Se bâtir en tant qu’humain en construisant des robots

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Robotique Marcelline, un groupe exclusivement féminin, existe depuis 2012.
Photo: Collège Sainte-Marcelline Robotique Marcelline, un groupe exclusivement féminin, existe depuis 2012.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« La robotique ne nous quittera jamais ! » C’est ce que le professeur Joseph El-Helou se fait dire constamment par les étudiantes qui joignent son groupe de robotique au collège Sainte-Marcelline. Cette expérience a une incidence positive sur la suite de leur vie et sur leur carrière.

En plus de convaincre ses élèves que la robotique n’est pas genrée, que les filles sont capables de programmer et de construire des robots très performants, M. El-Helou, responsable et fondateur de Robotique Marcelline, leur fait également voir que la science est partout, à l’aide d’une approche humaine et ancrée dans le quotidien.

« Faire de la science dans les livres, c’est une chose. Faire de la science avec les mains, avec la tête, en explorant, c’est là qu’elle prend sa vraie place. Dans les projets de science que nous faisons ici, au collège, ce sont des projets inspirés de la réalité qui poussent les élèves à travailler en équipe », explique le professeur, originaire du Liban. M. El-Helou, physicien de formation, enseigne les sciences depuis 25 ans et depuis 15 ans au Canada, au collège Sainte-Marcelline.

Photo: Collège Sainte-Marcelline

Robotique Marcelline, un groupe exclusivement féminin, existe depuis 2012 et ne cesse d’impressionner les gens du milieu. Le groupe participe à des compétitions nationales de robotique et a remporté de nombreux prix, dont une première place cette année et l’an dernier à Robotique CRC, « la meilleure compétition de robotique au monde », affirme Joseph El-Helou. Le groupe prend aussi part à des compétitions VEX.

Au collège Sainte-Marcelline, la programmation fait partie des cours obligatoires en quatrième secondaire. Les élèves font également des dessins, effectuent des impressions 3D, apprennent le fonctionnement d’un circuit électrique. Les étudiantes ont la chance d’expérimenter plusieurs tâches qui concernent la robotique. « À mon avis, c’est unique. Je ne connais pas un autre collège qui fait ce que nous faisons ici », note M. El-Helou.

Au Liban, le professeur El-Helou travaillait avec des garçons. Au Canada, son expérience avec un groupe féminin lui a permis de remarquer qu’il existe une différence notable dans la façon de faire des garçons et des filles : « Les filles font mieux de la robotique. Elles sont méthodiques, elles se prennent mieux en charge, elles sont méticuleuses, elles portent attention à la finition. En général, les garçons sont plus brouillons. La robotique aime la rigueur. »

Un bagage pour la vie

En plus d’acquérir des compétences en science, les membres de Robotique Marcelline développent de nombreux talents et des qualités humaines. « Espérer ne fonctionne pas en robotique. Tu dois garantir que le robot va fonctionner. La robotique aide les élèves à découvrir leurs limites et leur résilience. Le travail est tellement exigeant, les élèves doivent être présentes, elles doivent bien communiquer avec les autres, la gestion des émotions devient aussi une priorité pour bien faire les choses. On ne peut pas lâcher et partir. Parfois, le robot ne fonctionne pas et tu dois recommencer après trois semaines de travail. Comment on devient après ça ? On devient fort, on devient humble », fait valoir M. El-Helou.

Photo: Collège Sainte-Marcelline

Yviane Lo-Lu est membre de Robotique Marcelline depuis 2018. L’étudiante trouve important que les filles s’intéressent aux sciences. « En compétition, il y a majoritairement des garçons, mais la robotique n’est vraiment pas seulement pour les garçons. On a une perspective différente des garçons, donc on a une façon de travailler qui est différente. On se complète. Dans le domaine de l’ingénierie, il faut qu’il y ait des femmes et des hommes parce que, sinon, ça ne marche pas, parce que l’ingénierie, c’est pour la société des hommes et des femmes. Il faut un équilibre de femmes et d’hommes. On se complète», soutient-elle.

Yviane veut poursuivre des études en médecine. Elle dit que la robotique lui a permis de développer des compétences qui vont lui servir dans sa future carrière : « J’ai appris à bien travailler en équipe, à me discipliner, à bien gérer mon temps, à m’organiser et à ne pas hésiter à demander de l’aide. Et puis, en travaillant fort sur des projets, de longues heures, même en soirée, on voit le pire de chaque fille et, à la fin, on survit ! ».