Les cégeps en mission pour hausser les taux de diplomation

Les cégeps ratent de beaucoup la cible de diplomation de 76% fixée il y a près de vingt ans par le ministre de l’Éducation de l’époque, François Legault.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Les cégeps ratent de beaucoup la cible de diplomation de 76% fixée il y a près de vingt ans par le ministre de l’Éducation de l’époque, François Legault.

Les cégeps lancent un vaste chantier dans l’espoir de faire grimper le taux de diplomation au collégial, qui stagne à plus ou moins 63 % depuis des années.

La Fédération des cégeps veut savoir pourquoi près de quatre étudiants sur dix quittent leurs études collégiales avant d’avoir obtenu leur diplôme. Ce décrochage important des cégépiens est un véritable drame national, quand on sait que 80 % des 90 000 emplois créés au Québec en 2017 nécessitaient au moins un diplôme d’études collégiales, souligne la Fédération.

« On s’est dit : on fait ce chantier pour augmenter la diplomation. On le prend à notre charge, on n’a pas attendu qu’on nous montre du doigt », dit Bernard Tremblay, président-directeur général du regroupement des 48 collèges publics du Québec, en entrevue éditoriale au Devoir.

Les cégeps ratent de beaucoup la cible de diplomation fixée dès l’année 2000-2001 par le ministère de l’Éducation, alors dirigé par François Legault (dans le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard) : il leur avait demandé de faire passer ce taux de 61 % à 76 % d’ici 2010. Les cégeps ont échoué malgré les « plans de réussite » mis en place à l’époque par M. Legault, 17 ans avant de devenir premier ministre du Québec.

La Fédération des cégeps a confié à Carole Lavoie, ex-directrice du Cégep de Sainte-Foy, le mandat de piloter ce chantier sur la diplomation. Parmi les constats émis à ce jour : les gars décrochent davantage que les filles. Certaines régions ont un plus grand retard. Et le décrochage de « quasi-diplômés », à qui il manque un ou deux cours ou une seule session d’études, semble progresser.

171 429
C’est le nombre d’étudiants que les 48 cégeps publics accueillent cette semaine, en légère baisse de 0,8% par rapport à l’an dernier.

Où vont ces jeunes ? Que font-ils ? Les cégeps veulent le savoir. Ces décrocheurs s’ajoutent à ceux qui abandonnent avant la fin de leur secondaire, ou qui ne vont pas au cégep après leurs études secondaires. Ils sont nombreux, ces jeunes : à peine 69 % des élèves québécois qui ont fini leur secondaire en juin entrent au cégep cette semaine, selon les données compilées par la Fédération.

Ces constats rejoignent ceux du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet. Il a souligné cette semaine que 120 000 jeunes Québécois ne sont ni aux études ni au travail.

La fin des inquiétudes

 

Les 48 cégeps accueillent cette semaine 171 429 étudiants, en légère baisse de 0,8 % par rapport à l’an dernier. Les baisses les plus importantes sont sur la Côte-Nord (6,5 %) ainsi qu’en Mauricie et en Abitibi-Témiscamingue (5 %). Laval enregistre la plus forte hausse d’inscriptions avec 3,5 %.

Le Devoir reçoit chaque année les représentants de la Fédération des cégeps au moment de la rentrée scolaire. Depuis cinq ans, ils s’inquiétaient pour l’avenir des cégeps à cause des compressions imposées par le gouvernement Couillard.

Ils n’ont plus aucune inquiétude pour leur avenir, avec l’investissement de 68 millions et la réforme de leur financement annoncés cette semaine par le ministre Jean-François Roberge : « On est passés proches d’un point de rupture. On a connu des années dures, mais on les sait derrière nous », dit Bernard Tremblay.

Il croit comprendre que le premier ministre Legault regrette ses propos tenus au moment de la fondation de la Coalition avenir Québec, en 2011 : les cégeps, « c’est une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue », avait-il dit.

Formation continue

 

L’avenir des cégeps est assuré sur le plan politique, mais ils doivent faire de grands efforts pour recruter des étudiants à l’étranger pour compenser la baisse démographique, surtout dans les régions. Le nombre de cégépiens venus d’autres pays a presque doublé depuis 2010, en passant de 2091 à 3926.

Les cégeps ont fini de s’inquiéter pour leur avenir, mais ils s’inquiètent pour le Québec. « La moitié des tâches actuelles en emploi sont appelées à disparaître. Les emplois vont se transformer. Or, le Québec est un cancre en termes de formation de ses travailleurs », dit Bernard Tremblay.

Il milite pour que le gouvernement modifie la loi obligeant les entreprises à consacrer 1 % de leurs revenus à la formation de leur personnel, pour que les cours mènent obligatoirement à une qualification ou à une attestation. À l’heure actuelle, la seule présence des employés est requise lors des séances de formation.

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