’horaire des classes a aussi été étalé depuis deux ans et demi : 120 cours commencent à 9 heures plutôt qu’à 8 h 30. Une mesure qui laisse plus de place à l’entrée des autobus sur le campus. « 4400 étudiants en moins le matin, ça déplace la pointe du trafic et diminue le goulot d’étranglement à l’entrée du campus », précise M. Beauregard.

En plus de ces initiatives, le programme Mon équilibre UL promeut le transport actif depuis 2012. Casiers sécuritaires pour les vélos, stations de gonflage de pneus, pistes cyclables revues pour assurer une meilleure interconnexion avec celles de la Ville : le campus a été adapté au vélo.

« Depuis plus de 20 ans, on met en place des mesures pour graduellement diminuer le nombre de stationnements pour les véhicules, passant de 16 000 à 12 000 places, en plus d’augmenter le tarif des vignettes », indique Rénald Bergeron, vice-recteur aux affaires externes, à l’international et à la santé.

Les pertes financières sont en partie compensées par l’augmentation du tarif de stationnement, mais l’Université Laval se dit tout de même prête à accepter la baisse de revenus. « On doit être exemplaire », dit-il.

L’UQAM s’active pour la mobilité

En septembre 2017, l’UQAM se lançait dans le projet « Les employeurs s’activent pour la mobilité », instauré par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). L’idée : encourager les entreprises et les institutions à mettre en place des mesures de mobilité durable permettant de réduire l’usage de l’automobile solo.

Deux ans plus tard, les mesures instaurées ont « manifestement » favorisé le transport actif dans le campus, confirme Cynthia Philippe, conseillère en développement durable à l’UQAM.

Le nombre de salles de bain dotées de douches a été augmenté ; des bornes de stationnement pour vélos ont été ajoutées pour atteindre une flotte de plus de 1000 supports ; l’Université a conclu des ententes promotionnelles avec Communauto et Bixi ; elle s’est procuré un véhicule électrique pour la distribution du courrier ; en plus de réaliser une analyse des mesures d’atténuation pour les travaux sur le territoire montréalais, détaille la conseillère.

« Juste en septembre, 9000 personnes se déplaçaient à vélo sur le campus », indique Mme Philippe. Elle note également une augmentation du vélo hivernal. « Nous avons ajouté des supports protégés par une marquise qui accueillent toujours plus de vélos l’hiver. »

L’UQTR encourage la recherche sur le transport actif

En collaboration avec des collègues de l’Institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario et l’Université de la Colombie-Britannique, une équipe de l’UQTR, composée entre autres du doctorant en psychologie Sébastien Blanchette et du professeur au Département des sciences de l’activité physique François Trudeau, s’est penchée sur les déterminants du transport actif.

Ils ont observé les pratiques de transport actif de 1699 élèves avec la contribution de 37 établissements scolaires au total, dont une douzaine d’écoles primaires de la région.

« Grâce aux données amassées, nous avons pu confirmer que la distance entre la maison et l’école est un facteur déterminant, fait valoir Sébastien Blanchette. Ceux qui vivent à moins de 1,6 km de l’école ont plus de chances de s’y rendre à pied ou à vélo. » Les conditions météorologiques, l’autonomie parentale et les politiques scolaires influencent aussi les déplacements, selon lui. « La culture scolaire peut grandement influencer les parents et les élèves à favoriser ce type de transport. »

Par la suite, avec le soutien de Québec en forme, les chercheurs ont réalisé une étude auprès des décideurs du milieu municipal afin d’évaluer leurs connaissances, intentions et actions quant au transport actif. Les résultats, publiés dans le Journal of Transport Health, marquent « les différences entre la perception des dirigeants des milieux ruraux et urbains », explique M. Blanchette. Le sentiment d’efficacité et le nombre d’actions posées sont ce qui se démarque le plus.

Pour Sébastien Blanchette, le rôle des universités est de continuer à innover en matière de recherche sur le transport actif et la mobilité durable. « Chaque étude donne des pistes pour les recherches futures. »

À l’Université de Montréal, le vélo est à l’honneur

En mai 2016, l’Université de Montréal (UdeM) a reçu la certification « Vélosympathique » de Vélo Québec pour les efforts mis en place par sa communauté dans les années précédentes. Dans un rapport de rétroaction, l’organisme recommandait entre autres à l’établissement d’enseignement d’adhérer au Mois du vélo, en mai.

L’UdeM ne croyait toutefois pas que le mois de mai était le meilleur moment de l’année pour faire des activités autour du vélo sur un campus. À l’été 2017, Marilyne Désy, une étudiante en communication à l’UdeM, lançait « Mon campus à vélo » dans le cadre d’un stage d’été au sein de l’Unité du développement durable.

Ainsi, du 23 au 26 septembre dernier, s’est déroulée la troisième semaine « Mon campus à vélo ». Concours, nutrition, défis, conférences, ateliers de réparation, sorties à vélo : l’initiative vise à encourager les étudiants et les membres du personnel à utiliser le vélo pour se déplacer.

Des boursiers carboneutres

Les déplacements aériens des étudiants du Programme canadien de bourses de la Francophonie seront carboneutres. Carbone boréal, le programme de compensation d’émissions de gaz à effet de serre par la plantation d’arbres de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), a compensé les 5 278 642 km aériens parcourus par les boursiers de 2017 et 2018. Ils représentent 634 tonnes de CO2.

 

Quelque 4529 arbres ont été plantés dans le nord du Lac-Saint-Jean. Ils figurent au registre public du mois de janvier 2019.

 

La mission de Carbone boréal est double. En plus de lutter contre les changements climatiques, le programme soutient la recherche sur les enjeux climatiques par le développement de nouvelles connaissances et la formation de personnel.

 

Le PCBF s’est engagé à continuer de compenser les émissions de gaz à effet de serre des déplacements en avion des boursiers de 2019.

 

Et à titre de compensation des activités de 2017 et 2018 du PCBF qui ont engendré des émissions, un chèque de 17 750 $ a été remis par son directeur, Tony Toufic, à celui de Carbone boréal, Claude Villeneuve, biologiste et professeur au Département des sciences fondamentales de l’UQAC.

 

Cette initiative est une première compensation par un programme financé par le gouvernement fédéral pour Carbone boréal. Elle renforce la reconnaissance du programme à l’extérieur du Québec.