Que feront les partis pour la recherche fondamentale?

Mélanie Gagné Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À quelques semaines des élections, les principaux syndicats des milieux de l’éducation postsecondaire, de la recherche et de la science demandent aux partis politiques de prendre des engagements au sujet du financement de la recherche fondamentale canadienne.

À la suite du dépôt en 2 017 du rapport Naylor produit par le Comité consultatif sur la science fondamentale, le gouvernement du Canada a investi des sommes importantes dans la recherche fondamentale. Ces investissements sont néanmoins inférieurs au niveau de financement recommandé.

Discussion avec Richard Bousquet, vice-président, regroupement université, de la Fédération des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

Quel fut l’impact des 10 années du régime Harper sur la recherche ?

D’abord, il a effectué des coupes dans les budgets, puis il a orienté les budgets. On a vu apparaître sous Harper beaucoup moins de libertés académiques et beaucoup plus de commandes. Les projets de recherche étaient acceptés dans la mesure où ils servaient l’industrie, le secteur économique, et les recherches en environnement étaient beaucoup moins acceptées. C’était beaucoup plus dirigé. En sabrant les budgets et en orientant les budgets qui restent vers des secteurs que le gouvernement jugeait prioritaires, c’est sûr que ça a fait très mal à la recherche fondamentale.

Le changement de gouvernement en 2015 a-t-il été une bonne chose pour les fonds de recherche ? Les libéraux ont-ils été à la hauteur des attentes ?

Ça a été un changement pour le mieux, mais il reste que ce qui a été fait par les libéraux est encore insuffisant. Selon le rapport Naylor, c’est ça qu’ils mettent en avant, c’est-à-dire qu’il y a eu des investissements importants du gouvernement libéral, mais les cibles que le Comité consultatif sur la science fondamentale établit ne sont pas atteintes. Les coupes des conservateurs n’ont pas été entièrement comblées. Il y a encore un bout de chemin à faire. C’est d’ailleurs pour cela que la plupart des syndicats vont profiter de la campagne électorale pour questionner les partis. L’objectif qu’on a tous est d’avoir plus de financement dans les fonds de recherche pour pouvoir atteindre un certain seuil afin de moins vivre la concurrence entre rétablissements et la concurrence entre les profs, chargés de cours, professionnels de la recherche. Parce qu’en ce moment, le fait que la tarte ne soit pas assez grosse pour combler les besoins fait qu’il y a une concurrence qui n’est pas saine.

Et il y a une question de déséquilibre du financement pour la recherche appliquée ; il y a encore des problèmes. Le gouvernement cible encore des besoins commerciaux, des besoins en développement économique. C’est mieux que sous Harper, mais ce n’est pas encore tout à fait réglé. Il y a aussi l’incursion des entreprises privées dans le milieu de la recherche qui est problématique.

Qu’est-ce que vous revendiquez à quelques semaines du scrutin ?

On veut que les partis se prononcent sur ce qu’ils vont faire avec le financement de la recherche. Ce n’est pas un sujet très sexy dans la campagne électorale. C’est sûr que ce n’est pas avec ce sujet-là qu’ils vont amasser le plus de votes. Mais il reste qu’il faut que les partis se prononcent. Si les conservateurs prenaient le pouvoir avec les mêmes visées que sous Harper, ce serait un désastre environnemental, entre autres. Sous le gouvernement Harper, la recherche en environnement a été complètement « scrappée ».

À la FNEEQ, nous voulons faire reconnaître l’apport des chargés de cours en recherche d’une part, et modifier le système de financement d’autre part. Nos contrats sont signés pour une session ou deux, souvent renouvelés. Mais pour recevoir un financement, il faut avoir de la visibilité sur deux ou trois ans. Quoi qu’il en soit, un meilleur financement des recherches des chargés de cours passe avant tout par un meilleur financement des fonds de recherche eux-mêmes. Donc, le premier objectif est de faire augmenter les fonds de recherche.

Qui sont vos alliés ?

Il y a la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université, entre autres, la FQPPU. Il y a aussi l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (CAUT). Les deux organismes profitent aussi de la campagne électorale pour revendiquer plus de fonds de recherche. On travaille avec eux sur cet objectif-là. Nous, on regroupe 12 syndicats de chargés de cours.

Le manque de financement appauvrit-il beaucoup le Canada en matière de recherche et de savoir ?

Oui, et ça nuit à l’ensemble de la société. La recherche en environnement, c’est pour l’ensemble de la société ; la recherche en santé, c’est pour l’ensemble de la société. La majorité des projets de recherche, c’est pour améliorer le sort de la société.