Sur la Côte-Nord et plus loin encore

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
La plage de la Pointe-aux-Outardes, dans la péninsule de Manicouagan, sur la Côte-Nord. En février 2018, le gouvernement libéral avait annoncé un investissement «de plus de 32 millions de dollars» pour valoriser l’innovation et stimuler la croissance économique de la région.
Photo: Getty Images La plage de la Pointe-aux-Outardes, dans la péninsule de Manicouagan, sur la Côte-Nord. En février 2018, le gouvernement libéral avait annoncé un investissement «de plus de 32 millions de dollars» pour valoriser l’innovation et stimuler la croissance économique de la région.

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Le cégep de Sept-Îles a mis en place en 2017 le Centre d’entrepreneuriat et de valorisation des innovations (CEVI), dans la perspective d’une extension de ses activités de recherche, puis pour stimuler la croissance et l’autodétermination économiques de la Côte-Nord.

Un entrepreneur de la région travaillant dans l’industrie métallurgique, appelé à manipuler et à déplacer des produits lourds et tranchants, considérait que sa sécurité était en jeu. Il souhaitait commercialiser « un petit gadget » pour protéger ses mains sans qu’elles perdent contact avec la matière. Un produit pratique et demandé, « parce qu’il y a beaucoup d’entreprises de métal sur la Côte-Nord », laisse tomber le directeur du CEVI, Hussein Ibrahim.

Après deux mois d’accompagnement par le CEVI, d’évolution, de tests de sécurité, de perfectionnement du design et de maturation technologique, le produit se dirige vers la mise en marché.

Ce qui distingue ce jeune incubateur de ses semblables : sa double mission, en entrepreneuriat et en innovation.

Le CEVI mène des projets d’incubation d’entreprises en lien avec le concept d’industrie 4.0 — la quatrième révolution industrielle — et gère un Centre d’excellence sur l’intelligence et la performance des systèmes industriels, le I-Prysme, reconnu par le ministère de l’Économie et de l’Innovation. Il accompagne des entreprises de la Côte-Nord, mais également de la région de Montréal et d’ailleurs au Québec.

La Côte-Nord est une région très vaste, fait valoir M. Ibrahim. Il est ainsi nécessaire de stimuler l’innovation et l’entrepreneuriat sur le territoire. Depuis la création du CEVI, une vingtaine d’entreprises ont bénéficié de son expertise, de formation, de financement et d’accompagnement d’affaires, et ce, « malgré les difficultés », lance M. Ibrahim.

En février 2018, le gouvernement libéral annonçait un investissement « de plus de 32 millions de dollars sur quatre ans » pour soutenir la création et la mise en œuvre de 18 pôles régionaux d’innovation, puis d’un réseau national. Un montant maximal de 400 000 $ par année par pôle y aurait été consacré.

Les MRC de la Côte-Nord s’étaient entendues pour confier au CEVI de Sept-Îles la direction de ce pôle régional d’innovation.

Or, en mai dernier, la ministre déléguée au Développement économique régional de la Coalition avenir Québec, Marie-Ève Proulx, signifiait la fin du Réseau national des pôles régionaux d’innovation. Les 18 régions auront tout de même droit aux dollars promis. « Chacun est assez expert de sa région pour développer son propre modèle », avait affirmé la ministre.

Mais jusqu’à présent, le CEVI « n’a rien reçu de cet argent », signale M. Ibrahim.

Alors que les programmes de subventions favorisent les demandeurs ayant de larges portfolios, cette enveloppe aurait pu assurer les activités du centre pour les quatre prochaines années, croit le directeur. « On est en compétition avec de grands incubateurs de Montréal, Québec ou Sherbrooke qui n’ont pas nécessairement besoin de 400 000 $ par année, comparativement à la Côte-Nord. On prévoyait l’embauche de trois ressources. Ça nourrit trois familles dans la région. »

M. Ibrahim précise que le financement promis par la CAQ doit être utilisé pour des projets bien définis même si l’idée de départ des pôles régionaux d’innovation était de susciter le partage et la créativité, sans pression, grâce à des espaces de travail partagés, à un accès à des infrastructures de recherche déjà existantes ou à des activités de réseautage.

Un centre « proactif »

Malgré « les difficultés », donc, Hussein Ibrahim estime que le CEVI « n’est pas du type à rester les bras croisés ». « On présente des demandes partout où on peut récolter du financement. On va aller cogner à la porte du fédéral avec Développement économique Canada. On a une structure, une équipe, des bureaux », illustre-t-il.

Le taux de croissance du centre est élevé selon le directeur, qui considère que le CEVI « a déjà contribué largement » au développement économique de la région. Son équipe est passée de trois personnes la première année à six la deuxième. « Le ministère de l’Économie et de l’Innovation nous prend comme modèle, dit-il. Le bureau régional du ministère nous cite comme exemple pour stimuler d’autres régions. »

Le CEVI a été lancé grâce à une subvention de 225 000 $ sur deux ans dans le cadre du programme Startup Québec du ministère de l’Économie et de l’Innovation. « Avec une petite subvention, on a créé une entité qui rayonne dans la région, au Québec, et même à l’international », indique M. Ibrahim.

L’an dernier, le centre prenait part à une mission de transfert technologique en France.

« On était accompagnés par six entreprises de la Côte-Nord, dont l’aluminerie Alouette de Sept-Îles. On était la plus grande délégation. On est revenus avec plusieurs projets sur les rails », poursuit le directeur.