L’éducation aux adultes, parent pauvre du système

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Selon la vice-présidente de la CSQ, les besoins des élèves en alphabétisation sont différents d’un individu à l’autre.
Photo: iStockphoto Selon la vice-présidente de la CSQ, les besoins des élèves en alphabétisation sont différents d’un individu à l’autre.

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Au Québec, les personnes inscrites en alphabétisation fréquentent des centres qui font partie de l’éducation aux adultes, un secteur où les budgets ne sont pas toujours transparents : « On ne connaît pas toujours exactement les sommes consacrées à l’alphabétisation puisque les enveloppes peuvent être pensées à la discrétion des commissions scolaires », précise Brigitte Bilodeau, vice-présidente à la CSQ (Centrale des syndicats du Québec). Pourtant, un financement adéquat et réservé à cette fin aurait une grande importance pour les 8736 élèves en alphabétisation qui sont, pour plusieurs, des jeunes qui arrivent avec de multiples problèmes.

Dans l’attente de cet engagement de la part du gouvernement, « on commence toutefois à voir certains changements », explique la vice-présidente de la CSQ, qui ajoute que « 2 millions de dollars supplémentaires ont été octroyés aux SARCA ». Les SARCA sont des services d’accueil, de référence, de conseil et d’accompagnement mis sur pied par le ministère de l’Éducation pour favoriser la persévérance et la réussite scolaires des personnes de 16 ans et plus. Il y a aussi 4 millions de dollars qui seront ajoutés à la mesure « Accroche-toi », qui vise les élèves ayant des besoin particuliers à la formation générale des adultes. Ce qui encourage Brigitte Bilodeau avec cette mesure, c’est que chacune des commissions scolaires recevra un montant de base de 80 000 $. « On peut penser que cette mesure qui s’adresse aux élèves ayant des besoins particuliers bénéficiera à de nombreux élèves en alphabétisation », ajoute-t-elle. Actuellement, 8736 élèves sont inscrits en alphabétisation sur un total de 190 000 élèves à la formation générale des adultes. Parmi eux se trouvent des gens qui ont quittél’école depuis longtemps et des jeunes qui ont décroché avant d’avoir obtenu un diplôme et qui montrent des retards importants.

Manque criant de services

Traditionnellement, il y a très peu de services aux élèves à besoins particuliers à l’éducation aux adultes. « Pendant des années, peu ou pas de ressources ont été allouées aux psychologues, aux travailleurs sociaux ou encore aux orthopédagogues, affirme Brigitte Bilodeau. Ça commence tout juste à changer, mais c’est encore nettement insuffisant pour répondre aux besoins de cette clientèle. »

Pour maintenir ces élèves dans un parcours de raccrochage, il est primordial de leur fournir un accompagnement individuel, ajoute-t-elle. « Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre comme celui que l’on connaît, ce serait intéressant que ces personnes puissent être accompagnées et qu’elles puissent aller chercher une formation qui les autorisera à intégrer ensuite la vie active et à contribuer à la société », affirme la vice-présidente.

« Dans un sens, il en va de notre responsabilité sociale : on a le devoir d’offrir à ces élèves des services qui leur permettent d’aller au bout de leur potentiel, conclut Brigitte Bilodeau. On entend souvent dire que le système d’éducation devrait permettre aux élèves d’atteindre leur plein potentiel : pour faire progresser les élèves en alphabétisation, il faut du soutien et des services appropriés à leurs besoins, qui sont immenses et différents d’un individu à l’autre. »