Des non-voyants réclament des pancartes électorales plus sécuritaires

Élections Canada ne réglemente pas la hauteur des pancartes ni les lieux où elles sont installées.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Élections Canada ne réglemente pas la hauteur des pancartes ni les lieux où elles sont installées.

Un organisme qui milite pour le droit des personnes en situation de handicap visuel au Québec dénonce les risques de blessures que pose l’emplacement de nombreuses pancartes électorales pour la campagne fédérale.

« On fait très souvent le constat qu’à chaque campagne électorale, peu importe [l’ordre] gouvernemental, les pancartes sont toujours beaucoup trop basses et souvent placées de façon assez dangereuse pour beaucoup de gens, y compris pour nous », explique au Devoir Jérôme Plante, agent de promotion et d’information au Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ). « Ce qui se passe toujours, parce que c’est un classique, c’est qu’une personne qui se promène avec sa canne ou son chien guide devrait détecter la présence du poteau, mais ne détectera pas qu’il y a quelque chose qui dépasse, à hauteur de son visage ou plus bas, et va se prendre la pancarte directement dans le visage ou sur le corps », illustre-t-il. « Ça ne blessera pas de façon importante, mais ça va laisser des marques et ça va aussi causer des blessures d’amour-propre », ajoute-t-il.

 
Photo: Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec Jérôme Plante a été pris en photo devant des pancartes de chacun des principaux partis qui étaient installées à hauteur jugée dangereuse.

Dans la région de Montréal seulement, plus de 27 000 personnes vivaient avec un handicap visuel en 2012, selon les données de l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ).

Hauteur déplorée

Avec l’un de ses collègues, M. Plante est allé se promener dans le quartier où sont situés les bureaux du RAAQ. Ensemble, ils ont pris une série de photos qu’ils ont publiées sur Facebook, le 19 septembre, avec un message dénonçant la « tonne » d’affiches électorales, tous partis confondus. Ils montrent du doigt le fait qu’elles ne seraient pas installées assez haut pour éviter qu’une personne en situation de handicap visuel ne s’y heurte. « Ça mine le sentiment de sécurité qu’on peut avoir dans nos déplacements », déplore M. Plante.

Celui qui est lui-même non voyant explique que son intention est de sensibiliser les bénévoles oeuvrant pour les partis, car ce sont eux qui posent les affiches dans bien des cas. « Ce qu’on nous dit souvent, c’est que les responsables des partis politiques sont au courant qu’il y a des normes par rapport à l’installation des pancartes, par exemple sur la hauteur, mais que l’information ne se rendrait pas toujours à ceux qui les installent », rapporte-t-il.

Ce qu’on nous dit souvent, c’est que les responsables des partis politiques sont au courant qu’il y a des normes par rapport à l’installation des pancartes, par exemple sur la hauteur, mais que l’information ne se rendrait pas toujours à ceux qui les installent

Élections Canada ne réglemente pas la hauteur des pancartes ni les lieux où elles sont installées ; cela relève du municipal. L’article 325 de la Loi électorale du Canada prévoit toutefois que « si la pancarte présente un danger pour la sécurité, les autorités peuvent la retirer sans en informer la personne qui en a autorisé la pose ». L’administration gouvernementale ne fournit toutefois pas plus de détails.

Du côté de la Ville de Montréal, on explique que les règles concernant l’affichage varient selon les arrondissements et relèvent de la responsabilité de ces derniers. Une porte-parole de l’administration municipale, Karla Duval, précise dans un courriel que chaque arrondissement peut régir la construction, l’installation, le maintien, la modification et l’entretien de toute affiche, en vertu de la Charte de la Ville de Montréal. Aucune hauteur minimale n’est toutefois spécifiée.

Photo: Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec

Ainsi, les employés de l’arrondissement concerné pourraient retirer les affiches qui sont jugées « susceptibles de nuire à la sécurité publique, notamment en raison d’une obstruction visuelle dangereuse », ajoute Mme Duval.

Une porte-parole de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, où se situent les pancartes prises en photos par M. Plante, explique de son côté que le retrait d’affiches par le personnel se fait surtout à la suite d’une requête d’un citoyen ou d’un groupe. « C’est sûr que si nos inspecteurs se promènent et remarquent quelque chose, ils vont réagir », précise-t-on. La porte-parole invite d’ailleurs les résidents à signaler la pose d’affiches problématiques au Bureau Accès Montréal de l’arrondissement.

Joints par Le Devoir, le Parti libéral du Canada, le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti populaire du Canada ont indiqué qu’ils avaient fait parvenir des directives à leurs équipes sur le terrain pour une pose d’affiches sécuritaire.

Le Parti conservateur du Canada n’avait quant à lui pas répondu au moment où ces lignes étaient écrites.