L’Université de Montréal encore parmi les 100 meilleures au monde

L’université anglophone montréalaise se situe au 42e rang mondial (en hausse de deux points par rapport à l’an dernier), tandis que l’Université de Montréal (notre photo) a gagné cinq points, au 85e rang.
Photo: Dan Prat / Getty Images L’université anglophone montréalaise se situe au 42e rang mondial (en hausse de deux points par rapport à l’an dernier), tandis que l’Université de Montréal (notre photo) a gagné cinq points, au 85e rang.

Cinq universités dites « d’élite » du Canada, dont deux ont pignon sur rue à Montréal, se maintiennent parmi les 100 meilleures du monde, selon un classement publié ce mercredi. La valeur de tels palmarès des universités est cependant mise en doute par des chercheurs qui constatent une « marchandisation » de l’enseignement supérieur.

 

Commençons par les fleurs : l’Université McGill et l’Université de Montréal figurent toujours parmi les plus hauts lieux du savoir sur la planète, selon le classement annuel établi par le magazine britannique Times Higher Education. L’université anglophone montréalaise se situe au 42e rang mondial (en hausse de deux points par rapport à l’an dernier), tandis que l’Université de Montréal a gagné cinq points, au 85e rang.

 

L’Université de Toronto reste la mieux classée au pays, au 18e rang. L’Université de Colombie-Britannique (34e) et l’Université McMaster (72e) restent dans les 100 premières au monde.

 

Pour établir ce classement, le magazine mise sur cinq critères : la qualité perçue de l’enseignement et de la recherche, l’influence des chercheurs sur la communauté scientifique, la portée internationale de l’établissement et le transfert de connaissances vers les entreprises.

 

Les experts britanniques tiennent compte du financement public et privé de chaque établissement, de leurs infrastructures d’enseignement et de recherche, du nombre de citations des chercheurs dans des revues savantes, du nombre d’étudiants au doctorat par rapport aux étudiants de premier cycle, du nombre de professeurs et d’étudiants étrangers... Le palmarès est aussi établi d’après un sondage ayant mesuré les perceptions de 21 000 professeurs issus de 1396 universités dans 92 pays.

 

Un effet certain

 

Malgré leurs « imperfections », ces classements internationaux ont une valeur inestimable pour les établissements qui figurent en bonne position, explique Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal (UdeM). Il admet avoir poussé un soupir de soulagement en apprenant que l’UdeM reste dans le club sélect des 100 premières au monde.

 

« Les étudiants internationaux regardent ça. Ça nous permet de recruter de meilleurs étudiants, de meilleurs profs, et d’avoir de meilleurs programmes. Ça fait boule de neige », dit-il.

 

Le marché de l’enseignement supérieur est plus que jamais international. Les universités québécoises doivent se mesurer à celles du monde entier pour attirer des profs et des étudiants, souligne Guy Breton.

 

Or, les établissements d’ici se battent à armes inégales contre les géants que sont Oxford (numéro un au monde), Cambridge, Harvard, Princeton, Yale, et les universités en pleine croissance d’Asie, surtout de la Chine. « L’Asie monte de façon importante, pour ne pas dire inquiétante, dit le recteur de l’UdeM. Il faut être conscients que les pays d’Asie mettent des sommes phénoménales pour soutenir les universités. Les Chinois sont capables d’aller chercher des profs en Occident. »

 

Malgré les réinvestissements du gouvernement en enseignement supérieur, le financement par étudiant reste à un niveau comparable à celui de l’année 2012, rappelle Guy Breton. Les maternelles 4 ans attirant toute l’attention du monde de l’éducation, « on ne parle pratiquement pas des universités », déplore-t-il.

 

Effets pervers

 

L’UdeM a d’autant plus de mérite qu’elle est une université généraliste et de langue française, un désavantage quand on sait que les chercheurs publiant en anglais sont beaucoup plus cités dans les revues savantes, souligne aussi Guy Breton.

 

La recherche publiée aux États-Unis est citée entre 20 % et 25 % plus souvent qu’ailleurs dans le monde, parce que les Américains se citent entre eux, explique Vincent Larivière, professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l’Université de Montréal. Les Américains obtiennent ainsi une « prime à la citation » qui pèse lourd dans les classements internationaux. C’est un des effets pervers des palmarès comme celui établi par Times Higher Education, souligne le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante.

 

Il est plausible de penser que des professeurs cherchent à publier des articles dans des revues américaines pour obtenir de meilleures cotes de citation, estime Vincent Larivière. Ce phénomène a un effet sur les sujets étudiés : « Si vous publiez aux États-Unis, il est possible que votre recherche porte sur la Réserve fédérale américaine et non sur la Banque du Canada, illustre-t-il. Implicitement, le message est : arrêtez de travailler sur le Québec parce que ça intéresse moins de monde. »

 

Vincent Larivière voit aussi une apparence de conflit d’intérêts dans ce genre de palmarès des universités. Le magazine Times Higher Education, par exemple, a été acquis en mars 2019 par la société de capital et d’investissements Inflexion, établie à Londres. Le magazine vend non seulement de l’information sur l’enseignement supérieur, mais aussi des données, de l’analyse et organise des événements, selon le site Web de l’entreprise.

 

« Tu crées un classement et ensuite tu vends du conseil pour que ton université augmente de position dans ce classement », résume le professeur.

 

« C’est un symptôme de la marchandisation et de la capitalisation de l’enseignement supérieur », ajoute-t-il.

 

David Robinson, directeur général de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université, prend ce type de palmarès « avec un grain de sel ». « Si j’étais un étudiant, je ne m’occuperais pas des classements des universités, dit-il. Je chercherais un programme qui convient à mes besoins. Certains étudiants préfèrent un petit programme, avec moins d’étudiants par classe, dans une région près de chez eux. Le réseau de l’Université du Québec, par exemple, n’est pas dans les premières places au classement, mais joue un rôle crucial dans les régions. Il donne accès à des études supérieures à des étudiants de première génération qui n’y auraient peut-être pas accès autrement. »