Le nouveau campus «modèle» de l’UdeM

Nouveau campus UdeM, complexe des sciences
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nouveau campus UdeM, complexe des sciences

Le plus important chantier universitaire du pays accueille cette semaine ses premiers étudiants. Le nouveau campus de l’Université de Montréal (UdeM), établi sur le site de l’ancienne gare de triage du Canadien Pacifique à Outremont, est un véritable cadeau du ciel pour les 2000 étudiants et 400 membres du personnel qui peupleront l’endroit. Le projet vient cependant bouleverser le quartier Parc-Extension, un des plus défavorisés de l’île, où la hausse des coûts de logement donne des maux de tête aux locataires.

L’immense terrain vague qui formait un trou au centre de l’île de Montréal, depuis la fermeture de la gare ferroviaire en 2008, est en train de devenir un nouveau quartier. La première phase du projet a été livrée à temps (tout juste deux semaines de retard) et dans les budgets prévus — 348,5 millions de dollars pour les deux pavillons et 120 millions pour la préparation des terrains. Le quartier logera le Complexe des sciences, 1300 logements, une place publique et trois grands parcs,

Les deux bâtiments tout neufs formant le Complexe des sciences ont fière allure. C’est lumineux, c’est vaste, c’est aéré. « Je ne suis pas juste contente, je suis comblée ! C’est comme un deuxième début de carrière », dit Andreea Schmitzer, vice-doyenne associée à la Faculté des arts et des sciences.

Elle nous fait visiter le Complexe des sciences, qui regroupe les départements de chimie, de physique, de sciences biologiques et de géographie. Cette prof de chimie a fait partie d’un comité chargé de « rêver » les futurs pavillons. « Le résultat est fidèle au rêve », explique-t-elle : près de 200 laboratoires, 11 salles de cours et de vastes espaces conçus pour que les gens se croisent, se parlent et élaborent des projets de recherche communs.

« On a aménagé des lieux pour provoquer les rencontres entre disciplines : les collaborations naissent autour de la machine à café », dit Andreea Schmitzer.

Le déménagement a permis d’ajouter des équipements de pointe, comme les spectromètres du laboratoire de chimie analytique ou la soufflerie du département de géographie, qui permet de recréer des vents provoquant l’érosion dans le désert.

Gentrification

Le nouveau campus est un rêve pour la communauté universitaire, mais un cauchemar pour bien des résidents de Parc-Extension. Les organismes communautaires du quartier déplorent depuis des mois les effets indésirables de ce quartier naissant : l’arrivée de 2000 étudiants, 200 profs et autant de membres du personnel aggrave la « gentrification » du quartier.

« Nos loyers augmentent en flèche, le nombre d’évictions aussi, et les propriétaires ne cachent même pas que c’est pour pouvoir loger les nouveaux étudiants. Des entreprises de longue date, qui embauchaient la main-d’oeuvre du quartier, se font remplacer par des projets de condos », écrit Sasha Dyck, résidant du quartier, dans une lettre au Devoir.

« Un quartier comme le nôtre, avec un taux de pauvreté, d’insalubrité du logement, d’instabilité résidentielle, de sous-emploi et de diversité ethnoculturelle parmi les plus élevés au pays, ne fait pas le poids contre une institution si branchée politiquement », ajoute-t-il.

La Ville et l’UdeM sont « bien conscients » de la gentrification de Parc-Extension, mais disent avoir mis en place une série de mesures pour apaiser les effets négatifs du campus. La Ville s’est engagée à faire construire 225 logements sociaux dans les quartiers voisins du campus, notamment dans Parc-Extension, souligne Louis-Henri Bourque, chef de division au Service de l’urbanisme et de la mobilité de la Ville de Montréal.

Pas moins de 1300 logements, dont 30 % de type « sociaux » ou « abordables », seront construits dans le campus d’ici une vingtaine d’années, ajoute Marion Demare, urbaniste chargée de projet à la Ville.

L’Université a aussi créé des liens avec Parc-Extension, rappelle Geneviève O’Meara, responsable des communications à l’UdeM. La clinique L’Extension, fondée par une professeure de la Faculté des sciences de l’éducation, offre de l’aide aux élèves en difficulté du quartier. La Faculté de médecine dentaire et l’École d’optométrie ont ajouté des services, et la clinique doit déménager dans les prochaines semaines à deux pas du campus, près de la station de métro L’Acadie.

L’UdeM prête aussi un vaste terrain pour des projets communautaires éphémères — potagers, ruches, café, lieu de spectacle, etc. « On a pris le pari que cette ouverture-là envers le quartier allait diminuer certains impacts plus négatifs de notre arrivée », dit Geneviève O’Meara.

Métro et vélo

Le projet se veut un modèle de développement durable, fait valoir l’urbaniste Pierre St-Cyr, consultant pour l’UdeM. Le campus n’offre à l’heure actuelle que 100 places de stationnement. « Le stationnement va être limité […] Pour les universités, c’est souvent tentant de faire des stationnements souterrains. À la Faculté d’aménagement, c’est 20 $ par jour. On a dû dire à nos étudiants, à nos travailleurs et à nos chercheurs, sans faire de jeu de mots, vous allez en chercher des cases de stationnement si vous vous obstinez à venir travailler en voiture. Il y a des résistances au changement, mais on a un discours de développement durable, on va poser des gestes de développement durable », dit-il.

À peine un cinquième des profs ou étudiants prévoient de se rendre au campus en voiture (parfois en covoiturage ou avec le recours occasionnel aux transports collectifs). Les autres iront en transports en commun (64 %), à pied (12 %) ou à vélo (3 %).

Il n’y a aucun espace de stationnement le long de la principale artère du quartier, l’avenue Thérèse-Lavoie-Roux. On trouve plutôt deux pistes cyclables unidirectionnelles surélevées et d’une largeur de 2,5 mètres — la norme est de 1,8 mètre. Au moment de notre passage, le stationnement pour vélos était rempli.

Les cyclistes sont toutefois déçus que la passerelle entre le campus et Parc-Extension soit réservée aux piétons. « Les cyclistes sont les bienvenus, mais ils doivent marcher à côté de leur vélo », dit l’urbaniste Louis-Henri Bourque. Les vélos pourront emprunter les deux passages à niveau (pour piétons et cyclistes) qui seront implantés près de là, souligne-t-il.