Une formation accélérée pour pallier la pénurie d'enseignants

L’Institut du Québec déplore l’absence de planification au ministère de l’Éducation.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’Institut du Québec déplore l’absence de planification au ministère de l’Éducation.

Pour venir à bout de l’importante pénurie d’enseignants et pour valoriser cette profession mal aimée, Québec doit créer un programme de maîtrise accélérée de 12 mois menant à un brevet d’enseignement au secondaire.

Cette proposition est inspirée des meilleurs systèmes scolaires dans le monde — ceux de Singapour, de la Finlande, des Pays-Bas et de l’Ontario —, fait valoir l’Institut du Québec dans une nouvelle étude obtenue par Le Devoir. Les chercheurs de l’Institut recommandent aussi de mieux encadrer les jeunes enseignants, pour éviter qu’ils désertent la profession, et constatent un manque de vision et de planification du ministère de l’Éducation.

« Notre étude porte sur la qualité de l’enseignement, parce que la recherche démontre que c’est le facteur le plus important dans la réussite des élèves », dit Mia Homsy, directrice générale de l’Institut du Québec.

« Lorsqu’il est question de la performance des élèves en lecture et en mathématiques, l’impact des enseignants s’avère deux à trois fois plus important que tout autre facteur scolaire. Les enseignants font une différence plus importante que les écoles, et leur impact est particulièrement prononcé dans le cas des élèves issus de milieux défavorisés », précise le rapport de 40 pages, qui sera dévoilé mercredi.

D’abord un premier diplôme

Les pays les plus « performants » en éducation forment des profs qui ont d’abord un diplôme universitaire dans une discipline enseignée au secondaire (français, mathématiques, histoire, et ainsi de suite), explique l’étude. Ces enseignants ayant une base solide dans leur domaine obtiennent leur brevet après avoir fait une maîtrise en éducation qui leur donne des compétences en pédagogie.

Le Québec offre une « maîtrise qualifiante » qui permet aux gens détenant un baccalauréat d’enseigner leur discipline au secondaire, mais cette formation dure une éternité — généralement quatre années à temps partiel, déplorent les chercheurs de l’Institut du Québec. La voie normale pour accéder à la profession est le baccalauréat de quatre ans en enseignement, assorti de quatre stages totalisant 700 heures.

« La mise en place d’une maîtrise de 12 mois offerte aux diplômés universitaires permettrait d’attirer davantage de candidats. Ça aiderait à lutter contre la pénurie d’enseignants, qui va s’aggraver au secondaire dans les prochaines années », souligne Mia Homsy.

Remplacements d’urgence

Le manque de suppléants donne des maux de tête aux gestionnaires scolaires, rappelle l’Institut du Québec. Le recours aux « remplacements d’urgence » — qui consiste à demander à un enseignant permanent d’effectuer un remplacement de courte durée dans une autre classe de la même école — a bondi depuis trois ans : à la Commission scolaire de Laval, le nombre de périodes de dépannage a bondi de 317 à 2812 entre l’année 2015-2016 et le 31 mai 2019 (une augmentation de 787 %). À la Commission scolaire de Montréal, le nombre d’heures de dépannage a presque doublé au cours de la même période, en passant de 6700 heures à plus de 12 000 heures.

Les auteurs de l’étude déplorent aussi le manque de suivi et de planification du ministère de l’Éducation au sujet de la qualité des programmes. « Le ministère ne semble pas assumer son rôle et lance la balle aux commissions scolaires. Ça fait un an et demi qu’on essaie de savoir combien il manque d’enseignants ! On gère à vue, sans évaluation des principaux programmes », dit Mia Homsy.