Une rentrée scolaire au milieu des chantiers

À l’école primaire Saint-Jean-Vianney, comme dans bien d’autres établissements scolaires, les ouvriers sont toujours à l’oeuvre alors que la rentrée des écoliers s’amorce.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir À l’école primaire Saint-Jean-Vianney, comme dans bien d’autres établissements scolaires, les ouvriers sont toujours à l’oeuvre alors que la rentrée des écoliers s’amorce.

Des bruits de marteau, de la poussière et des classes sans enseignants : la rentrée scolaire sera mouvementée ce matin pour des milliers d’élèves qui reviennent sur les bancs d’école après deux mois de vacances.

Des élèves se présenteront dans des écoles aux allures de chantier après un été record en matière de rénovation de bâtiments scolaires. La pénurie d’enseignants donne aussi des maux de tête aux gestionnaires d’école, qui se démènent pour que chaque classe ait un prof titulaire.

Des commissions scolaires savent déjà que certaines classes seront orphelines. Un enseignant se présentera devant les élèves, mais dans certains cas, ce sera un suppléant. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) et la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) se trouvent notamment dans cette situation précaire à cause de la pénurie de profs.

« On s’attend à ce que dans certaines classes, malheureusement, ce ne sera pas l’enseignant titulaire. C’est extrêmement malheureux, on sait que c’est difficile pour des enfants, mais on est dans une situation de pénurie exceptionnelle », dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM.

La plus grande commission scolaire du Québec a pris les grands moyens dans l’espoir de venir à bout de la pénurie : embauche d’enseignants non légalement qualifiés, recrutement à l’étranger, partenariat avec les universités pour former ces enseignants venus d’ailleurs, recours accru à des stagiaires, embauche d’un conseiller pédagogique pour former des enseignants, mentorat auprès des jeunes profs pour les garder dans la profession…

Mme Harel Bourdon ne peut dire combien de classes seront sans titulaires ce matin, mais à la commission scolaire voisine, c’est une douzaine de groupes qui auront des suppléants, à cause de la pénurie. « Il n’y a pas de panique au village par rapport à ça. On sait qu’on trouvera des titulaires, même si c’est un défi considérable », dit Miville Boudreault, président de la CSPI.

Dans plusieurs commissions scolaires, la banque de suppléants se dégarnit rapidement, avant même le début des classes. Ça laisse présager une autre année difficile, où des suppléants se succéderont dans une même classe en cas d’absence imprévue d’un prof titulaire.

« Il y a aura beaucoup de mouvement de personnel. Ce sera une grosse année », dit Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal. Selon elle, deux techniciens en éducation spécialisée se sont fait demander de prendre la responsabilité d’une classe à la CSDM, faute de prof.

C’est extrêmement malheureux, on sait que c’est difficile pour des enfants, mais on est dans une situation de pénurie exceptionnelle

 

Chantiers en cours

La multiplication des chantiers complique aussi la vie du personnel scolaire et des élèves. La CSDM a géré cet été 223 projets de rénovation, d’agrandissement ou de construction dans 150 écoles, pour un budget de 540 millions de dollars. Plusieurs chantiers ne sont pas terminés. La CSDM refuse de dire combien, même si elle a un portrait de l’état des travaux.

Certaines écoles ne pourront offrir de récréation en après-midi à cause des travaux dans des cours d’école, selon la présidente de l’Alliance des profs. Une loi oblige pourtant toutes les écoles primaires à offrir deux périodes de récréation de 20 minutes chacune, une le matin et l’autre en après-midi. La CSDM met tout en oeuvre pour minimiser les répercussions sur les élèves et le personnel : les travaux bruyants ou qui causent des vibrations seront effectués les soirs et les fins de semaine, explique Catherine Harel Bourdon.

L’école primaire Saint-Jean-Vianney, dans le quartier Rosemont, est un véritable chantier de construction. Les murs extérieurs sont enveloppés dans une bâche de protection. Des échafaudages encombrent le périmètre du bâtiment. Une partie de la cour d’école est fermée à cause des travaux (les clôtures seront enlevées, selon une gestionnaire du chantier). Le gymnase doit encore faire l’objet de travaux.

« Il y a des craintes pour le bruit et la poussière pendant les heures de cours, reconnaît le commissaire scolaire du quartier, Jean-Denis Dufort. La commission scolaire gère bien les chantiers avec les moyens dont elle dispose. Elle n’a pas le choix de rénover les écoles : c’est le résultat de 40 ans de sous-investissement dans l’entretien des bâtiments. »

Pétition pour le droit de changer de classe

La Loi sur la laïcité de l’État continue d’alimenter la discussion dans les écoles. Dans une lettre au Devoir, un groupe d’une cinquantaine de personnalités réclame que les parents puissent retirer leur enfant d’une classe supervisée par une enseignante voilée. Cette initiative de la professeure Nadia El-Mabrouk est née à la suite d’un article du Devoir révélant qu’un père de Rosemont a demandé que sa fillette ne soit pas dans la classe d’une enseignante de maternelle portant le foulard islamique. La CSDM a refusé : l’enseignante peut afficher sa croyance religieuse en vertu de la clause dite des droits acquis. La Loi sur la laïcité exige pourtant que « toute personne ait droit à des institutions et à des services publics laïques », rappellent les signataires. « Un simple changement de classe permet de répondre à de telles demandes », indique la lettre.