Mina Mekhail: entre chercheur et entrepreneur

Catherine Couturier Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Baccalauréat en génie biologique, maîtrise et doctorat en génie biomédical, postdoctorat à l’Université McGill… Mina Mekhail avait tout pour réussir dans le monde universitaire. Mais c’est plutôt l’entrepreneuriat qui a piqué sa curiosité.

Mina Mekhail a toujours été attiré par la recherche appliquée. Déjà après sa maîtrise à l’Université de Western Ontario, il pense à faire le saut en industrie, mais en pleine récession et devant le peu d’ouverture, il décide de poursuivre au doctorat à l’Université McGill. C’est là qu’il se frottera pour la première fois à l’entrepreneuriat, alors qu’il fonde une petite compagnie de mentorat et de soutien scolaire pour les étudiants du secondaire.

« Je me suis toujours demandé pourquoi j’étais si attiré par l’entrepreneuriat, d’autant que je n’y ai jamais été exposé en grandissant », raconte Mina Mekhail. Mais le plaisir et le sentiment d’accomplissement de construire quelque chose à partir de zéro le mènent finalement à prendre cette voie. « Je suis un bâtisseur. J’ai fait ça après la fin de mes études en tant que chargé de projet à l’hôpital Shriners, où j’ai mis sur pied dix projets innovateurs à l’hôpital », relate M. Mekhail. Depuis deux ans, il innove pour son propre bébé, Impact santé recherche & développement, qu’il a cofondé avec Laila Benameur, également issue du milieu universitaire. Après s’être intéressé aux nouveaux matériaux dans le domaine de la santé, Mina Mekhail travaille maintenant à développer un emballage compostable pour le poisson, qui en plus prolongerait sa durée de conservation. Une initiative soutenue par le programme District 3.

De chercheur à entrepreneur

L’entrepreneuriat et la recherche universitaire, deux mondes à part ? Pas autant qu’on pourrait le croire. « On peut transférer plusieurs compétences qu’on apprend en laboratoire dans l’entrepreneuriat », observe M. Mekhail. La persévérance jusqu’à la résolution d’un problème, le travail acharné, la patience, la pensée analytique (découper la problématique en plusieurs étapes) sont tout aussi essentiels dans l’obtention d’un doctorat que lorsqu’on veut lancer sa propre entreprise !

« La principale différence toutefois par rapport au monde universitaire est la validation auprès du marché », souligne Mina Mekhail. En effet : alors que le succès dans la recherche universitaire se mesure en publications et en subventions, l’entrepreneur doit prendre en considération plusieurs autres facteurs pour que son idée soit commercialisable, comme le coût de fabrication, le prix de vente ou la réponse à un besoin

« Le monde universitaire pourrait vraiment apprendre de l’entrepreneuriat », soutient M. Mekhail. « Bien évidemment, la recherche fondamentale doit absolument être financée », précise-t-il. Mais dans le domaine de la recherche appliquée, l’entrepreneur croit que les universitaires devraient s’inspirer du milieu des affaires, en s’associant avec des partenaires pour vérifier le potentiel d’une idée à véritablement aboutir sur le marché. « Ultimement, c’est la meilleure façon d’utiliser l’argent public », affirme-t-il.

Acquérir les compétences pour les affaires

Peu de ressources existent pour guider les doctorants et les jeunes chercheurs qui voudraient développer leur côté affaires. Le centre d’innovation District 3 de l’Université Concordia et le nouveau programme QcSe émanant de la collaboration de ce dernier et des Fonds de recherche du Québec sont de bons pas dans cette direction. « District 3 a été fondamental dans notre succès », assure le cofondateur de la jeune pousse. Le programme leur a entre autres permis de tester leur plan d’affaires auprès de 100 personnes du milieu, et d’apporter des changements à leur futur produit. Ainsi, l’aérosol pour augmenter la durée de vie des fruits et légumes s’est transformé en aérosol pour améliorer la durée de conservation du poisson frais, un aliment beaucoup plus cher et fragile. Or, vaporiser un produit sur un aliment oblige le fabricant à ajouter celui-ci sur la liste des ingrédients, un frein pour le client qui ne veut que du poisson… dans son poisson. Les chercheurs-entrepreneurs se sont finalement tournés vers un emballage pour le poisson frais qui, en plus de prolonger sa fraîcheur, sera compostable, contribuant à réduire l’utilisation du plastique.

La confrontation avec la réalité du marché permet donc d’être plus créatif, croit Mina Mekhail : « on n’a pas le choix de sortir des sentiers battus pour réussir à faire un produit avec x contraintes ». Devant les délais serrés qu’impose le rythme des affaires, le jeune entrepreneur doit pousser les tests et s’adapter continuellement pour obtenir un produit viable.

Après avoir plongé dans le monde des affaires, un retour vers le milieu universitaire est-il envisageable ? « Si jamais j’y retourne, c’est clair que je vais apporter la façon de penser d’un entrepreneur, pour résoudre de vrais problèmes », assure Mina Mekhail.